Touche pas à ma laïcité ! La loi de 1905 a placé les lumières avant la religion La France a connu trois siècles de guerres religieuses. Ce fut assez sanguinolent, et largement imbécile : la révocation de l’Edit de Nantes, l’une des mesures les plus bêtes jamais prises par un prince, fut un crime politique, économique et culturel. « Crime culturel » fut l’expression utilisée par le Chanoine Honoraire de Saint-Jean de Latran (1) pour qualifer le reniement de la filiation catholique de la France. Et d’exciper de Clovis et de Louis IX, dit Saint-Louis. Clovis, j’y étais pas. Son baptême est une fable, et de toutes façons Clovis est un politicard avisé dont le digne successeur fut Henri IV. Mais Saint-Louis j’y étais. C’est sous son règne que se produisit la charmante Croisade des Albigeois qui liquida la civilisation occitane. C’est lui qui fit bruler les Talmud en 1254, et on lui doit l’ingénieuse invention de signes distinctifs pour les Juifs, la rouelle pour les hommes et un bonnet pour les femmes. A part çà il fut l’initiateur des boucheries de la 7° et 8° croisade et rendit la justice sour un chêne. D’autres furent plus nobles : ainsi Henri II autorisant par décret le séjour en France des juifs chassés d’Espagne. L’histoire catholique de la France n’est pas si simple, et souvent les rois n’ont pas baisé les orteils des successeurs de Pierre, à preuve la fabrication des papes d’Avignon. La culture française est pétrie de religion - ce n’est pas moi, lecteur inlassable des Evangiles ou de Nietszche, et plus récemment de Girard qui le nierai - mais la République a réussi cette chose extraordinaire qui est la loi de 1905 de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. L’Etat s’occupe de la Société, la religion relève de la sphère privée, et l’Etat est neutre vis-à-vis de toute confession. Cette loi n’a jamais été digérée par l’Eglise. L’Eglise n’y a jamais vu une vision tolérante, neutre et bienveillante de l’Etat, mais un « traumatisme douloureux » (Jean-Paul II en 2005), interdisant le mixage de la religion et de la vie sociale, interdisant à la religion de régler le fonctionnement de la société. Pourquoi ? Parce que la religion permet de distinguer le bien du mal, ce que ne permettent pas de voir les « lumières », qui n’éclairent rien et sous couvert du « progrès » peuvent aboutir à des monstruosités athées et vaguement scientifiques comme le communisme et le nazisme. D’où la fameuse phrase du Chanoine Honoraire sur l’instituteur (les lumières) et le prêtre. Merci de votre patience, cette longue introduction pour en arriver à l’offensive laïque de Marine Le Pen et à la fusion de « Riposte Laïque » et du « Bloc idenditaire » (voir l’article de Sylvie Coma, p...) Depuis les croisades, l’extrême droite a un crucifix sur la poitrine. On croira à la laïcité de Marine Le Pen le jour où elle dira : musulmans, juifs, chrétiens, tout ça m’indiffère. Car la force de la Loi de 1905 ne tient pas à ce qu’elle lutte contre les religions, mais que les religions lui indiffèrent. Etre indifférent est beaucoup plus violent qu’être contre. Etre contre, c’est la laïcité négative (la riposte laïque) qui est aussi dangereuse que la « laïcité positive », laquelle voudrait favoriser les religieux car ils calment les brutes. Les religieux n’ont jamais calmé les brutes, ils les arment et les exitent. L’indifférence et la neutralité de la loi de 1905 exigent un degré de raisonnement et un calme qui ne convient pas aux foules exitées. En fait, la loi de 1905 implique un certain élitisme, un raisonnement philosophique auquel accède facilement un honnête homme, croyant ou non. On comprend mieux maintenant pourquoi dans les braillements et l’anti-islmamisme des extrémistes et de Marine Le Pen, se trouve la ritournelle du peuple contre les élites : le peuple comprend bien qu’il faut botter le cul des musulmans qui nous empêchent de vivre. Les élites non. L’élite, c’est l’intello, le bobo, le parigot du 6° arrondissement comme le beuglait Frêche, c’est la tête pourrissante du poisson (Poujade). Le peuple, lui, c’est la fraîcheur animale, la bonne santé instinctive et pulsionnelle, la fraîcheur des égorgeurs de la Saint-Barthélémy, manipulés bien entendu par les politicards du genre Marine Le Pen. Il n’est pas vrai que la fermeture de rues pour raison de prière soit un évènement anodin. Que les édiles construisent les lieux de prière adéquats, et on n’en parlera plus. Qu’elles autorisent la prière publique, exceptionnellement, au même titre que les processions, pourquoi pas ? Visiter une église ou une mosquée est un acte laïque, et n’implique pas d’être foudroyé par la foi, regarder passer des flagellants relève du spectacle plutôt comique, comme la vision de types s’accroupissant sur le sol (revient sans cesse l’image des Dupont Dupond dans « Tintin au pays de l’or noir » bottant le cul d’un homme en prière) ou s’agitant contre un mur. C’est ça qui fait haïr la loi de 1905 aux religieux : l’indifférence sereine, l’indifférence cultivée. C’est la haine de l’instituteur au fond.

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