Les premières négociations entre Damas et les rebelles depuis la reprise d'Alep s'ouvrent ce lundi à Astana, capitale du Kazakhstan, sous l'égide de la Russie, l'Iran et la Turquie

Syrie : les pourparlers de paix se sont ouverts ce lundi à Astana, au Kazakhstan
Syrie : les pourparlers de paix se sont ouverts ce lundi à Astana, au Kazakhstan © Reuters / Mukhtar Kholdorbekov

Six ans après le début du conflit syrien, ces pourparlers de paix prennent une configuration inédite, avec Moscou comme principal parrain.

Qui se trouve à la table des négociations ?

D'un côté, dix représentants de Bachar al Assad, menés par Bachar Jaafari, l'ambassadeur syrien auprès de l'ONU ; de l'autre, la délégation rebelle, composée de 14 membres, appuyés par 21 conseillers, et présidée par Mohammad Allouche, un responsable du groupe Jaich al-Islam. Les rebelles ont refusé à la dernière minute de négocier directement avec les envoyés du régime : ils reprochent notamment à l'armée syrienne de poursuivre les combats près de Wadi Barada, zone clé pour l'approvisionnement en eau de Damas. Les trois parrains de ces pourparlers sont aussi engagés sur le terrain syrien : la Russie et l'Iran, soutiens de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles. Contrairement aux précédentes tentatives de négociations, menées à Genève, les opposants syriens sont cantonnés au rôle de conseillers. Les Occidentaux ont quant à eux une présence a minima : les États-Unis, par exemple, sont représentés par un ambassadeur. L'émissaire de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, est lui aussi présent, invité à la dernière minute.

Où se déroulent ces négociations ?

Elles se tiennent à Astana, capitale du Kazakhstan, à la frontière de la Sibérie occidentale - cette ancienne république soviétique est toujours très proche de Moscou.

Qu'est-ce qui a changé depuis les derniers pourparlers ?

Ce sont les premières négociations depuis la reprise d'Alep par les forces gouvernementales - elles n'ont plus rien à voir avec les précédentes tentatives avortées, à Genève, en 2012, 2014, et 2016. Ces rencontres inédites, pilotées par la Russie, l'Iran, et la Turquie, consacrent le changement de donne qui s'est opéré en Syrie ces derniers mois, après l'intervention en force de l'armée russe et le désengagement progressif des Américains.

Quels sont les objectifs de ces négociations ?

Ils sont encore flous. Pour Damas comme pour les insurgés, les discussions seront avant tout centrées sur le renforcement d'un cessez-le-feu fragile. Au menu des négociations, il y aura sans doute aussi l'acheminement d'aide humanitaire. "Ce n'est pas une erreurque de commencer par l'aspect militaire : nous avons besoin d'un cessez-le-feu pour que les négociations politiques puissent se dérouler dans un climat de sérénité minimale", explique l'opposante syrienne Basma Kodmani au micro de Christian Chesnot. "Toute l'année écoulée, nous avons cherché en vain à appliquer un cessez-le-feu décidé et violé très rapidement, tout à fait impunément par le régime mais aussi par la Russie elle-même"

Le processus est marqué par de nombreuses incertitudes, notamment quant au statut de Bachar al Assad , le rôle à jouer pour la nouvelle administration américaine, et quant à l'ambition de la "troïka" qui parraine cette association : la Russie, l'Iran et la Turquie. Les discussions d'Astana représentent également un premier test pour la tentative de règlement portée par Moscou et Ankara, qui ont récemment surmonté près d'un an de grave crise dans leurs relations.

"Seule la voie politique, la négociation, permettent de sortir du chaos" - Jean-Marc Ayrault

Si la France ne joue pas de rôle dans ces négociations, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault assure au micro de Christian Chesnot qu'il souhaite le succès de ce sommet : "La France n'est pas [à Astana] car nous privilégions le cadre des Nations Unies. Mais si ces négociations peuvent préparer Genève, pourquoi pas, et tant mieux. Après la destruction d'Alep, la brutalité avec laquelle tout cela a été opéré, ceux qui pensaient que c'était une victoire russe où celle de Bachar El Assad, s'ils l'espéraient, ont vite déchanté : la réalité, c'est que c'est toujours le chaos, et qu'il n'y a que la voie politique, que la négociation qui permet d'en sortir."

Combien de temps vont durer les pourparlers ?

C'est impossible à déterminer. Le pari diplomatique de ces négociations, c'est de partir des rapports de force sur le terrain, pour ensuite relancer le processus politique dans quelques semaine - avec de nouvelles négociations, cette fois-ci sous l'égide de l'ONU, à Genève, le 8 février.

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