Après neuf mois de manifestations réprimées dans le sang et alors que l'ONU fait état de plus de 5.000 morts, la révolte contre le régime de Bachar al-Assad commencée à la mi-mars à Deraa, dans le sud du pays, ne montre pas le plus petit signe d’essoufflement.

Plusieurs centaines de personnes ont été tuées dans la seule ville de Homs, dans le centre-ouest de la Syrie. La où les cinquante observateurs de la Ligue Arabe sont arrivés lundi soir. Leur mission fait partie d'un plan de sortie de crise de la Ligue arabe qui prévoit l'arrêt des violences, la libération des détenus, le retrait de l'armée des villes et la libre circulation dans le pays pour les observateurs arabes et la presse.

Des observateurs dans le quartier de Baba Amro

Les habitants de Baba Amro ont exigé que les experts arabes ne soient pas flanqués d’officiers syriens. Ils les ont ensuite laissé pénétrer dans le quartier et leur ont demandé de rencontrer les blessés et les parents des "martyrs".

Le comité s’est rendu ensuite à Bab Sebaa, où le régime avait préparé un défilé de partisans du pouvoir.

Les observateurs satisfaits après une première visite à Homs

« La situation à Homs est rassurante, jusqu’à présent ». Le général Moustafa Dabi, le chef des observateurs de la Ligue arabe a fait cette stupéfiante déclaration mercredi matin, au deuxième jour de présence des ses experts à Homs. « Hier c'était calme et il n'y a pas eu d'affrontements. Nous n'avons pas vu de chars mais nous avons bien vu quelques véhicules blindés », a-t-il dit.

Le calme dont parle le général Dabi a été crée de toutes pièces par les autorités syriennes mardi matin. Pour offrir à la Mission de la Ligue arabe l'image d'une ville pacifiée, les autorités ont retiré plusieurs chars qui pilonnaient depuis la veille le quartier de Bab Amro où plus de trente personnes ont été tuées pour la seule journée de lundi. D’autres blindés ont été cachés selon l’opposition. Les témoins, interrogés sur place, ont parlé de massacre « On tire au mortier sur les gens ». Une vidéo amateur, tournée par des opposants syriens, montre d’insoutenable scènes de carnage.

Les observateurs de la Ligue arabe ont été reçus mardi matin par le gouverneur de Homs avant d’effectuer une tournée dans la ville

Les experts n’ont pas croisé les 30 000 manifestants qui, selon L'Observatoire syrien des droits de l'homme, qui relaie des témoignages d'opposants, ont fait un sit-in à Khalidiya, un autre quartier de Homs. Ils n’ont pas non plus croisé les manifestations dans le quartier de Bab-Dreib, et dans le quartier de Jab al-Jandali. Ont-ils entendu simplement entendu le bruit des tirs de gaz lacrymogènes, lorsque les autorités syriennes ont tiré sur plus de 70 000 manifestants qui tentaient de pénétrer sur une place de la ville.

Des images montrent des observateurs et des hommes portant des gilets orange encerclés par une foule d'habitants du quartier de Baba Amr. Les habitants tentent d’interpeller les observateurs, de leur dire ce qu'il se passe. ils ne les écoutent pas et poursuivent leur chemin.

« Je voudrais envoyer un message à l'ambassadeur de France : il faut qu'il vienne à Homs pour empêcher les massacres qu'ils préparent. »

Omar habite à Homs. Il explique à vanessa Descouraux avoir tenté, lui aussi, sans succès, de parler avec les observateurs. Il lance un appel à la France.

Omar

Le chef des observateurs a rappelé qu’il s'agissait du premier jour et « qu'il faudra enquêter davantage ». Moustafa Dabi a annoncé l'arrivée en Syrie de 16 observateurs supplémentaires, qui ont rejoint les cinquante déjà présents. « D'autres observateurs vont arriver progressivement, jusqu'à couvrir toute la Syrie », a-t-il expliqué.

Mais que vont-ils observer ? La Russie a demandé à son allié syrien de donner un maximum de liberté aux observateurs de la Ligue arabe, alors que dans le même temps Human Rights Watch accusait le régime syrien d'avoir transféré de nombreux détenus vers des sites interdits aux observateurs de la Ligue arabe. Le ministre syrien des Affaires étrangères avait annoncé le 19 décembre que les observateurs ne pourraient pas accéder aux « points militaires sensibles ». Là où, selon l'organisation de défense des droits de l'Homme, les autorités auraient transféré entre 400 et 600 détenus.

Les autorités syriennes ont annoncé mercredi à la mi-journée avoir libéré 755 détenus. Selon le pouvoir ces prisonniers, impliqués dans le soulèvement, « n'ont pas de sang sur les mains ».

Les observateurs de la Ligue arabe vont maintenant se déployer à Damas mais surtout Hama, Deraa et Idleb où des affrontements entre armée régulière et déserteurs se multiplient. Des fusillades ont éclaté mercredi à Hama où une manifestation s'est déroulée à la veille de la venue des observateurs.

Les observateurs de la Ligue arabe victimes de manipulations ?

Bassma Kodmani, membre du bureau exécutif du Centre national syrien (CNS), invitée mardi matin de France Inter, craint que les Observateurs de la Ligue arabe ne puissent jamais constater quoi que ce soit sur le terrain, manipulées par les autorités syriennes et victime de leur propre inexpérience

Bassma Kodmani

La France, par la voix du porte-parole du Quai d’Orsay Bernard Valéro, a mis en garde contre "toute tentative de dissimulation et de manipulation" des autorités syriennes.

Bernard Valéro interrogé par Mireille Le Maresquier

Malgré tout, Bassma Kodmani pense qu’il faut en passer par cette mission pour espérer que le Conseil de sécurité prenne une décision.

Bassma Kodmani

Pour Hasni Abidi, le directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et musulman, cette mission est déjà une victoire pour la Syrie. Damas a dicté ses conditions et choisira même les opposants qui pourront rencontrer les observateurs…

Hasni Abidi

Correspondant du quotidien libanais arabophone As-Safir , Mohamed Ballout pense que l'opposition syrienne peut elle aussi tirer son épingle du jeu.

Mohamed Ballout interrogé par Christian Chesnot

crédit photo : Manifestation dans le quartier de Baba Amro à Homs, le 16 décembre 2011 © Reuters

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