Un rapport publié ce jeudi pointe les difficultés à trouver de l'argent pour lutter efficacement contre les inégalités et les violences faites aux femmes.

Manifestations pour l'égalité femmes/hommes à Marseille
Manifestations pour l'égalité femmes/hommes à Marseille © Maxppp / Clement Mahoudeau

« Où est l’argent pour les droits des femmes ? Une sonnette d’alarme ». Le titre choisi pour ce rapport de la Fondation des Femmes, dévoilé ce jeudi 15 septembre, dresse un premier constat pas vraiment valorisant pour notre pays: la France, au delà des discours officiels sur la nécessité de conquérir l'égalité entre les sexes, consacre bien peu de fonds à ce combat.

A grande priorité sociétale pour le gouvernement, tout petit budget.
A grande priorité sociétale pour le gouvernement, tout petit budget. © Fondation des Femmes

En 2016 le budget alloué au ministère des droits des femmes dans le cadre du programme «Egalité entre les femmes et les hommes » n’est que de 26 millions d’euros soit 0,0066% du budget général, quand le coût estimé des violences faites aux femmes est estimé à 2,5 milliards d’euros par an. A titre de comparaison, le budget espagnol consacré à la lutte contre ces violences est de 0,54 euros par habitants cette année.

Ce que coûtent les violences faites aux femmes... et ce que l'Etat investit pour y mettre fin.
Ce que coûtent les violences faites aux femmes... et ce que l'Etat investit pour y mettre fin. © Fondation des Femmes

La Fondation des Femmes, qui a conduit ce rapport avec le Conseil Economique Social et Environnemental (CESE), le Fonds pour les Femmes en Méditerranée, le Haut Conseil à l'Egalité entre les femmes et les hommes, le Comité ONU Femmes France et W4 France, dresse donc le constat d'un sous-financement des initiatives pour l'égalité. Des financements, publics comme privés, qui restent insuffisants pour la mise en pratique de ces politiques. Les associations peinent à remplir leurs missions, certaines sont contraintes à fermer faute d'argent, et les disparités géographiques augmentent.

Faire payer les partis politiques qui ne respectent pas la parité

Pourtant, de l'argent, il y en a, notamment dans ces sommes que l'Etat ne verse pas aux partis politiques ne respectant pas l'obligation de parité femmes/hommes. Des sommes qui représentent 5,1 millions d'euros d'argent public disponible en 2016. Le rapport indique que si cette manne était consacrée aux inégalités hommes/femmes plutôt que reversé sur le budget général, cela permettrait à de nombreuses organisations de financer leurs actions.

Reverser l'argent des partis politiques non-paritaires: un bol d'air financier pour les acteurs des droits des femmes
Reverser l'argent des partis politiques non-paritaires: un bol d'air financier pour les acteurs des droits des femmes © Fondation des Femmes

Mais les questions de droits des femmes ne semblent pas faire recette, chez nos parlementaires (424 hommes pour 150 femmes). Sur les 80,2 millions d'euros de réserve parlementaire qu'ils ont eu à distribuer en 2014 sous forme de subventions aux organismes de leur choix, ils n'en ont consacré que 537 712 euros à la lutte pour les droits des femmes, soit 1,45% de la totalité de la réserve parlementaire. Autant que les clubs de basket, ironise le rapport.

Repenser le financement et le don

Pour trouver de nouvelles sources de financement, publiques comme privées, les auteurs du rapport appellent à améliorer l'investissement public, notamment en rendant plus transparentes les données et informations sur les fonds réellement alloués. Le Haut Conseil à l'Egalité préconise lui de consacrer 1% des sommes récupérées chaque dans la lutte contre l'évasion fiscale à un fonds national EGALITER, pour impulser, suivre et évaluer les politiques publiques de lutte contre les inégalités femmes/hommes. Une autre piste serait de renforcer le principe d'éga-conditionnalité, qui conditionne le versement d'argent public, dans des appels d'offre ou les partenariats public-privé notamment, au respect de critères d'égalité entre les sexes.

Le dernier constat, c'est qu'il reste très dur de lever des fonds, de récolter des dons privés pour ces questions de droits des femmes. Pour lever cet obstacle, le rapport conseille de donner plus de visibilité et d'accompagnements aux associations et ONG. Il propose la création d'un évènement grand public sur le modèle du Téléthon, ou au moins d’une vaste campagne de sensibilisation à la donation en faveur des femmes et des droits des femmes. L'autre bataille des dons est à mener sur les réseaux sociaux et internet, avec des formations aux outils et aux stratégies de collecte en ligne pour les associations.

Les droits des femmes ne font pas recette sur les sites de crowdfunding
Les droits des femmes ne font pas recette sur les sites de crowdfunding © Fondation des Femmes
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