Olivier Adam
Olivier Adam © Radio France

Ce grand roman commence par agacer. Le personnage principal a une fâcheuse tendance à geindre. Il ressemble comme deux gouttes d’eau à Olivier Adam. Comme lui, Paul Steiner est écrivain et vit en Bretagne, après avoir fui Paris, parce que la mer a des vertus thérapeutiques sur la dépression qui le ronge. Il dit avoir « enfoui sa folie sous des tonnes d’eau salée ».

Quarante ans, deux enfants qu’il voit moins car sa femme a choisi de se séparer de lui. Son désespoir, certes compréhensible, finit un peu par devenir larmoyant. Heureusement, et c’est la grande réussite du livre, le romancier ouvre son livre aux autres. A ses parents d'abord, sa mère est malade d'où la venue du fils en banlieue parisienne, son père, qu'il retrouve, ancien ouvrier, un taiseux, un père autoritaire, attiré par les propos de la Blonde, c'est comme cela qu'Adam parle de Marine Le Pen. A ses copains, ensuite, devenus grands, parfois désabusés, écrasés surtout par la difficulté du quotidien, mais qui ne se plaignent pas, eux!

Adam dépeint l'attente d'un CDI, véritable quête du graal contemporaine. Les amis qu'il retrouve après sa longue absence le regardent comme celui qui a réussi (ils lisent ses livres, le voient à la télé), mais il est celui qui les a abandonnés, aussi.Outre la culpabilité, les états d'âme (bref, la psychologie humaine), Olivier Adam peint admirablement la banlieue, les boulots insatisfaisants qu’on risque sans arrêt de perdre, la vie de famille qui vole en éclats, les bars où l’on éponge sa peine. Paul Steiner compte les destins brisés, les rêves avortés. Il découvre aussi, au fil des retrouvailles (et ces pages sont les plus bouleversantes) le mal qu’il a fait en rompant avec son milieu populaire d’origine. Ses amis d’autrefois lui ont pourtant beaucoup apporté, il a raconté leur vie dans ses livres, mais s’est-il vraiment soucié d'eux? Des questions sur la responsabilité de l'écrivain fusent, mais en creux : le romancier vole-t-il la vie des autres ? Est-il un vampire ? Est il en empathie ou totalement superficiel? Olivier Adam relève un défi, celui qui consiste à se mettre à nu totalement, parfois avec violence. Il est juste dans ses interrogations existentielles, juste, dans son portrait des quadras d'aujourd'hui, juste dans la difficulté de renouer avec un passé banlieusard qu’il a fui, avec une famille qu’il a quittée parce qu’il y était toujours un fils, alors qu'il était un adulte.

Pascale Clark lit un extrait du livre "Les Lisières" d'Olivier Adam

2 min

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"Les lisières", Olivier Adam, Flammarion.

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