Le vieil homme indigne Si vous n’avez jamais parlé avec non pas un héros, mais un simple participant de la Résistance, dépêchez-vous : il n’en reste plus, et puis ils sont plutôt discrets. En ce temps-là Neuilly s’appelait Vichy. De bons bourgeois collaboraient et préparaient non pas la loi hyper-sécuritaire Loppsi 2 mais des lois anti-juives que ne leur demandaient même pas les Allemands. Si vous parlez avec ces résistants, un mot reviendra souvent, soufflé du bout des lèvres : exaltation. Ce fut une période exaltante, une période où le vent de la jeunesse et du risque passait dans les rues et soulevait les capes des gendarmes et les feutres mous des policiers. Ce n’était pas le risque du « riscophile » Seillière ou du « riscophile » Kessler, qui hésitent entre placer leur fric en actions BP ou obligations Total, ces mêmes « riscophiles » dont les pairs vendaient des camions à l’armée Allemande. C’était le risque qui donne un sens à la vie, celle du royaliste Cordier (17 ans) ou celle du coco Moquet (idem) ou du super-bougnoule à sale gueule Manouchian. C’était un risque populaire, car quiconque, du peuple de France (pas les fils de Clovis mais les gens vivant en France) pouvait en humer le parfum, ce parfum qui ennivre un peu. La vie est une révolte, et non une déambulation entre les rayons du supermarché ou les rets du filet Internet, les seuls loisirs autorisé par ceux qui nous gouvernent. La vie est une révolte, parce que la mort nous attend, tous, malgré ce que racontent les laboratoires Servier qui prétendent nous donner la vie éternelle qui passe d’abord par la maigreur éternelle signe de l’éternelle jeunesse. Jamais la consommation ne procurera le bonheur de la révolte, pas plus que le film porno l’exaltation (encore ce mot !) de l’amour - ce moment où tu te crois éternel, pas vrai toi qui l’as connu ? Stéphane Hessel, viel homme révolté, lance un appel à la vie. « Indignez-vous ». Refusez, refusez enfin ! Indignez-vous : regardez cette pauvre fille, Fadela Amara, elle était révoltée, menait une lutte juste, et là, elle est dans le Figaro parce qu’elle vient de recevoir la Francisque de Vichy, pardon, la Légion d’Honneur de Neuilly, elle est cuite, cette pauvre vieillarde de quarante ans, l’étape suivante c’est le choix entre les actions Total et les obligations BP. Hessel nous donne de l’eau comme à des plantes asséchées. Hessel est notre viagra. Nous sommes des anorexiques, des anorexiques étouffés à petit feu par la croissance, et Hessel dit : « Non, vous n’êtes pas encore morts, ne croyez pas les embaumeurs de la vie qui vous traitent comme des petits cadavres en sursis ! Réapprenez à manger, à goûter les aliments et la vie bariolée ! Hessel dit : « Vive Mai 68 ! » Ô comme Neuilly déteste Mai 68, moment de révolte ! Vous aimez la France avec un grand F, vous le patriote, la-bas ? Mai 68 est à l’honneur de la France, comme la Commune de Paris, comme la Résistance. Comme les mutins de 17. La vente de l’opuscule de Hessel est un phénomène populaire et Hessel redonne du sens au mot peuple. Neuilly veut nous faire haïr le mot peuple, qui lui fout les jetons depuis la Commune de Paris, et qu’il voudrait qu’on assimilât à « tondeurs de filles », « foule avinée », « lyncheurs racistes » « adorateurs de Berlusconi et de ses playmates » « adorateurs de la force ». Qui pratique le culte de la force, sinon Neuilly en adorant la Chine et sa croissance ? Qui est raciste par omission sinon Hortefeux et le félon Besson ? Et qui est Berlusconi et ses playmates ? Neuilly aime la foule, celle monocolore des lemmings des métro, des cloportes des périphériques, des embouteillages dans les stations de ski et des retours des vacances bien méritées après le labeur, et maintenant celle des soldes qui arrivent. La racaille publicitaire et médiatique entretient la confusion entre la foule des lyncheurs et le peuple, afin de mieux museler la démocratie. La foule révoltée est bariolée, hétérogène, heureuse, vivante : c’est la foule du Palais-Royal admirée par tous les touristes du monde entier qui visitaient la capitale au temps où le peuple habitait Paris (aujourd’hui chassé par les sinistres colonnes de Buren) ; celle des congés payés ; de la Fête de l’Huma, la foule qui musarde, qui mâte, qui rêve, qui s’indigne. Quel rapport entre Cordier le royaliste nanti, Mocquet le gueux, et Manouchian l’arménien ? La révolte. Chaque fois qu’un type sort la matraque « populisme » c’est pour bastonner la démocratie. Et Hessel donne du sens au mot fraternité : la fraternité n’est pas une abstraction, elle existe dans l’indignation, n’est-ce pas Fadela du temps où elle n’était pas soumise ? L’argent tue la fraternité, l’indignation en crée. Neuilly avait presque réussi à nous faire croire qu’il ne fallait pas s’indigner contre l’argent et sa dictature ! C’est raté. Merci Hessel.

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