Pour la première fois depuis le démantèlement du campement de Saint-Denis, en novembre, de nombreuses tentes ont refait leur apparition à la sortie du parc de la Villette, sous le périphérique, à Paris, depuis fin juin. Plus de 200 migrants y vivent, selon les associations, essentiellement des Afghans.

Le campement de migrants afghans est installé sous le périphérique, à la sortie du parc de la Villette, à Paris
Le campement de migrants afghans est installé sous le périphérique, à la sortie du parc de la Villette, à Paris © Radio France / Rémi Brancato

MISE À JOUR le 22 juillet : Ce jeudi 22 juillet au matin, la préfecture de région d'Île-de-France a procédé à la mise à l'abri de 310 personnes, nous indique-t-elle par mail, uniquement des hommes seuls. L'évacuation du campement du canal de l'Ourcq a eu lieu tôt ce jeudi, en présence de membres de l'association Utopia 56, qui ont, eux, dénombrés 325 hommes hébergés. Tous ont été "pris en charge vers des centres d'hébergement" indique la préfecture qui assure qu'ils "vont y bénéficier d’un accompagnement social, sanitaire et administratif avant d’être réorientés vers des hébergements adaptés à leur situation". 

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"Je vis ici, dans la quatrième tente, juste là !" Ahmad, 19 ans, montre son nouveau lieu de vie. Cet Afghan de 19 ans est arrivé à Paris quatre jours auparavant et après quelques nuits dehors, à même le sol, il a trouvé un modeste refuge dans l'une de ces tentes, alignées sous le périphérique parisien, à la sortie du parc de la Villette. "J'ai d'abord dormi dehors et puis un des gars m'a proposé de partager sa tente, il est très sympa", raconte le jeune homme qui attend une réponse après avoir déposé un dossier de demande d'asile. 

Ahmad vit sous une tente qu'il partage avec un autre migrant afghan
Ahmad vit sous une tente qu'il partage avec un autre migrant afghan © Radio France / Rémi Brancato

Premier campement depuis huit mois

À cet endroit, sous ce grand pont en béton, on dénombre au moins une centaine de tentes, et sans doute plus de 200 migrants afghans, réunis ici depuis quelques semaines. "Voir un camp se reformer comme le campement de Saint-Denis, c'est la première fois", témoigne ainsi Reza Jafari, militant franco-afghan qui vient en aide aux migrants de son pays d'origine. 

En effet, depuis le démantèlement du campement de Saint-Denis qui regroupait environ 3 000 personnes le 17 novembre 2020, aucun autre ne s'était reformé dans le Nord de la capitale. "Il y avait toujours des migrants, des exilés à la rue, mais ils étaient dispersés parce qu'à chaque fois qu'ils se regroupaient, les policiers passaient et les faisaient partir", assure Reza Jafari.

Sous le périphérique, les tentes ont d'ailleurs été retirées à plusieurs reprises depuis mai et les migrants dispersés ou mis à l'abri. Mais depuis fin juin, le campement grandit, avec des arrivées quotidiennes. Certains jeunes hommes dorment à même le sol, aux abords des tentes. "C'est très difficile et dangereux parce qu'il y a des personnes qui se bagarrent ici pendant la nuit", témoigne ainsi Ahmadi, 17 ans, qui espère obtenir bientôt une prise en charge et un hébergement, étant mineur : "j'ai très peur à chaque fois et j'ai du mal à m'endormir".  

Un lieu de regroupement pour les exilés afghans

Si le lieu est devenu un nouveau point de fixation, c'est que le mot passe parmi les exilés afghans. "Je suis venu ici, notamment parce qu'on m'a dit qu'il y a des distributions alimentaires, j'ai pu dormir au moins dans une tente, en attendant de faire les démarches pour refaire une demande d'asile", raconte Safiola, 30 ans. "Mais c'est très difficile parce qu'on est parfois à deux, voire trois dans une petite tente".

Près du campement, l'association Utopia 56 organise une distribution de produits d'hygiène aux migrants
Près du campement, l'association Utopia 56 organise une distribution de produits d'hygiène aux migrants © Radio France / Rémi Brancato

Autour de ce nouveau campement, la solidarité des associations s'organise. Utopia 56 organise régulièrement des maraudes, afin de fournir des kits d'hygiène. "On distribue des habits et des produits d'hygiène comme du dentifrice, du savon, du déodorant, des rasoirs, des sous-vêtements, ce qui se salit vite avec la chaleur", raconte Nicolas, qui fait partie de l'association. 

"Cacher le problème ne permet pas de le résoudre"

Même si ce campement reste en marge de la capitale, les tentes ne passent pas inaperçues sur ce quai du canal de l'Ourcq, très fréquenté par les passants et les cyclistes de la capitale et de Pantin, la ville voisine. Pour la première fois depuis huit mois, un campement de taille importante s'est donc reconstitué, ce qui n'étonne pas Kerill Theurillat, le coordinateur d'Utopia 56 à Paris. 

Les cyclistes et les piétons passent aux abords du campement
Les cyclistes et les piétons passent aux abords du campement © Radio France / Rémi Brancato

"C'était obligé qu'on revienne à cette situation, parce qu'il y a eu une politique d'invisibilisation qui a été menée : à chaque fois que des personnes installaient des tentes et un campement, elles étaient délogées par les forces de police, mais cacher le problème ne permet pas de le résoudre", estime-t-il. Selon lui, la reformation d'un campement est une conséquence directe du manque de "solutions" au moment des évacuations.

La situation en Afghanistan pourrait engendrer de nouveaux départs

Les arrivées d'exilés se sont poursuivies dans la capitale et aux abords. Pour les Afghans, les flux semblent se maintenir à un rythme important. "J'ai rencontré une famille qui a neuf enfants", raconte ainsi Reza Jafari. "Le père me dit qu'il ne veut pas que ses enfants meurent en guerre à cause des Talibans, qu'il est prêt à prendre tous les risques pour avoir une protection". 

Parmi les migrants afghans présents sur le camp, beaucoup savent que la situation dans leur pays ne s'améliore pas, avec l'avancée militaire des Talibans ces dernières semaines. "Oui, j'ai des nouvelles du pays", témoigne ainsi Jawar, 24 ans : "je sais que ça va mal, et que beaucoup d'autres vont être obligés de partir".