Honte, shame, verguenza, vergogna, schande ! Arrive un moment où la honte doit devenir plus forte que la peur. Les anciens salariés de Continental à Clairoix (Oise), 1137 personnes, préparent leur manif devant la Préfecture et écoutent la radio. On leur a promis de les reclasser à 80% et de les payer à 80%, et toujours rien. « Tiens, le CAC 40 a ajouté dix milliards d’euros à ses bénéfs » dit l’un, en tartinant un sandwich. « 56 milliards, dit l’autre, qui partent à moitié dans les poches des actionnaires... » « Tu te souviens que le Président avait dit 1/3 pour les salariés, 1/3 pour les actionnaires 1/3 pour l’investissement » remarque un troisième ? « Oh, il en a dit des choses... T’as vu ces deux pauvres mecs qui se sont fait tuer pour quelques dizaines d’euros ? » « Les types qui relevaient les pièces dans un distributeur de boissons ? Oui... Et la joggeuse de Toulouse, raptée... » « Et oui... Et la petite Laetitia... C’était pas ce président qui avait fait de la sécurité son cheval de bataille ? » Quelques rires. « Et c’est lui qui va continuer, hélas ! tu vas voir tous les jours en ouverture des journaux des joggeuses violées jusqu’aux élections ! Tous les jours ! Allez, rendez-vous à la Préfecture ! Tant que nos CRS ne nous tirent pas comme les manifestants anti-Kahdafi... » « Tous ensemble, tous ensemble ! » Ils marchent. Ils songent aux trois cents morts (deux cents ? quatre cents ?) de Lybie. Les manifestants viennent de saccager une télé. Comme ils aimeraient, les salariés de Continental, les « Conti », saccager la télé... Ils ont sacrément le moral les Lybiens. Les hélicos tournent, les armes lourdes tirent. Hélicos contre mains nues, c’est un peu lâche. Khadafi plantant sa tente bédouine sur les pelouses de l’Hôtel Marigny pour recevoir le président des français... Les les « Conti » éprouvent rétrospectivement une sorte de honte. Une très vieille vague les porte, une vague qui va de 1789 à 1945 en passant par 1848 et 1936, une vague si jeune, si belle, pour au bout du compte déposer le débris Khadafi sur les jardins Marigny... Honte. Verguenza. Vergogna. Arrive un moment où la honte doit devenir plus forte que la peur. La honte d’être tenu pendant quarante ans d’une poigne de fer par un dictateur déguisé en bédouin assisté de femelles armées. Vous direz, si c’était si simple, le tyran de Corée du Nord serait débarqué. Certes. Mais la honte accompagne certainement le désir de liberté. Oui, arrive un temps où l’on en a non pas marre d’être grugé, volé, humilié, mais honte. « Tous ensemble, tous ensemble ! » « T’as vu DSK à la télé ? » « Ouais... » « T’as compris quelque chose ? » « Non. » « Tu vas voter pour lui ? » « Chais pas... M’étonnerait... » L’histoire ne se fait plus en Europe. L’Europe, c’est des vieux qui prennant 30 milliards d’euros en dividendes du CAC 40 et râlent auprès de leur agence de voyage parce que les vacances en Tunisie, makache bono. L’Europe c’est un ambassadeur en Tunisie qui croît encore que l’on peut parler à des journalistes tunisiens comme s’ils étaient des domestiques. C’est des groupes qui délocalisent à tout va depuis trente ans, laminant non seulement le tissu industriel mais le pacte social. Entre 2000 et 2005, la part des emplois du CAC 40 sur le sol national est passée de 50 à 30%. Boum. « Tous ensemble, tous ensemble ! » « T’as écouté Hollande à la radio ? » « Ouais... » « T’as compris quelque chose ? » « J’ai compris qu’il allait essayer de faire quelque chose, mais je sais pas quoi. » « Tu vas voter pour lui ? » Chais pas... S’il le faut ! » A Alger, 40000 policiers empêchent la manif d’approcher de la place du 1° mai. 40000 policiers ! Beaucoup plus que de manifestants. Manifestants, si vous voulez un emploi, engagez vous dans la police. Mais si tout le monde s’engage dans la police, qui travaillera pour payer les policiers ? Que va-t-il se passer lorsque la moitié des emplois auront été délocalisés en Chine et que l’autre moitié sera devenu flic ? Comment les flics vont-ils se payer ? Sur la bête, comme en ce moment dans Paris où ils bastonnent à tour de bras l’automobiliste ? Quand tout le monde sera ou flic ou en prison, comme en Corée du Nord, qui paiera les flics ? « Tous ensemble, tous ensemble ! » « Tu y crois à la voiture électrique ? » « Bof... » « T’as écouté Marine Le Pen ? t’as vu comme elle a tapé sur le Medef, comme elle a dit que le chômage et l’immigration c’était le moyen de faire pression sur les salaires? Comme elle a dit que la mondialisation foutait notre économie en l’air ? » « Oh ! tu vas pas voter pour elle, tout de même ? » « Bien sûr que non ! Je voterai utile. » Le vote Marine Le Pen est un vote « nuisible », un vote pour foutre la pagaïe. C’est une émeute incontrôlée par bulletin de vote interposé. Voilà que l’émeute gagne les vieux pays dits riches, après être partie des pays jeunes... Les élites des pays riches, les patrons, les hauts fonctionnaires, les politiques mènent une guerre contre l’emploi et le pacte social. Même les Allemands le comprennent, qui sont en train de dérouiller leur chancelière à Hambourg. « Tous ensemble ! » « Tu te souviens que le président avait dit qu’il n’y avait pas de fatalité aux délocalisations ? » Pas de réponse. Au loin, les employés casqués attendent les sans-emplois.

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