tapies fondation
tapies fondation © Fondation Tapies / Christine Siméone

Pour Tapies qui nous quitte ,faisons un tableau imaginaire , enduisons sur la toile une couche de pigments ocre, blanc ou noir, jetons-y de la poudre d'argile ou de marbre, un bout de bois, un chiffon ou un bout de papier. Rajoutons une lettre, un signe, avec un gros pinceau enduit d'un rouge mordant. Voilà Tapiès, et ses oeuvres mystérieuses, sorties d'une danse préhistorique, allez savoir.

Issu d'une famille très bourgeoise, il s'était décidé à devenir artiste dans les années 40. Décidé. Une maladie, quelques errements de fièvre et voilà, le sort était jeté. Et puisque sortilège il y a eu au début de l'histoire, Tapies ne s'est pas orienté vers la peinture académique. C'est l'esprit de Duchamp et des dadas qui a soufflé sur lui, et les esprits de Miro ou Picasso. En Espagne il a fondé un mouvement proche du surréalisme.

tapies portrait
tapies portrait © CC / Christine Siméone

Il m'est cher car il appartient à la famille des ces artistes qui ont fouillé dans le mondes des objets pour faire oeuvre . Les membres de cette famille s'appellent Etienne Martin, Alberto Burri, Arman. Leur monde a été celui du placard, du grenier ou de la décharge.

Alberto Burri , l’artiste des petits bouts de choses délabrées, comme Etienne-Martin . Morceaux de sacs en toile effilochés, rapiécés, recollés, planches de bois noircies par le feu, film de plastique attaqué et déformé par la flamme. Chez Burri les objets ont perdu leur lien avec l’homme ; alors que chez Arman la main de l’utilisateur n’est pas loin de la cafetière ou du rasoir électrique, même si on les sent plus proches du grenier que du placard. Les objets de Burri sont tout prêts d’atterrir à la décharge.Avec Etienne-Martin, cordes, toiles, grillages, s’assemblent pour figurer un "Collier de la nuit" par exemple en 1985 ; l’artiste essaie de nous raconter une histoire. C’est l’assemblage qui compte, qui fait l’œuvre, alors qu’avec Arman c’est la multiplication ou l’éclatement d’un objet qui fait l’essence de l’œuvre.

tapies lit
tapies lit © CC / Christine Siméone

Tapies fait le plus simple, un objet suffit, il est déchu, n’a plus le vernis des débuts, mais il le présente de manière solennelle, comme si ce rebut était un diamant, sous-entendu regardez le diamant, la pureté et la richesse de Tapies sont dans cet objet. Cet objet, Tapies l’a puisé à la décharge car ces fils, décombres, couvertures ou drap déchirés, vaisselle ébréchée ou brisée, n’ont plus de raison d’être sous un quelconque toit auprès des hommes.

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blogcs signature C Simeone © Radio France / C Siméone
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