[scald=103045:sdl_editor_representation]par Marion Douet

PARIS (Reuters) - Capter le carbone qui se dégage de l'aciérie de Florange et le stocker sous terre pour réduire les émissions de CO2: cette première mondiale pourrait assurer l'avenir des hauts-fourneaux d'ArcelorMittal, à l'arrêt depuis des mois.

Les candidats à l'élection présidentielle qui ont visité Florange se sont tous prononcés en faveur de ce projet mais les salariés craignent que l'arrêt des hauts-fourneaux ne mette un terme à cet espoir de voir 600 millions d'euros investis sur le site.

"Evidemment c'est un bon projet, à la fois économique, social et environnemental mais si les hauts-fourneaux ne redémarrent pas, Ulcos n'a plus de sens", déclare Edouard Martin, représentant de la CFDT au comité d'entreprise européen d'ArcelorMittal.

Au-delà de l'expérience scientifique, Ulcos impliquerait le maintien en activité des hauts-fourneaux et ferait de Florange le premier site sidérurgique au monde à produire de l'acier propre grâce au captage et stockage de CO2 (CSC).

Depuis 2004, un programme de recherche européen réunissant 48 entreprises et dirigé par ArcelorMittal, travaille sur les technologies permettant de réduire de 50% les émissions de gaz à effets de serre (GES) issus de la production d'acier, industrie très polluante.

Afin de concrétiser ces recherches, les hauts-fourneaux de Florange ont été choisis pour servir de démonstrateur grandeur nature. Le projet comportera une étape de modification du haut- fourneau pour capturer le CO2 avant de le transporter jusqu'à un site de stockage géologique.

"Du fait de la taille de son haut-fourneau, c'est le site de Florange qui a été retenu. La zone de stockage se situerait dans le nord-ouest de la Lorraine", a expliqué à Reuters Jean-Pierre Birat, coordinateur du projet Ulcos au niveau européen et expert chez ArcelorMittal.

CHOC THERMIQUE

D'après les premières informations dont dispose la société indienne, qui a obtenu en octobre 2011 un permis de recherche, le site de stockage permettrait d'injecter le carbone issu de la production pendant dix ans.

Maintenu en "fonctionnement nominal", Florange emploierait du personnel spécialisé supplémentaire pour mener les travaux d'adaptation du site jusqu'en 2015, ajoute Jean-Pierre Birat.

Pour financer les 600 millions d'euros nécessaires à l'adaptation du site, le gouvernement français a d'ores et déjà bloqué 150 millions d'euros.

Le gouvernement a également appuyé le projet auprès de la Commission, qui doit décider d'en financer une partie à travers un fonds européen qui vise à soutenir les énergies d'avenir.

A partir du mois d'octobre, la Commission rendra sa décision dans le cadre d'un appel d'offre où le site d'ArcelorMittal est en compétition avec 12 autres projets européens de CSC, dont sept au Royaume-Uni. Une décision retardée plusieurs fois, qui fait craindre pour certains une rapide dégradation du site si les hauts-fourneaux sont arrêtés trop longtemps.

"Si la Commission européenne choisit Florange, ArcelorMittal sera obligé de redémarrer le site, c'est la meilleure garantie", estime Aurélie Filippetti, députée socialiste de la circonscription voisine de Gandrange, où une première aciérie a fermé en mars 2009.

"Mais le risque c'est que la CE ne choisisse pas un site déjà à l'arrêt, car dans les critères d'attribution il y a le fait que le site soit en état de marche. Au redémarrage il y a plusieurs risques, dont le choc thermique", ajoute-t-elle.

ArcelorMittal dément que cet arrêt "temporaire", lié au niveau des commandes, puisse influencer le choix de Bruxelles.

Nicolas Sarkozy a cependant annoncé le 1er mars que l'entreprise indienne allait investir 17 millions d'euros pour moderniser le site, dont deux millions pour les travaux de redémarrage des hauts-fourneaux .

UNE SEULE EXPÉRIENCE EN FRANCE

Les associations de protection de l'environnement estiment que cette technologie coûteuse ne va pas favoriser l'effort de réduction des émissions en amont de la chaîne industrielle et soulignent le manque de connaissances scientifiques, notamment concernant les risques de fuites.

Elles rappellent qu'au lac Nyos (Cameroun) une remontée de CO2 stocké naturellement au fond du lac avait asphyxié environ 1.700 habitants et des milliers d'animaux en 1986.

"On va dépenser beaucoup d'énergie pour capter, comprimer et injecter le CO2. Et si de surcroît ce carbone est relargué par des fuites, on aura une double peine", estime Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE).

Il ajoute que pour cette fédération d'associations environnementales le stockage de CO2 est comparable à l'enfouissement des déchets nucléaires à long terme.

En France, la seule expérimentation de CSC en cours est située à Lacq, dans les Pyrénées-Atlantiques, où Total a commencé en 2010 à injecter du CO2 à 4.500 mètres de profondeur dans un ancien réservoir de gaz.

Le 6 mars dernier, le tribunal de Pau a rejeté la demande d'un groupement d'associations environnementales qui souhaitait un retrait de l'arrêté préfectoral autorisant l'exploration.

Edité par Yves Clarisse

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