[scald=203307:sdl_editor_representation]par Joe Bavier et Bate Felix

ABIDJAN/NIONO, Mali (Reuters) - Les forces françaises et maliennes ont repris aux islamistes le contrôle de Konna, verrou stratégique dans le centre du Mali, mais la situation restait confuse samedi devant Diabali, ville conquise le 14 janvier par les djihadistes, à 360 km au nord-est de Bamako.

A Abidjan, les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest ainsi que la France, représentée par Laurent Fabius, ont invité les autres puissances à promettre de l'argent et un soutien logistique aux armées africaines qui s'apprêtent à dépêcher des contingents au Mali.

"Aujourd'hui, vous avez (sur le terrain, ndlr) à la fois la France et des éléments de l'armée malienne. Ils font le travail parce que sinon, il n'y aurait plus de pays libre appelé Mali", a déclaré le ministre français des Affaires étrangères. "Le terrorisme serait là", a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie de Paris a expliqué que l'opération française "Serval" n'avait pas vocation à remplacer la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (Misma). Il a exhorté les pays donateurs à s'engager à ce sujet lors d'une conférence organisée le 29 janvier à Addis-Abeba.

Le Nigeria, le Togo et le Tchad ont commencé à envoyer des troupes au Mali et le communiqué final d'Abidjan annonce que le Bénin, le Ghana, le Sénégal, le Libéria, la Sierra-Leone et la Côte d'Ivoire feraient de même.

"Nous avons vu des troupes très bien équipées en terme d'armement. D'où la nécessité pour nous de prendre toutes les mesures nécessaires pour stopper d'abord (les islamistes), puis sécuriser le Mali", a déclaré le ministre burkinabé des Affaires étrangères, Djibril Bassolé.

FAUTE DE MUNITIONS

Il a ajouté, faisant référence à la prise d'otages qui vient de se terminer sur un complexe gazier du Sahara algérien: "Le phénomène auquel nous venons d'assister en Algérie pourrait se reproduire ailleurs".

D'après des diplomates, le déploiement d'un contingent sénégalais est retardé par un manque de munitions pour ses pièces d'artillerie. "Ils (les Sénégalais) attendent qu'on les leur livre".

La prise de Konna le 10 janvier par les islamistes a été l'élément déclencheur de l'intervention militaire française le lendemain. L'objectif de l'opération "Serval" est d'aider le gouvernement malien à reconquérir le Nord, occupé depuis avril 2012 par des djihadistes liés à Al Qaïda.

En visite à Tulle, dans le sud-ouest de la France, le président François Hollande a répété samedi que cette opération durerait "le temps nécessaire pour que le terrorisme soit vaincu" dans cette région du monde.

Evoquant la prise d'otages sur un site gazier algérien, le chef de l'Etat français y a vu une justification supplémentaire à l'intervention militaire au Mali.

La France mène depuis huit jours des frappes aériennes au Mali et a déployé mercredi des troupes au sol pour contrer l'avancée des groupes islamistes venus du Nord. Elle espère pouvoir passer assez vite le relais à la Misma, dont les premiers renforts sont arrivés jeudi à Bamako.

Selon le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, 2.000 militaires français étaient présents samedi sur le terrain et le chiffre de 2.500, initialement prévu, sera peut-être dépassé.

PAUSE DANS LES OPÉRATIONS

Les premiers soldats togolais et nigérians sont arrivés jeudi à Bamako. Des militaires tchadiens et nigériens, en cours de regroupement au Niger voisin, y sont attendus, ainsi que les Burkinabé.

Initialement, la Misma ne devait pas être pleinement opérationnelle avant septembre mais la soudaine progression des rebelles vers la capitale malienne a conduit les pays de la région à hâter leurs préparatifs.

Après la reprise de Konna, des sources au sein de l'armée malienne ont déclaré samedi que les forces françaises et maliennes étaient entrées dans à Diabali, qui aurait été abandonnée par les islamistes vendredi après des bombardements aériens français.

"Les forces maliennes et françaises nettoient la ville, maison par maison, parce que les islamistes ont trouvé refuge dans les habitations", a déclaré un officier malien sous le sceau de l'anonymat.

Ces informations ont été cependant démenties samedi par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, selon lequel aucun combat n'a eu lieu à Diabali. Le ministre français a invité à prendre avec prudence les informations diffusées sur place.

La progression des troupes françaises et maliennes est en partie ralentie parce que les insurgés se fondent dans la population civile, expliquent des habitants.

A Niono, plus au sud, la population reste craintive malgré le passage de convois militaires français. Les forces de sécurité maliennes ont installé des barrages routiers pour empêcher toute infiltration de rebelles.

Selon un officier malien, il va y avoir une pause dans les opérations, les forces maliennes et françaises attendant le déploiement de la Misma. "On les attend ici avant de se lancer dans une plus vaste offensive", a-t-il dit.

L'ONG de défense des droits de l'homme Human Rights Watch a annoncé être en possession d'informations crédibles sur de graves exactions, dont des meurtres, commises par les forces de sécurité maliennes à l'encontre de civils à Niono.

"Nous invitons instamment les autorités maliennes, tout comme les soldats et les autorités françaises et ouest-africaines, à faire le maximum pour garantir la protection de tous les civils", a fait savoir l'ONG, dont le siège est à New York.

D'après HRW, les Touareg et les Arabes, deux communautés assimilées aux insurgés qui contrôlent aujourd'hui les deux-tiers du Mali, sont tout particulièrement visés par ces exactions.

Tiémoko Diallo à Bamako et Elizabeth Pineau à Tulle; Guy Kerivel et Jean-Loup Fiévet pour le service français

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.