Le 24 janvier, le collectif Ensemble contre le sexisme organise une journée de mobilisation pour aborder le sexisme dans le numérique, l'espace public, l'éducation et la parentalité. Dans les métiers du numérique, secteur innovant et prometteur, les femmes ne sont toujours pas à égalité avec les hommes.

Seulement un tiers des salariés dans les métiers du numérique sont des femmes.
Seulement un tiers des salariés dans les métiers du numérique sont des femmes. © Getty / Django

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Sexisme et Numérique

Par Christine Siméone

Quel est ce monde où Google Translate traduit 'surger' par chirurgien et 'nurse' par infirmière ? Quel est ce monde dans lequel une chercheuse qui devait mettre au point un système de traduction et de reconnaissance vocale dans les cockpits d’hélicoptères, s’est rendue compte que sa voix,  sa voix féminine donc, n’était pas reconnue ?

Ce monde c’est celui d’aujourd’hui, dans le secteur du numérique, où l’on se rend compte que des salles de cours jusqu’au cœur des algorithmes, le sexisme est à l’œuvre. "Phénomène déjà pointé par le passé et ça ne s’améliore pas", explique Claudine Schmuk, fondatrice de la société d’études Global Contact. 

"Il y a un problème d'épanouissement pour les femmes"

D’abord il y a peu de femmes dans le monde numérique. 33% seulement, et en majorité dans des fonctions support. Elles ne sont que 27% parmi les codeurs et les codeuses, et quasi inexistantes parmi les dirigeants et dirigeantes de start-up. 

La majorité des femmes dans le secteur numérique occupent des fonctions support
La majorité des femmes dans le secteur numérique occupent des fonctions support / Femmes@Numérique

"Dans les écoles en général on compte également moins de 10% de jeunes filles en formation dans ce secteur, excepté dans les secteurs du multimédia et du web-design. Et dans les entreprises,  le turn over des femmes dans les entreprises numériques est aussi très élevé, il est deux fois plus important que celui des hommes. Pour les femmes il est de 56% (taux de départ au bout de 10 -15 ans). Il y a dans ce secteur un problème d’épanouissement pour elles" poursuit Claudine Schmuk.

Exemple : Il y a 10% d’étudiantes à l’Ecole 42, et encore elles ont dû dénoncer des comportements sexistes, misogynes et insultants à l’encontre des femmes.

De moins en moins de filles dans les filières scientifiques

Il faut aller dans les lycées et les écoles post bac  pour mieux comprendre et se rendre compte du trop faible nombre de jeunes filles et jeunes femmes dans les filières scientifiques. 

Selon l'étude de Global Contact, dans le secondaire, de même qu’au niveau de l’enseignement supérieure, la chute de la proportion de filles qui s’orientent vers les formations high tech s’accentue. La légère progression des effectifs dans les formations Scientifiques et Technique (43% à 45% des élèves dans les spécialisations scientifiques du secondaire de 2010 à 2015 et de 29% à 30% dans les formations scientifiques et techniques post bac), masque une évolution inquiétante telles que celles des Premières Technologiques ou Spécialisation Science de l’Ingénieur en Terminale , ou des filières telles que le numérique dans l’enseignement supérieure.

Fémninisation des formations scientifiques et techniques dans le secondaire, en régression
Fémninisation des formations scientifiques et techniques dans le secondaire, en régression / Global Contact

Claudine Schmuk note qu'"il y a eu un afflux plus important dans les années 80-90. Mais désormais la proportion de filles diminue dans les filières scientifiques. La situation est mauvaise et en plus cela risque de s’aggraver. C’est le fruit de plusieurs facteurs. Les femmes ne se sentent pas les bienvenues". 

Côté professeures, les données ne sont pas plus encourageants. Selon la fondation Blaise Pascal,  en 2016, seulement 6 % des Professeurs d’université en mathématiques sont des femmes. En informatique seulement 19% des Professeurs d’université en informatique sont des femmes. 

Cédric Villani, dans son rapport sur l'intelligence artificielle, a fixé un objectif : mener des actions spécifiques visant à féminiser les formations en mathématiques et en informatique et atteindre 40% de femmes dans les filières du numérique.

Rendre les métiers du numérique attractifs

Pour Consuelo Benicourt, directrice RSE de Sopra Steria, qui accompagne les entreprises dans leur transformation digitale, 

"On a créé la fondation Femmes@Numérique avec l’Education Nationale.  J’y crois beaucoup  car c’est aux jeunes filles qu’il faut s’adresser. Ils 'agit d'identifier toutes les actions menées partout et d'accélérer le mouvement. Il y a beaucoup d’actions mais peu d’analyse d’impact. On cherche à mener des projets à échelle nationale avec un impact fort".

Le travail des professionnels engagés dans cette fondation est de sensibiliser les professeurs autant que leurs élèves. 

"C’est vrai que aujourd’hui les métiers du numérique paraissent très abstraits pour tous. Donc il faut expliquer ce que sont ces métiers, estime Consuelo Benicourt, "ce peut être du conseil sur les systèmes d’information, optimisation de systèmes en place. Le numérique est dans notre quotidien  et le sera de plus en plus".

Muriel Pénicaud, ministre du travail projette de passer de 80 000 à 200 000 créations de postes, sans compter les industries périphériques, dans les années à venir. Autant d'opportunités qui doivent profiter aussi aux femmes. 

Pour Consuelo Benicourt, "il y a peut-être un travail grand public à faire pour raconter le numérique autrement, peut-être avec une série télé,  ou pourquoi pas un jeu type Top chef du numérique, que sais-je. Il faut passer sur une échelle plus accessible de nos métiers, être plus grand public . Je compte beaucoup sur notre fondation Femmes@numérique pour cela".

EN SAVOIR PLUS |

Tout le programme de la 2e journée Ensemble contre le sexisme

La fondation Femmes@Numérique

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