TOULOUSE (Reuters) - La minute de silence s'est achevée il y a quelques minutes. Soudain, un hélicoptère des forces de sécurité survole la place du Capitole, au coeur d'une ville de Toulouse encore sous le choc mardi du drame qui l'a endeuillée la veille.

Entre recueillement et inquiétude, les Toulousains restent effarés par la fusillade qui a coûté la vie lundi à quatre personnes, dont trois enfants, dans une école juive, après celles qui ont provoqué la mort de trois militaires d'origine maghrébine la semaine dernière à Toulouse et Montauban.

Nombre d'entre eux, à l'image de leur maire socialiste Pierre Cohen, ne parviennent pas à comprendre ce qu'ils considèrent comme un "crime raciste".

Malgré le déploiement d'un important dispositif policier, destiné à sécuriser les lieux stratégiques et à traquer le "tueur au scooter", le premier magistrat de la "ville rose" appelle ses administrés à continuer de vivre normalement.

"Nous avons ici vraiment des actes racistes puisque les personnes attaquées à travers l'emblème de l'armée étaient également des personnes de confession musulmane ou qui avaient une origine qui peut amener à penser que c'est un acte raciste", a déclaré l'élu à l'issue d'un moment de silence observé par environ 200 personnes dans la cour Henri-IV de l'hôtel de ville.

"Il ne faut pas rentrer dans ce jeu. Prudence, vigilance, mais (il faut) aussi rester en vie, continuer à faire vivre la République (...), continuer à montrer qu'il n'aura pas le dessus", a ajouté le maire, mine grave et costume sombre.

Le reportage de Cédric Lang-Roth

DE LA "HAINE" POUR LE TUEUR

Une centaine de personnes ont assisté mardi à la mi-journée à une cérémonie dans l'établissement scolaire juif Ozar Hatorah, situé dans le nord-est de la ville, après une veillée funèbre en présence des corps des quatre victimes de la fusillade - un professeur d'hébreu, Jonathan Sandler, ses deux enfants âgés de trois et six ans, et une fillette de huit ans.

Les corps devaient être ensuite rapatriés par avion en Israël après une escale à Paris.

Marc Alloul, grand-oncle des deux enfants Sandler, a dit après la cérémonie avoir de la "haine" pour le tueur.

"On a veillé les corps toute la nuit. (Ma famille) est fatiguée tellement elle a pleuré. Ce qui me tue le plus c'est de voir la petite - parce que ma nièce a encore gardé une petite fille - qui a crié toute la nuit: 'papa, papa, papa'."

Devant l'école, des fleurs, des bougies. Aux fenêtres de l'hôtel de ville, place du Capitole, les drapeaux sont en berne, retenus par un ruban noir.

Parmi les anonymes venus assister à la minute de silence autour du maire et des élus, Raja, originaire du quartier sensible du Mirail, qui évoque sa peur d'un nouvelle fusillade.

"On ressent une psychose, il y a moins de fréquentation en centre-ville, les gens évitent les marchés. On voit que les gens sont tristes. J'ai peur que (le tueur) ne recommence, j'espère qu'il vont l'attraper", confie la jeune femme de 28 ans.

Originaire d'Algérie, Ahmed, 37 ans dont cinq années à Toulouse, fait lui aussi part de son inquiétude.

"Je ne suis pas sûr que j'irai à la mosquée ce vendredi. Cet homme (le tueur) est un raciste, donc qui sait où ça se passera la prochaine fois ? Peut-être que je vais attendre qu'ils l'arrêtent avant d'y retourner", lâche-t-il.

"PSYCHOSE"

Même sentiment pour Joseph Soulès, 28 ans, tatouages et larges lunettes noires, qui se présente comme un Toulousain de naissance: "L'ambiance est tendue. A titre personnel, je suis consterné. Je suis venu au Capitole pour me recueillir pour les gosses. J'espère qu'ils vont stopper le tueur."

Selon plusieurs syndicats de police, plus d'un millier d'agents des services de sécurité sont "sur le pont" dans le cadre de l'activation du plan Vigipirate écarlate, le plus haut niveau jamais déclenché en France, qui prévoit une présence renforcée dans les lieux publics et stratégiques, comme les lieux de culte, la gare, les grands axes ou les écoles.

Jean-Pierre Havrin, ancien commissaire de police et adjoint au maire de Toulouse chargé des questions de sécurité, souligne que 100 policiers municipaux sont mobilisés, ajoutant qu'ils seront désormais armés en journée et plus seulement la nuit.

A la terrasse d'un bar de la place du Capitole, Jonathan, le serveur, constate la désaffection de sa clientèle et parle d'un "climat de psychose".

"Les clients ne parlent que de ça. L'ambiance est très tendue", note le jeune homme de 25 ans, employé du café Le Florida dont de nombreuses tables restent inoccupées.

Il relève la forte présence policière dans les rues et notamment aux abords du Capitole. "Les forces de police ont été doublées, ça se voit", précise-t-il, avant lâcher, fataliste: "On a nettement moins de clients que d'habitude, on a l'impression que la place est vide."

Avec Johnny Cotton, édité par Yves Clarisse

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