Les six appelés qui racontent leur guerre d'Algérie ont pris conscience dès leurs premiers pas sur le sol algérien de la nécessité de témoigner. Ils ont eu le courage de prendre des instantanés de leur quotidien malgré l'interdiction de l'armée de documenter ce qui était considéré jusqu'en 1999 comme une "opération de maintien de l'ordre". La guerre d'Algérie est la dernière guerre d'appelés. Stanislas, Jean-Pierre, Noël, Gérard, Bernard et Jacques n'ont donc pas de devoir de réserves : cinquante ans après la signature des accords d'Evian, ils gardent souvent un sentiment de grande tristesse et s'accordent pour rendre hommage à leurs amis harkis qui ont été sacrifiés par la France.

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> ### Cette guerre est inutile et je le clame !

Stanislas Hutin , 22 ans à El-Mélia puis dans les Aurès, 81 ans à Paris

Pacifisite, éduqué, séminariste et proche des milieux démocrates chrétiens, Stanislas passe six mois en Algérie entre novembre 1955 et mars 1956.

Plus âgé et plus éduqué que ses camarades, il prend très vite conscience des horreurs de la guerre. Comme beaucoup de séminaristes, il s’oppose aux comportements de sa hiérarchie, des légionnaires ou des “bérets bleus”, des paras qui “voulaient lui faire la peau”. Stanislas tient un journal diffusé sous le manteau en 1957 puis officiellement publié en 2002. Depuis 2004, il milite dans l’association pacifiste des “Anciens appelés en Algérie contre la guerre et leurs amis” et raconte son Algérie dans des lycées et des collèges.

Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Stanislas raconte son départ pour Alger, la “pacification” par l’école, la mort de ses camarades, la torture dont il a été témoin et évoque les bordels militaires des campagnes.

Jean-Pierre Villaret
Jean-Pierre Villaret © DR Jean-Pierre Villaret

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L'une des plus belles pages de ma jeunesse [...] Je voulais me battre

Jean-Pierre Villaret , 21 ans à Djidjelli en petite Kabylie, 76 ans à Aix-en-Provence

Cadre dans l’agro-alimentaire en Suisse, Jean-Pierre demande à être envoyé en Algérie. Il effectue son service dans les paras entre janvier 1957 et novembre 1957. Il est blessé au cours d’un entraînement au saut et termine son expérience algérienne dans un hôpital de Philippeville.

“J’aime bien la castagne” : bagarreur, vivement opposé à l’attitude d'un de ses supérieurs, Jean-Pierre choisit l’Algérie après ses classes à Orange et les EOR (élève officier de réserve) à Saumur. Il admire les héros de la guerre d’Indochine comme le Général de Lattre de Tassigny, éprouve une grande fierté quand il rejoint le premier régiment de hussards parachutistes et défend depuis plusieurs années l’Algérie française. L’esprit de camaraderie, la solidarité pendant les accrochages, la violence de la guerre, Jean-Pierre “fait la guerre comme un reportage”. Il garde une dent contre De Gaulle et tous les politiques qui ont “bradé l’Algérie”. Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Jean-Pierre raconte les opérations commandos, l’évacuation de civils avant les attaques massives de l’armée, son passage à l’hôpital de Philippeville et les 15 jours de répit que les hommes de son groupe de combat ont eu quand ils ont été affectés à la surveillance d’une ferme de colons.

Noël Kerignard
Noël Kerignard © DR Noël Kerignard

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Une période blanche qui n'a servi à rien

Noël Kerignard , 21 ans à Aïn-Imguel dans le Hoggar, 72 ans à Rennes

Serrurier à Vannes en Bretagne, sans réelle conviction politique, Noël est en Algérie entre janvier 1961 et avril 1962.

Envoyé à En-Ekker dans le Hoggar algérien pour travailler sur une des deux bases françaises d’essais nucléaires, il pense avoir perdu deux ans. Il garde pourtant un bon souvenir de l’armée qu’il a préférée à l’école. Il n’a jamais été obligé d’utiliser d’armes et considère avoir eu une expérience “peinard” en Algérie.

Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Noël raconte l’explosion de la première bombe atomique et la vie quotidienne dans le désert algérien.

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Gérard Van der Linden
Gérard Van der Linden © DR Gérard Van der Linden

J'essaye de ne pas trop penser

Gérard Van der Linden , 20 ans sur un piton près de Dra-el-Mizzan en Kabylie, 73 ans à Lys-les-Lannoy

Employé de la caisse d’allocations familiale de Roubaix, Gérard est envoyé en Algérie entre mai 1959 et octobre 1960.

Peu avant de partir pour l’Algérie, Gérard assiste à l’assassinat devant la porte de la maison de ses parents à Roubaix d’un algérien tué par des militants de l’OAS. Fils d’immigrés belges qui lui ont transmis une haute considération de son devoir de citoyen français, Gérard est incorporé à son bataillon comme infirmier, un métier qu’il découvre en Algérie. Il partage beaucoup de temps avec la population algérienne qu’il soigne tous les jours dans son dispensaire. Il conserve une image déplorable des hommes algériens qui “traîtent mal leurs femmes et leurs filles.”

Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Gérard raconte le quotidien des appelés, la pacification et sa première opération.

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Bernard Gerland
Bernard Gerland © DR Bernard Gerland

On a vite fait de basculer

Bernard Gerland , 21 ans à Foudouk, 73 ans à Lyon

Instituteur avant la guerre puis conducteur de travaux, Bernard est un militant de gauche. Il est envoyé deux ans en Algérie entre janvier 1960 et janvier 1962.

Pendant les premières années de la guerre, il contribue à la diffusion sous le manteau de “La question” d’Henri Alleg. Il est persuadé d’échapper à l’Algérie, persuadé que “les choses vont s’arranger” jusqu’à son appel sous les drapeaux. Bernard n’adhère pas aux valeurs de l’armée. Progressivement, il entre dans le jeu, subit la propagande quotidienne de ses supérieurs et finit sa guerre en bon “petit chef de guerre”. Depuis 2001, Bernard milite dans l’association “Parlons-en” et donne des représentations publiques de son spectacle “Ma guerre d’Algérie”.

Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Bernard raconte son voyage d’un mois à travers l’Algérie pendant une permission, l’exécution d’un prisonnier qu’il a regrettée toute sa vie et ses relations amicales avec les harkis qu’il a dirigés pendant plusieurs mois.

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Jacques Nayener
Jacques Nayener © DR Jacques Nayener

> ### Ça m'a ouvert les yeux sur la vie

Jacques Nayener , 19 ans à Port-Gueydon et Tizi-Renif, 72 ans à Lebetain près de Belfort

Banquier à la BNP à Epinal, à Mulhouse puis à Belfort, issu d’une famille d’ouvriers-paysans, Jacques sort pour la première fois de sa Franche-Comté natale pour aller en Algérie 23 mois entre septembre 1960 et Août 1962.

Lecteur assidu de France Observateur, l’ancêtre du nouvel Observateur, Jacques a lu “la Guerre d’Algérie” de Jule Roy, un livre interdit à l’époque qui dénonce les atrocités commises par l’armée française en Algérie. ll est outré par la torture pratiquée par ses supérieurs sur une femme retrouvée avec des médicaments. Il n’adhère pas aux valeurs des défenseurs de l’Algérie française mais ne s’oppose pas frontalement à ses supérieurs qui le soupçonnent de “bien cacher son jeu”. Il garde un goût amer de la fin de la guerre après avoir assisté à la violence des dernières années et à la fuite des pieds-noirs.

Dans "Instantanés d'Algérie, les gusses témoignent", Jacques raconte la descente des montagnes des fellaghas le jour de l’indépendance, la vie aux côtés des propriétaires pieds-noirs protégés par l’armée française, les visites de villages de regroupement et la tristesse de son retour vers la France.

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