Comme George Weah, le nouveau président du Libéria, ils ont été champions dans leurs disciplines respectives, et ils sont aussi des meneurs de jeu dans leur vie de citoyen. Ces sportifs et sportives ont créé leur association, fondation ou collectif pour faire avancer quelques bonnes causes.

Chantal Jouanno a quitté la politique en septembre 2017. Elle était sénatrice de Paris et vice-présidente de la région Ile-de-France.
Chantal Jouanno a quitté la politique en septembre 2017. Elle était sénatrice de Paris et vice-présidente de la région Ile-de-France. © AFP / MIGUEL MEDINA

Yannick Noah président ? 

Yannick Noah a été entre 2007 et 2012 la personnalité la plus aimée des Français. Le vainqueur de Roland Garros s'est toujours placé à gauche, et pas seulement sur les terrains de tennis. De Ségolène Royal à François Hollande, il a accompagné les tribulations des socialistes pendant longtemps. Mais son action la plus forte reste la création de l'association Fête le mur, mettant le le tennis au service de la lutte contre l’exclusion des jeunes de quartiers défavorisés.

Lilian Thuram ambassadeur ? 

Il est docteur honoris causa en Suède, reçu un peu partout dans le monde pour participer à des conférences sur le racisme. L'ex-champion du monde de football, libéré de toutes contraintes financières, a créé sa propre fondation pour l'éducation contre le racisme. Il s'est entouré d'un groupe d'intellectuels, comme l'historien Pascal Blanchard ou Evelyne Heyer, directrice du laboratoire de génétique des populations humaines au Musée de l’Homme, la politologue Françoise Vergès,  Michel Wieviorka, administrateur de la Maison des sciences de l’Homme, Elisabeth Caillet, philosophe ou Pascal Boniface, directeur de l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques). Lilian Thuram travaille main dans la main avec l'Éducation nationale pour créer des programmes de sensibilisation au respect et à la tolérance en milieu scolaire. 

Thierry Henry à l'Égalité des chances

L'Unicef a intégré Thierry Henry, comme de nombreux autres footballeurs, à son programme Unicef/Fifa de sensibilisation en 2002 et 2006. En 2004, après qu'un entraîneur espagnol l'a qualifié de "noir de merdre", Henry est devenu un militant antiraciste. Il devient ainsi porte-voix d'un groupe de joueurs alertant les autorités du football et les supporters sur les faits de racisme dans le milieu du foot.

En 2007, comme Thuram, il crée une fondation, The One Four All, qui entend lutter contre le racisme et les inégalités sociales. Cette fondation lui permet de débloquer assez d'argent pour la construction d'un stade aux Ulis (Essonne). 

Cantona, ministre des coups de gueule

Plus enragé qu'engagé, Éric Cantona s'est associé en 2012 à la Fondation Abbé-Pierre pour interpeler les élus sur la question du logement. Footballeur de génie, champion de France et d'Angleterre, il s'est aussi fait photographe pour exposer des portraits au profit de la fondation Abbé Pierre, et comédien dans de nombreux films. Il incarne son propre personnage dans Looking for Eric de Ken Loach. 

Récemment, il a signé une pétition pour dénoncer le gel par Donald Trump de l’aide financière américaine en faveur du programme de l'ONU pour les réfugiés palestiniens (UNRWA). 

Toutefois, il n'est pas certain que l'on trouve un fond de conviction politique à des déclarations qu'il a pu faire comme : "Le nouveau président, Emmanuel Macron, est le Kylian Mbappé de la politique. Il a battu tous les records de précocité, il est devenu une star en moins d'un an et il est capable de jouer des deux côtés, à gauche et à droite."

Lorsque "Canto" a appelé tous ses concitoyens à aller retirer l'argent de leurs comptes en banque, il a mis Jean-Luc Mélenchon dans l'embarras. Mélenchon, alors patron du Parti de gauche, et Nathalie Arthaud pour Lutte ouvrière, avaient fini par déclarer que provoquer la faillite du système bancaire n’était pas une bonne solution.

Chantal Jouanno, du tatami au Sénat

Chantal Jouanno a à son palmarès 12 coupes de France de Karaté et 12 titres de championne de France en karaté de posture, un titre de championne d'Europe universitaire et un titre de championne de France par équipe. 

Mais désormais, on la présente en tant que femme politique de droite, ex-collaboratrice de Nicolas Sarkozy. Elle a été présidente de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (2008-2009). Elle a été secrétaire d'État chargée de l'Écologie en 2009, puis ministre des Sports en 2010, jusqu'à sa démission, au lendemain de son élection comme sénatrice UMP de Paris. Elle a également été conseillère régionale d'Île-de-France et membre de l'UDI depuis 2012. Mais en septembre 2017, elle a mis fin à sa carrière politique pour rejoindre un cabinet de ressources humaines, laissant le soin à d'autres de se préoccuper des problèmes environnementaux.   

