Algérie 2012, école de Beslan (Ossétie du Nord) 2004, Théâtre de Moscou 2002 : les prises d’otages massives se terminent toujours dans un bain de sang. Au-delà même de l’attitude jusqu’au-boutiste des gouvernements confrontés à ces prises d’otages massives, il n’y a aucune solution tactique satisfaisante, explique Frédéric Gallois. L’ancien patron du GIGN travaille aujourd’hui pour la société Gallice Security. Frédéric Gallois, qu’une prise d’otages massives se termine dramatiquement, cela semble être malheureusement la règle, non ? Aucune unité au monde n’a de baguette magique. Il n’y a pas de solution tactique pour sauver tous les otages, surtout quand ils sont aux mains de terroristes à dimension suicidaire. Les dénouements sont toujours tragiques, et ce n’est pas une remise en cause des forces d’intervention. Néanmoins, sur ce qui s’est passé en Algérie, le plus troublant est que d’entrée, le gouvernement a dit qu’il n’y aurait aucune négociation. Négocier ne veut pas dire accepter ; négocier c’est gagner du temps. Négocier, c’est communiquer, et c’est l’un des trois piliers de cette gestion de crise, qui sont : 1 - Comprendre ce qui se passe. Donc, utiliser le renseignement à outrance, analyser minute par minute la menace qui pèse sur les otages et les marges de manœuvre à notre disposition. 2 - Configurer un canal de communication avec les preneurs d’otages, d’abord pour gagner du temps, ensuite pour comprendre l’état d’esprit des terroristes, enfin pour tenter de négocier. 3 - Préparer l’usage de la force.Donc, si on respecte ces trois fondamentaux, qu’on avance avec le plus grand professionnalisme, on a la capacité à sauver le maximum d’otages. Pas tous, mais le maximum.Qui prend la décision d’intervenir ? Le politique, mais l’unité d’intervention devrait pouvoir peser sur le choix du politique. Encore une fois, négocier ne veut pas dire accepter les revendications des terroristes. On négocie de la nourriture contre des otages. Et à chaque échange, on va essayer de mieux comprendre. Un otage est libéré ? On le débriefe aussitôt, et on affine nos renseignements. Refuser d’entrée toute communication revient à démarrer une course avec une jambe en moins.Concernant cette prise d’otages à In Amenas, on a évoqué le nombre d’une cinquantaine d’otages et de 20 à 30 preneurs d’otages. Quel aurait du être le déploiement des forces d’intervention ? En termes de forces vives, d’assaut, d’appui feu etc, il faut au moins une centaine de personnes hyper-spécialisées, qui soient capables de subir des chocs très violents au moment de l’assaut, avec des moyens de protection évidemment ; capables d’avancer sous un déluge de feu en pratiquant un tir sélectif…Donc il faut un rapport de 3 pour 1. Voire 6 pour 1 si le siège dure et qu’il faut organiser des relèves. C’est la raison pour laquelle le GIGN, que j’ai dirigé, est passé de 150 personnes au début des années 2000 à 400 aujourd’hui. La décision d'augmenter les effectifs avait justement été prise après les prises d’otages massives de Moscou et Beslan.

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