"Personne n'a à nous confisquer le droit de nous dire au revoir". Sylvie a perdu son beau-père lundi à l'hôpital du Bouscat près de Bordeaux et elle a dû négocier pour le voir avant qu'il meure. Les visites ont été limitées dans cet établissement, en raison de cas de Covid parmi les soignants.

Dans un hôpital d'Avignon (illustration)
Dans un hôpital d'Avignon (illustration) © Radio France / Marie-Audrey Lavaud

C'est un témoignage qui rappelle ceux qu'on recueillait au printemps 2020, lors de la première vague de l'épidémie de Covid-19. Sylvie a perdu ce lundi son beau-père, à l'hôpital du Bouscat, près de Bordeaux. Âgé de 91 ans, il avait été hospitalisé au début du mois de janvier pour un problème dermatologique et avait contracté le Covid-19 à l'hôpital. Mais en raison de l'épidémie, les visites ont été strictement limitées dans cet établissement privé à but non lucratif et Sylvie témoigne "avoir dû affronter un rejet de la part de l'hôpital" et avoir dû négocier pour lui rendre visite, une heure avant son décès, dans un contexte d'augmentation de la tension sur les hôpitaux, due à l'épidémie.

Venue de Paris avec son mari pour trois jours à Bordeaux, elle a obtenu l'autorisation d'entrer dans la chambre de son beau-père lundi. Pourtant équipée par ses soins de masque FFP2, de sur-lunettes, de gants et de combinaison jetables, Sylvie s'en était vu refuser l'accès ce dimanche. "Je suis très contente d'avoir pu le voir, finalement, je l'ai quitté une heure avant qu'il parte, on n'est pas venu pour rien". Mais "cela a été très difficile de négocier" regrette Sylvie car "on ne faisait pas partie des exceptions".

Visites limitées depuis l'apparition de cas de Covid-19 parmi les soignants

Depuis l'apparition d'un cluster, il y a deux semaines, parmi les soignants de l'établissement, les conditions de visites ont été strictement restreintes, explique le directeur. 14 soignants parmi les 200 que compte l'hôpital ont été atteint par la maladie. Eric Viana, le directeur de l'hôpital, rappelle que des "recommandations sanitaires de la part du ministère de la Santé, préconisent notamment une limitation des visites aux situations de soins palliatifs de fin de vie". 

Le beau-père de Sylvie n'était pas en soins palliatifs et son état s'est dégradé brutalement lundi, en fin de matinée, date à laquelle une sortie vers son Ehpad était initialement programmée par l'équipe soignante. Le directeur de l'hôpital, qui a durci les conditions de visite, "à contrecœur" avec l'apparition du cluster parmi les soignants, nous assure que, ce jour-là, Sylvie "n’a pas eu besoin de négocier une visite" et qu'un médecin s'est déplacé à l'accueil pour accueillir le couple à son arrivée.

Il fait état de "tensions" qui vont "crescendo", depuis quelques semaines, entre soignants et familles de patients. "C'est assez compliqué pour tout le monde" reconnait-il, "une frustration comme celle-ci, quand on se présente à l'accueil de l'établissement, qu'on a fait potentiellement beaucoup de kilomètres et qu'on se voit refuser l'accès, c'est humain, c'est normal : qui ne serait pas énervé ?".

Des visites pour les personnes en soins palliatifs

Eric Viana rappelle que des exceptions à la limitation des visites sont toutefois prévues pour les patients en soins palliatifs, sur "décision collégiale" des équipes soignantes et que tout est mis en œuvre pour permettre aux proches d'accompagner au mieux les patients, avant un état d'inconscience. L'hôpital cherche à "anticiper les situations, car une visite n'a d’intérêt que si c'est pour apporter du réconfort aux patients dans une période où il est encore totalement conscient, organiser une visite pour voir un patient qui, malheureusement, ne serait plus en état de conscience, cela voudrait dire qu'on n'a pas fait correctement notre travail".

Sylvie, de son côté, dit comprendre la situation de tension au sein des hôpitaux mais estime que "le cas par cas" pourrait être favorisé. "Doit on attendre le dernier souffle de quelqu'un pour lui apporter un peu de joie et peut être lui dire au revoir ?" questionne-t-elle, rappelant que son beau-père, alerte avant son hospitalisation, était depuis dans l'incapacité de téléphoner. "Il ne pouvait plus communiquer ni par téléphone, ni autrement donc on avait besoin de se voir et ce besoin-là, il faut qu'il soit entendu !" s'emporte-t-elle, estimant que sans son insistance, le vieil homme serait mort sans cette dernière visite : "ce n'est pas humain de laisser mourir les gens tout seuls".

A la lecture de ces propos, une soignante de l'hôpital a contacté France Inter ce jeudi pour réagir, témoignant d'un "sentiment d'injustice", au regard du travail des soignants de l'hôpital du Bouscat qui "continuent leur job avec humanité et bienveillance en accompagnant les malades, les mourants, les familles". A sa connaissance "aucune personne en fin de vie [n’a été] privée de la visite des siens s’ils en exprimaient le désir".

De son côté, le directeur de l'établissement assure que l'équipe soignante a contacté la famille, quand l'état de santé s'est détérioré. "Dès qu’un patient se dégrade, les familles sont tout de suite prévenues pour organiser une visite en urgence s’ils en ont la possibilité" précise le directeur.

Pour l'ARS, "priorité" doit être donnée aux personnes en fin de vie 

Sollicitée sur ce cas, l'Agence régionale de santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine rappelle la consigne transmise dès le premier confinement au printemps dernier. L'ARS précise avoir fermement transmis à plusieurs reprises l'ordre de "donner priorité aux visites des proches de patients en fin de vie ou en soins palliatifs". Avec l'épidémie, chaque établissement hospitalier peut en effet limiter les visites en fonction de son organisation, de la taille de ses locaux ou encore de cas de Covid-19 parmi les personnels mais il est "impératif" insiste l'ARS de permettre les visites aux personnes en fin de vie, pour éviter de connaitre à nouveau des situations vécues au début de l'épidémie.