Les hommes forts de la Tunisie
Les hommes forts de la Tunisie © Radio France

Les islamistes sont descendus à leur tour dans la rue à Tunis au lendemain des obsèques de l'opposant laïque Chokri Belaïd, dont l'assassinat a provoqué une onde de choc dans le "berceau" du printemps arabe Quelque 6 000 partisans d'Ennahda, le parti islamiste au pouvoir depuis l'avènement de la "révolution de jasmin" de janvier 2011 et les élections, se sont rassemblés pour manifester leur soutien à Rached Ghannouchi.

Le président d'Ennahda avait été la cible, la veille, de slogans hostiles lors des obsèques de Chokri Belaïd, qui ont rassemblé la plus grande foule depuis 2011 et le renversement de l'autocrate Zine ben Ali.

Les islamistes ont brandi des drapeaux tunisiens et l'emblème du parti en marchant sur le ministère de l'Intérieur en empruntant l'avenue Habib Bourguiba, la plus grande artère de la capitale.

Le peuple veut de nouveau Ennahda !

A Tunis, Philippe Randé a assisté à la manifestation

La démonstration de force des islamistes était toutefois éclipsée en importance par la marée humaine qui a déferlé la veille dans la capitale et les autres villes du pays pour rendre hommage au militant laïc et dénoncer le gouvernement dominé par les islamistes.

L'assassinat de Chokri Belaïd, perpétré mercredi devant son domicile par un homme seul qui a pris la fuite à moto, n'a pas été revendiqué. Sa famille a toutefois pointé du doigt la responsabilité d'Ennahda, qui a nié toute implication.

Après la mort de l'opposant, le Premier ministre, Hamadi Jebali, secrétaire général d'Ennahda, a proposé de dissoudre le gouvernement et de nommer une équipe de technocrates en attendant la tenue d'élections. Cette offre, qui a pris de court l'ensemble de la classe politique qui n'avait pas été consultée au préalable, a été désavouée par le propre parti du Premier ministre.

La crise politique à Ennahda, par Yves Izard

Pour ce militant islamiste anonyme, partisan d'Ennahda, le parti islamiste a gagné les élections.Il n'est donc pas question d'accepter un nouveau gouvernement, avec la participation des partis laïcs.

Après "Ben Ali dégage", "France dégage"

La transition politique s'est révélée relativement moins chaotique en Tunisie que dans d'autres pays comme la Libye et l'Egypte touchés par le "printemps arabe" mais les tensions se ont exacerbées depuis la victoire électorale des islamistes, accusés par les révolutionnaires et les libéraux de rogner petit à petit sur des libertés chèrement acquises.

Des mouvements laïques reprochent notamment au gouvernement la mollesse de sa réaction face aux groupes salafistes, partisans d'un islam des origines et qui s'attaquent depuis plusieurs mois aux lieux de culture et de divertissement (salles de cinéma et de théâtre, cafés, ...) et à des particuliers.

Par mesure de précaution, la France a fermé vendredi et samedi ses établissements scolaires et conseillé à ses ressortissants d'éviter les endroits à risques à Tunis. Samedi, des manifestants islamistes ont brandi une inscrition "Dégage" sur fond de drapeau tricolore en réponse à des propos tenus la veille par le ministre français de l'Intérieur, Manuel Valls. La France doit "soutenir les démocrates" en Tunisie pour que les "valeurs de la 'révolution du jasmin' ne soient pas trahies", avait dit le ministre français après l'assassinat de Chokri Belaïd :

Il y a un fascisme islamique qui monte un peu partout et cet obscurantisme (...) doit être évidemment condamné (...), puisqu'on nie cet État de droit, cette démocratie pour lesquels les peuples libyens, tunisiens, égyptiens se sont battus.

Le chef de la diplomatie tunisienne, Rafik Abdelssalem, a taxé ces propos d'"inquiétants et inamicaux".

Henda Hendoud : "une révolution confisquée"

Henda
Henda © Radio France / Thibault Lefèvre

Il y a un peu plus d'un an, nous avions rencontré Henda. Agée d'une trentaine d'année, elle a participé à la révolution de jasmin.

Quelques mois avant la chute du régime de Ben Ali, Henda est employée comme journaliste à Shem’s FM, une radio dirigée par la fille du dictateur.Parallèlement, Henda écrit sur son blog des textes engagés sur les tabous de la société tunisienne comme la virginité ou les aspirations de sa génération. Rien de vraiment politique. Pendant la révolution, Henda ne sait pas quoi faire : continuer à travailler pour un média qui cache la vérité aux Tunisiens ou s’engager aux côtés des révolutionnaires.

Peu de temps avant les première élections libre en octobre 2011, elle livrait face caméra ses espoirs pour une nouvelle Tunisie. Un an et demi après,l'espoir laisse place à l'inquiétude.

Henda a assisté aux funérailles de Chokri Belaïd

Quels sont les enseignements de la forte mobilisation pendant les funérailles ?

La manifestation s'est déroulée dans un calme relatif, est-ce une surprise ?

La Tunisie, deux ans après la révolution

Revoir le webreportage : "Ammar 404"

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