Aya Cissoko, médiatrice de choc

Aya Cissoko est championne du monde amateur de boxe française en 1999 et 2003, puis de boxe anglaise en 2006. Elle a poursuivi sa carrière en s'inscrivant à Sciences Po et s'est engagée pour l’égalité de traitement entre les hommes et les femmes. En 2011, la Mairie de Paris l’a recrutée pour "faire de l’action sociale dans des quartiers difficiles". "J’ai eu le poste parce que j’étais noire. De la ségrégation à l’envers, sur fond de bons sentiments. Maintenant, je vois des anciennes copines se mettre à porter le voile, et ça ne me plaît pas", témoignait-elle pour le magazine Elle

A sa mesure, elle est passée du combat sur le ring au combat pour l'égalité. En 2016, par exemple, elle participait à une table ronde sur le sport à l'épreuve du repli identitaire et face aux enjeux de la diversité.

Comme beaucoup de champions, son coming-out citoyen est passé par l'écriture. Elle a publié deux récits chez Calman-Lévy, dont un en collaboration avec Marie Desplechin. 

Géraldine Robert à l'Éducation nationale

Géraldine Robert est née en 1980 au Gabon. Joueuse franco-gabonaise de basket-ball, elle a été championne de France en 2014 et meilleure joueuse française en 2013. Elle a aussi été sacrée "meilleur cinq" du championnat d’Afrique en 2015. Ses performances sont faciles à repérer sur sa fiche Wikipédia, mais les encyclopédistes du net évacuent totalement son engagement social. Depuis 2009, elle est à la tête d'une association pour promouvoir la pratique du basket chez les jeunes enfants. Elle se dit apolitique, mais complètement engagée auprès des enfants au Gabon pour les inciter à étudier avec autant de passion qu'ils mettent à jouer au ballon. 

Vikash Dhorasoo, porte-parole des exclus

Sur les terrains de foot, Vikash Dhorasoo est un magnifique loser, élu Étoile d'Or France Football en 1998 avec Le Havre AC et en 2004 avec Lyon, vainqueur de quelques coupes de Ligue, et reconverti en joueur de poker. Pâles distinctions qui permettent de mieux voir l'essentiel. Lutte contre la pauvreté, prise de position contre l'homophobie et création du collectif Tatane, pour un football festif et durable, loin des surenchères des mercatos et de la starisation des joueurs. Ce sont là ses plus hauts faits d'armes.

Comme Noah, il est à gauche, toute. Vikash Dhorasoo a soutenu Bertrand Delanoë lors des municipales de 2008 à Paris. Il fustige en 2010 la politique de la ville dans les banlieues, à l'occasion des conflits qui surgissent au sein de l'équipe de France lors de la coupe du monde de football. Il suit ensuite le parcours de François Hollande jusqu'à son élection à la présidence, et milite pour une primaire socialiste en 2016.  Finalement quelques mois plus tard il se dit plus proche de la France insoumise.

Frédérique Jossinet, engagée pour les femmes

Quatre fois championne du monde, deux fois médaillée olympique, et 6e dan de judo, cette diplômée de l'Essec, elle possède un master en sport, management et stratégies d'entreprise. Très engagée auprès du Parti socialiste, Frédérique Jossinet a été conseillère au handicap dans le XIe arrondissement de Paris, entraîneur national de judo, avant de conseiller Valérie Fourneyron, ministre des Sports, de la Jeunesse, de l’Education populaire et de la Vie associative en 2013 et 2014. Elle est désormais responsable du secteur féminin à la Fédération française de football.

Yohann Diniz, marche à gauche

Yohann Diniz est un marcheur, un vrai, pas de ceux qui ont croisé Emmanuel Macron sur leur route en 2017. C'est donc un marcheur athlétique, doublé d'un endurant des convictions. Champion du monde et trois fois champion d'Europe, ce fils d'une famille marquée à gauche, a emboîté le pas de ses aïeux pour suivre Martine Aubry. 

A 14 ans, Yohann Diniz adhérait aux Jeunesses communistes révolutionnaires, à 16 ans à la Ligue communiste révolutionnaire, et s'est investi au sein de collectifs antifascistes d'extrême gauche pour lutter contre le Front national. Embauché comme facteur à La Poste, il a milité pour la marche auprès des postiers. 

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.