confusion place taksim, à istanbul
confusion place taksim, à istanbul © reuters

La police turque a passé la nuit de mardi à mercredi à affronter des groupes de manifestants place Taksim, berceau du mouvement antigouvernemental turc dans le centre d'Istanbul que les autorités ont entrepris de "nettoyer".

Inflexible depuis le début des troubles il y a deux semaines, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a accepté de rencontrer dans la journée certains représentants de la contestation, qui rassemble laïques, extrême gauche, libéraux, écologistes, étudiants, et divise le pays. Mais l'un des principaux groupes à l'origine du mouvement, Plateforme Solidarité Taksim, dit ne pas avoir été invité et refuse en outre de dialoguer "tant que la violence se poursuit".

Après une première intervention mardi à l'aube qui a permis de dégager une grande partie de la place, la police anti-émeute a tenté à plusieurs reprises de repousser les derniers milliers de manifestants, avec le soutien de véhicules blindés et de canons à eau.

Place Taksim, reportage de l'envoyé spécial de France Inter, Antoine Giniaux

Elle est encore intervenue à la tombée du jour en tirant sans prévenir des cartouches de gaz lacrymogène sur une foule hétérogène d'employés venus après leur travail, de parents avec leurs enfants et de jeunes gens cagoulés, en première ligne des échauffourées depuis le matin.

Dans la nuit, pendant que des employés municipaux dégageaient des épaves de véhicules à l'aide de bulldozers, des groupes de manifestants continuaient de défier les policiers dans les rues étroites descendant jusqu'au Bosphore, tirant épisodiquement des fusées d'artifice.

Le gouverneur d'Istanbul, Huseyin Avni Mutlu, lors d'une brève déclaration télévisée en début de soirée :

Nous allons poursuivre nos actions de manière inlassable, que ce soit le jour ou la nuit, jusqu'à ce que les éléments marginaux soient chassés et que la place soit rouverte au peuple.

Les forces de l'ordre sont également intervenues dans la capitale Ankara au moyen de canons à eau.

> La chronique de Bernard Guetta / Erdogan a choisi son camp

Washington est préoccupée

Place Taksim
Place Taksim © / WTC

Les autorités disent qu'elles ne s'en prendront pas pour l'heure aux manifestants "légitimes" qui campent dans le parc Gezi, jouxtant la place Taksim, pour protester contre un vaste projet immobilier défendu par le gouvernement.

S'estimant légitimé par les trois victoires successives de l'AKP dans les urnes en 2002, 2007 et 2011, le Premier ministre islamo-conservateur, à qui les manifestants reprochent une dérive autoritaire, juge le mouvement manipulé par des vandales, des terroristes et des "forces étrangères".

Ces troubles ternissent l'image d'une Turquie démocratique et ouverte à l'économie de marché que l'AKP s'emploie à donner au monde depuis une décennie. La Bourse d'Istanbul a perdu plus de 11% depuis les premières manifestations.

Les Etats-Unis se sont dits préoccupés par les risques d'atteinte à la liberté d'expression, appelant au dialogue entre gouvernement et manifestants.

L'association médicale de Turquie dit avoir comptabilisé, à la date de lundi soir, depuis le début des troubles près de 5 000 blessés dans les hôpitaux et dispensaires pour des coupures, des brûlures, des problèmes respiratoires dus à l'inhalation de gaz lacrymogène. Trois personnes sont décédées, un manifestant renversé par un taxi, un autre tué par balle à Antakya, près de la frontière syrienne, et un policier qui a chuté d'un pont en pourchassant des protestataires.

Paris commente

Le pouvoir turc est peut-être en train de jouer la carte du "pourrissement" face au mouvement de contestation né il y a deux semaines, a estimé mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius.

À la question 'le pouvoir joue-t-il la carte de la fermeté?', Laurent Fabius a déclaré : "Oui, bien sûr, et peut-être même du pourrissement."

Il y a un apaisement démocratique à trouver, et j'espère que ça va être trouvé rapidement.

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