par Lin Noueihed et John Irish

TUNIS, 24 février (Reuters) - Le Croissant-Rouge syrien a commencé à évacuer vendredi des femmes et des enfants de Bab Amro, ce quartier de Homs soumis à d'intenses bombardements depuis trois semaines, tandis que la pression internationale s'accentue pour que Damas accepte une aide humanitaire.

"Les équipes du Croissant-Rouge syrien ont commencé l'évacuation des femmes et des enfants, l'opération est en cours", a déclaré Carla Hadad à Genève. "L'opération d'évacuation a débuté avec l'entrée d'ambulances du Croissant-Rouge à Bab Amro."

Selon Alain Juppé, l'évacuation de journalistes blessés cette semaine à Homs, notamment la Française Edith Bouvier, se préparerait. "Le gouverneur de Homs travaille avec la Croix-Rouge pour faire en sorte que (l'évacuation) soit possible dans les meilleurs délais", a-t-il dit.

C'est la première fois depuis le début du conflit il y a onze mois que le CICR, qui en faisait la demande depuis plusieurs jours, peut venir en aide aux civils pris au piège des combats.

Sur le terrain, les violences se sont poursuivies et des tirs d'artillerie ont fait cinq morts vendredi dans le quartier de Bab Amro, rapportent des militants.

Les forces de sécurité syriennes ont exécuté dix-huit personnes, dont au moins cinq enfants, dans un village du centre de la Syrie, rapportent également des activistes.

Une vidéo mise en ligne par les militants montre des personnes recouvrir de couvertures des corps ensanglantés d'enfants et d'au moins quatre adultes.

LES "AMIS DE LA SYRIE" DECOIVENT L'OPPOSITION

Pendant ce temps à Tunis, où se réunissait vendredi le groupe des "Amis de la Syrie", le Qatar a plaidé pour la constitution d'une "force arabe" et l'Arabie saoudie a soutenu l'idée d'armer les insurgés.

La Ligue arabe s'est exprimée en faveur d'une force d'interposition arabo-onusienne en Syrie. Ce point que les "Amis de la Syrie" soutiennent, selon le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem, n'apparaît pourtant pas dans le communiqué final.

Rafik Abdessalem a ajouté que le groupe reconnaîtrait sans doute le Conseil national syrien, principal groupe d'opposition à Bachar al Assad, comme le représentant légitime du peuple syrien, lors de sa prochaine réunion en Turquie.

La dernière version d'un projet de déclaration appelle la Syrie à "cesser immédiatement toute violence" pour permettre aux Nations unies d'accéder à la ville de Homs, et à laisser les agences humanitaires secourir les civils touchés par les violences.

Dans ce projet, les "Amis de la Syrie" promettent de livrer du matériel humanitaire dans les 48 heures si le gouvernement syrien "arrête ses attaques sur les civils et autorisé l'accès".

Ce projet ne mentionne pas d'intervention militaire étrangère mais appelle à renforcer la pression diplomatique sur Assad. Sur le plan des pressions économiques, l'Union européenne a décidé de renforcer ses sanctions et gèlera les avoirs de la Banque centrale de Syrie à partir de lundi prochain, a annoncé Alain Juppé.

A l'issue de la réunion, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a estimé que la violence déployée par les forces de sécurité syriennes contre les manifestants était "une tâche sur leur honneur". Les soldats syriens se conduiraient "en héros" s'ils refusaient de mener des attaques contre les civils, a-t-elle déclaré, appelant ouvertement l'armée syrienne à la désobéissance.

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, a déclaré par ailleurs qu'il enverrait l'ancien secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, en Syrie comme émissaire des Nations unies et de la Ligue arabe.

Pourtant, les "Amis de la Syrie" ont déçu l'opposition syrienne. "La conférence n'a pas répondu aux attentes du peuple syrien", a déclaré Burhan Ghalioun, chef du Conseil national syrien, principal représentant de l'opposition au régime de Bachar al Assad.

Le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza, a annoncé vendredi ne plus soutenir le régime syrien, se ralliant à la cause des insurgés.

Après son expulsion de Jordanie en 1999, le Mouvement de résistance islamique a été longtemps hébergé à Damas par Bachar al Assad et avant lui, par son père Hafez, mort en 2000.

(Benjamin Massot et Hélène Duvigneau pour le service français, édité par Tangi Salaün)

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.