Comme le révèle Pierre Péan, au moment où les sociétés liées à Kouchner travaillent pour le compte du Gabon et du Congo-Brazzaville, le futur ministre des affaires étrangères de Nicolas Sarkozy dirige un groupement d’intérêt public, Esther, susceptibles d’attribuer des subventions à des pays africains. Nommé par Jean-Pierre Raffarin à la tête de cette structure, en novembre 2004, Bernard Kouchner crée, deux mois plus tard, le 8 janvier 2004, sa propre société de conseil : « BK Consultants ».

Par ailleurs, le 13 janvier 2009, Xavier Monnier révèle sur le site internet Bakchich qu’Eric Danon relance la trésorerie paierie générale du Gabon, en août et septembre 2007, afin de régler un « reliquat » de 817 000 euros alors que Danon, patron d’IMEDA, vient d’être nommé par Bernard Kouchner ambassadeur à Monaco. Cette facture de 817 000 euros sera finalement réglée par Omar Bongo en janvier et mars 2008.

Dans l'entourage d'Eric Danon, on explique que ce dernier devait « remettre de l'ordre dans ses affaires, en tant que gérant d'IMEDA, en relançant le Gabon, avant d'être nommé officiellement ambassadeur. »

Un règlement effectué après intervention de Bernard Kouchner ? C’est ce que laisse entendre Pierre Péan dans son livre (p. 316-317), en soulignant qu’en mars et mai 2007, le ministre des affaires étrangères suggère à Omar Bongo « de régler une facture en souffrance. » Ce que conteste formellement Bernard Kouchner.

En tous cas, une semaine après le règlement de l’ultime facture gabonaise (le 11 mars 2008), Jean-Marie Bockel, qui souhaiter « signer l’acte de décès de la Françafrique », est débarqué du secrétariat d’Etat à la Coopération.

Autre élément, le journal « Libération » expliquait, hier, mardi 24 février 2009, qu’un rapport de l’Inspection des finances et de l’Education nationale a récemment rappelé à l’ordre les professeurs au Conservatoire national des arts et métiers, où Bernard Kouchner a enseigné, sur les « cumuls d’activités et de rémunérations » Le règlement stipule que les fonctionnaires « ne peuvent exercer à titre professionnel une activité privée lucrative de quelque nature que ce soit » (sous réserve de dérogations exceptionnelles) Une règle apparemment pas respectée par Bernard Kouchner.

Ainsi, le 25 janvier 2005, le professeur Kouchner intervenait devant le Conservatoire national des arts des métiers. Un cours justement consacré aux questions d’éthique, intitulé : « Médecine humanitaire : histoire, éthique et déontologie ».

Quand le ministre Bernard Kouchner évoque son travail de consultant… dans un colloque officiel

Interrogé à l’Assemblée nationale, le 4 février dernier, le ministre des affaires étrangères assurait avoir agi « en toute transparence et en toute légalité » : « A aucun moment au Gabon ou ailleurs, je ne me suis servi de mes fonctions ministérielles. A aucun moment, je n’ai fait de mélange des genres » , s’est exclamé Bernard Kouchner.

Sur le plateau du 20 heures de France 2, le ministre réaffirmait n’avoir « jamais cédé au moindre conflit d’intérêt » , n’hésitant pas à jouer sur la corde de l’émotion.

« Je n’ai jamais appartenu ni à Africa Steps, ni à Iméda » , affirmait même Bernard Kouchner, sur le plateau de David Pujadas, niant que ces sociétés aient été dirigés par des proches. Avant d’être démenti le lendemain par un cliché publié par le journal Challenges.

Si Bernard Kouchner explique avoir arrêté toutes ses activités de consultant le jour où il a été nommé ministre, il ne rechigne pourtant pas à évoquer cette activité, lors de ses interventions publiques comme ministre, comme en témoigne son discours prononcé le 7 mai 2008, à l’occasion d’un colloque intitulé : « La couverture du risque maladie dans les pays en voie de développement : qui doit payer ? ». Un colloque en présence, notamment, d’officiels gabonais.

Dans son discours inaugural, consultable sur le site internet du quai d’Orsay, le ministre Kouchner estime qu’il ne faut « pas avoir peur de faire appel à des financements privés » en matière de santé, avant de citer en exemple… le « consultant » Kouchner :

« Un certain nombre de pays ont inventé des politiques visant à renforcer un système de couverture du risque malade ambitieux, d’autres ont exprimé leur désir et leur volonté d’y parvenir , déclare ainsi Bernard Kouchner dans ce discours. Certaines de ces expériences méritent d’être poursuivies et peuvent servir d’exemples. Je pense à la Thaïlande, au Rwanda ou à l’Inde. Je pense à l’Afrique, où j’ai participé à des expériences passionnantes et à des formations inédites et efficaces. »

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« Des expériences passionnantes » et des « formations inédites et efficaces » qui n’apparaissent plus dans la version vidéo de ce discours (ce n’est pas la seule coupe effectuée dans la vidéo) consultable sur le site du ministère des affaires étrangères (visible à 2’51).

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