par Matthew Bigg

WASHINGTON (Reuters) - Troy Davis, condamné à mort pour le meurtre d'un policier en 1989, a été exécuté par injection mercredi soir dans une prison de Jackson en Géorgie, peu après le rejet d'un ultime recours par la Cour suprême des Etats-Unis.

La Cour suprême a refusé en dernière minute d'annuler l'exécution du condamné, qui devait initialement avoir lieu mercredi à 19h00 locales (23h00 GMT), à la prison de Jackson. Il a fallu à la Cour suprême plus de quatre heures pour rendre son avis, délai inhabituellement long pour ce genre de cas, et le condamné a été exécuté à 23:08 locales (jeudi 03h08 GMT).

Davis, alors qu'il se rendait à la chambre d'exécution, a clamé son innocence, selon des journalistes qui ont assisté à ses derniers instants.

"Je ne suis pas responsable de ce qui s'est passé cette nuit-là (en 1989). Je n'avais pas d'arme à feu", a-t-il dit, selon Rhonda Cook, du quotidien Journal-Constitution, qui paraît à Atlanta.

"Ce n'est pas moi qui ai tué votre fils, votre père ou frère. Je suis innocent!", a-t-il dit aux membres de la famille du policier assassiné venus assister à l'exécution.

Condamné à mort pour le meurtre du policier Mark MacPhail en 1989 à Savannah, en Géorgie, Troy Davis était devenu un symbole de la lutte contre la peine capitale. Sept des neuf témoins de l'accusation se sont rétractés depuis son procès et les partisans de l'abolition estiment que la justice américaine est sur le point d'exécuter un homme dont la culpabilité n'est pas certaine.

MULTIPLES RECOURS

Aux abords de la prison, à Jackson, plusieurs centaines de manifestants s'étaient rassemblés mercredi en espérant que la sentence ne serait pas exécutée. Ils scandaient "S'il vous plaît, ne laissez pas mourir Troy Davis" et "Je suis Troy Davis!". Les manifestations, qui ont commencé en début d'après-midi, ont eu lieu sur fond de forte présence policière et deux personnes au moins ont été appréhendées.

"C'est un moment tragique. Nous espérions un résultat différent mais nous sommes déterminés à lutter", a déclaré Raphael Warnock, pasteur de l'Eglise baptiste Ebenezer, à Atlanta.

"Les gens assistent à cette exécution-là d'une façon qui n'a pas de précédent, et je pense qu'elle les conduit à porter un regard dur sur notre système pénal", a-t-il ajouté.

De nombreuses personnalités, dont le prix Nobel de la paix Desmond Tutu et la religieuse Helen Prejean, auteur de "Dead Man Walking" (La Dernière marche), ont milité depuis des années contre l'exécution de Troy Davis. La France et le Conseil de l'Europe avaient joint cette semaine leur voix à ces militants.

"La France regrette vivement le refus du comité des grâces de l'Etat de Géorgie de commuer la peine de M. Troy Davis", avait déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères lors d'un point de presse électronique.

L'affaire Troy Davis avait donné lieu à de multiples recours et la Cour suprême des Etats-Unis avait demandé en août 2009 un autre procès pour examiner les nouveaux éléments et témoignages mis en avant par la défense. La justice de Géorgie avait confirmé la culpabilité de l'accusé un an plus tard.

Jean-Philippe Lefief et Eric Faye pour le service français

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