Serge Dassault, décédé d'une défaillance cardiaque dans son bureau parisien à l'âge de 93 ans, laisse un empire à ses successeurs. Un empire qu'il a fait prospérer, en usant des mêmes armes que son père : l'excellence technique, l'engagement politique et l'influence médiatique.

Patron d'un géant de l'aéronautique, élu de la République et patron de presse, Serge Dassault, décédé ce lundi à l'âge de 93 ans, a fait prospérer l'héritage de son père.
Patron d'un géant de l'aéronautique, élu de la République et patron de presse, Serge Dassault, décédé ce lundi à l'âge de 93 ans, a fait prospérer l'héritage de son père. © AFP / Joël Robine

Il a toujours été difficile de vivre et grandir dans l’ombre d’un géant, d’un bâtisseur. Difficile, aussi, de se construire un prénom dans les pas d’un père résistant, déporté, élu, industriel, pionnier. Tout sulfureux qu’ait pu être le personnage, navigant entre la politique, la presse et l’aéronautique, Serge Dassault, mort aujourd’hui à 93 ans, a porté l’industrie de son père au sommet et dans son siècle. Un parcours rare (souligné notamment par l'ancien président Nicolas Sarkozy).

Polytechnicien et ingénieur aéronautique, Serge Dassault s’inscrit dans les pas de son père. Les faits d’armes en moins. Il gravite dès ses débuts professionnels à la Générale Aéronautique Marcel Dassault, où il travaille d’abord au bureau d'études des avions de série, avant de glisser vers la promotion des aéronefs familiaux.

VRP de luxe

Dès 1961, en effet, il dirige les exportations du groupe. Une casquette de VRP (de luxe) qui ne le quittera pas et lui vaudra des succès retentissants, jusqu’à la signature du premier contrat d’exportation du Rafale, en… 2015 (le premier prototype a volé en 1991), avec la complicité de son premier client, l’État.

Oui, Dassault est une entreprise stratégique. Et les marchés qu’elle alimente passent souvent par la case politique – l’État a possédé jusqu’à 46% de la société. Pour devenir patron de sa propre société, à la mort de son père, en 1986, Serge Dassault a dû convaincre son actionnaire étatique. Et même, parfois, lui résister, pour éviter une fusion avec Aerospatiale dans les années 1990.

Au Bourget 2013, Serge Dassault présente le Rafale à ses deux meilleurs promoteurs à l'étranger : François Hollande et Jean-Yves Le Drian.
Au Bourget 2013, Serge Dassault présente le Rafale à ses deux meilleurs promoteurs à l'étranger : François Hollande et Jean-Yves Le Drian. © AFP / Ian Langsdon

Quitte, pour y parvenir au mieux, à plaider de l’intérieur. Chez les Dassault, l’influence passe par le politique. Et pour Serge, cette carrière commence… à la mort de son père, au Conseil régional d’Ile-de-France. Il deviendra par la suite maire (en 1995) et sénateur (2004). L’occasion de se frotter au terrain, pour le meilleur et pour le pire.

Homme d'influence

L’élu libéral de Corbeil-Essonnes, à qui le Conseil d’État reproche des "dons d’argent", voit sa dernière réélection invalidée. La fin, pour lui, d’un vecteur d’influence ? Chez les Dassault, la politique se transmet de père en fils. Sur ce terrain, Serge a un successeur, en la personne de son fils Olivier, député de l’Oise. La troisième génération politique est installée.

L’influence, Marcel Dassault en a créé. En politique, mais aussi dans les médias. En lançant Jours de France en 1958, le fondateur de la dynastie Dassault a fabriqué un outil au service de ses affaires. Serge sera moins précoce dans sa conquête de la presse. Il attendra 75 ans, mais en frappant un grand coup.

En matière de "soft power", Serge Dassault voit grand : au début des années 2000, il s’offre le groupe Valmonde puis la Socpresse. Qui cachent de puissants outils d’influence, à l’instar du Figaro, où il souhaitait "faire entendre la voix de l’entreprise". Ce dont il ne se privera pas.

Le legs de l'héritier

Le magazine Challenges estime que Serge Dassault, cinquième fortune de France en 2017, avec 21,6 milliards d’euros, a multiplié par 20 le capital familial en une grosse dizaine d’années. Il laisse un groupe aéronautique très en forme (les avions d’affaires Falcon, très prisés, le Rafale, désormais vendu à l’étranger), une filiale innovante (Dassault Systèmes, dont les logiciels 3D contribuent à la fabrication de nombreux objets complexes, même chez Boeing), une presse en voie de modernisation.

Il laisse aussi des procédures judiciaires. Comme celle qui a été ouverte en mars 2013 à Paris sur des soupçons d’achats de vote, corruption, blanchiment et abus de biens sociaux lors des campagnes municipales de 2008 à 2010.

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