N'optez pas pour la position transat pour des croisières sans risque, mais plutôt pour la position du lecteur en éveil, prêt à bondir.

Même à l'heure de la sieste on peut parler travail avec "Un patron modèle" de Seth Greenland dans la collection Piccolo chez Liana Levi.

un patron modèle
un patron modèle © radio-france

Travail, travail, si on veut. Ce qui arrive a Marcus Ripp est peu banal. Pourtant sa vie l'était avant la mort de son frère Julian. Marcus est chef de projet dans une usine de jouet et il vit chichement à Los Angeles avec sa famille. Il voit approcher avec angoisse la bar-mitsvah de son fils, sa belle-mère à demeure compte ses problémes de santé, sa femme se refuse à lui et la mondialisation délocalise son usine en Chine. C'est à ce moment là que Julian est terrassé par une crise cardiaque et lui légue une affaire de pressing. Sauvé !. Et bien pas du tout. Car il hérite des ennuis qui vont avec : sa nouvelle activité lucrative cache un secteur très répréhensible et de sacrés voyous entrent dans sa vie. C'est alors que Marcus commence à vivre et à prendre goût à l'action et aux risques. C'est tres politiquement incorrect, pas moral du tout, jubilatoire, coquin . Parfait pour l'été. Attention au retour au bureau : vous venez bien de lire un roman.

Le bal de l’équarisseur, de Guillaume Prévost chez 10/18.

Prevost 2 Equarisseur
Prevost 2 Equarisseur © Radio France

A savourer dans un transat sous les arbres, histoire de pimenter un peu la sieste par de petits frissons. L'inspecteur François-Claudius Simon est une jeune recrue de l'après guerre 14-18. Blessé dans les tranchés, il a gardé la cicatrice de sa profonde blessure a la tête. Si elle est source de violentes douleurs et de pénibles réminiscences, elle est aussi parfois à l'origine de fulgurances pour pister les assassins.

Apres une première enquête, dans laquelle nous faisions sa connaissance dans "La valse des gueules cassées", ce deuxième opus nous plonge dans les jours encore troublés de juin 1919, juste avant la signature des accords de paix au château de Versailles. François-Claudius va devoir élucider les meurtres de 4 prostituées. A chaque fois,l'assassin laisse des charades et toutes ses victimes sont retrouvées dans des lieux directement liés a la boucherie. Comble de l'horreur, on retrouve un bout de l'une de ses victimes dans la cuisine deClémenceau lui-même . Alors vengeance politique, volonté de faire échouer les pourparlers de paix, rancune de poilus ou d'anarchistes ? Voilà qu'en plus, Elsa, la petite amie très indépendante et déjà féministe de François-Claudius, disparait. Je vous donne 2 soirées pour lire ce polar. De toutes façons, vous ne pourrez plus le lâcher. C'est comme ça avec Guillaume Prevost, on est si bien dans cette époque un peu oubliée de l'histoire, avec ses personnages, que l'on a très, très envie de connaître la fin... (Jacqueline Pétroz)

Artémisia Gentileschi, par Alexandra Lapierre chez Pocket

artemisia
artemisia © Radio France / Alexandra Lapierre

Vous partez en Italie ou vous voulez briller en société ? Découvrez une artiste du 17ème siècle : Artemisia Gentileschi dont Alexandra Lapierre a écrit la biographie chez Pocket. Quel femme cette Artémisia ! Alexandra Lapierre a passé plus de 4 ans à enquêter et autant à écrire. Soit prés de 10 ans en Italie pour nous faire partager cette vie exceptionnelle dans un siècle qui ne l'est pas moins. Artémisia est la seule artiste féminine à vivre de son art . A cette époque, les années 1600, les femmes, quand elles étaient veuves appartenaient à leur père, leur frère, leur mari ou leur fils. Elles ne pouvaient rien détenir ni acheter sans un homme a leurs cotés. Leur statut était celui d'un meuble !!! Le père d'Artemisia était l'un des peintres les plus cotés, sa fille le surpassera. Elle sera la coqueluche de Florence, puis de Rome où elle mariera son fils dans les plus hautes sphères aristocratiques.

Raconté ainsi cela parait presque facile. Pourtant à 13 ans, Artémisia perd sa mère. A 15 ans, elle est violée par un ami de son père. Chose incroyable, elle fera un procès, le premier du genre et le gagnera. Ces drames forgent son caractère : droite, fonceuse, dure, elle prendra sa vie en main dans ce monde d'hommes et d'extrême violence. Sa peinture sera longtemps une revanche : ses héroïnes mythologiques ou religieuses tranchent les têtes des hommes avec une vitalité impressionnante. 400 ans plus tard, ces thèmes pourraient nous paraître très éloignés de nous. Et bien non, car ses visages traversent le temps grâce à la modernité de leurs traits. Et les gestes plein de forces de ces femmes restent gracieux : le reflet de sa personnalité. On referme le livre avec admiration et tendresse pour Artémisia. (Jacqueline Pétroz)

Les œuvres d'Artémisia Gentileschi font l'objet d'une très belle exposition au musée Maillol a Paris, jusqu'au 15 Juillet. Musée Maillol 59-61 rue de Grenelle 75007.

"Olympe de Gouges" Catel et Bocquet, Casterman

Olympe de Gouge (Editions Casterman)
Olympe de Gouge (Editions Casterman) © Radio France / Catel et José-Louis Bocquet

Catel et Bocquet aiment les portraits de femmes fortes. Après Kiki de Montparnasse, muse des artistes de l'entre-deux guerres, ils se penchent sur l'histoire d'Olympe de Gouges, Française libre prise dans les tourments de la Révolution. C'est une tornade cette femme là....

On tourbillonne avec elle dans l'Histoire de France mais aussi dans les bras de ses amants, aux côtés de Voltaire, Condorcet ou Marat et au cœur de la Révolution Française.

Olympe de Gouge est libertine, femme de théâtre, républicaine. Elle choque sans cesse... disant avant les autres "Oui" au droit de vote des femmes et "Non" à l'esclavage.

Portrait d'Olympe de Gouges, fin XVIIIème, collection particulière. Artiste inconnu
Portrait d'Olympe de Gouges, fin XVIIIème, collection particulière. Artiste inconnu © Radio France / Inconnu

Elle a dit "Non" encore à la politique de Terreur menée par Robespierre. Ce non là est celui de trop. Elle le paiera de sa tête. Sur l'échafaud Olympe de Gouges criera "Enfants de la patrie, vous vengerez ma mort".

Pas sûrs que Catel et Bocquet soient ces enfants là, mais ils la subliment vraiment dans ce roman graphique en noir et blanc. C'est passionnant et très bien documenté, avec 500 pages dont 100 de biographie.

On est vraiment dans l'Histoire de France, sans le côté rébarbatif que peuvent avoir parfois les manuels d'histoire.

Dans la tête d'un psychopathe, "Avenue des Géants" Marc Dugain, Gallimard

Même pas peur, Marc Dugain, d'écrire "je" à la place d'un tueur. Il continue de réinterpréter les destins de personnages réels dans Avenue des Géants (Gallimard) . En l’occurrence il s’agit d’Edmund Kemper, tueur en série qui fit trembler l’Amérique dans les années 60-70 .

"Avenue des Géants" de Marc Dugain
"Avenue des Géants" de Marc Dugain © radio-france

Edmund Kemper est un enfant issu d’un milieu pauvre, fils d’un père malmené par son épouse alcoolique. Sa mère l’a d’ailleurs également maltraité .

Al, dans le roman, est donc un enfant délaissé, seul au monde, intelligent , mais personne ne lui en demande tant. Il n’a lu qu’un livre, c’est "Crime et Châtiment". Il est hors norme : 2 mètres pour 130 kilos. Un jour plus mal fait, il passe à l'acte et devient meurtrier . Ce jour-là est aussi celui de l’assassinat du président Kennedy. Il est encore mineur et se livre à la police. Dugain nous embarque dans la schizophrénie de son antihéros. Un psychiatre décrète que Al est réinsérable.

Marc Dugain met ainsi sur la table un débat de société important sur le traitement des mineurs meurtriers, sujet revenu récemment sur le devant de la scène médiatique en France.

Marc Dugain avec Isabel Pasquier

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