Pourtant de nombreux témoignages confortent désormais la piste criminelle. Selon d’anciennes détenues, l’ex-secrétaire de Gaston Flosse, Melba Ortas (incarcérée dans l’affaire dite de l’OPT, l’Office des postes et télécom-munications), aurait fait des confidences sur l’affaire JPK, en lien avec Gaston Flosse (ce que la secrétaire démentira sur procès-verbal). Un ancien gendarme dit également avoir recueilli plusieurs témoignages dont celui d’un témoin oculaire de la disparition de JPK. D’ex-membres du GIP commencent également à sortir du silence. Autant de témoignages que le juge Redonnet doit encore creuser, dans les semaines qui viennent.

« Il y a aujourd’hui un faisceau d’indices forts en direction de l’assassinat de Jean-Pascal Couraud, ce que beaucoup ont voulu, à un moment, réfuter à Papeete , résume l’avocat de la famille de JPK, Me William Bourdon.

JPK a-t-il été assassiné sur ordre ? S’agit-il d’un « dérapage », d’une bavure ? Ou encore d’un scénario, entre guillemet, « à l’africaine », d’un « excès de zèle » de quelqu’un à qui on aurait dit : « Débarrassez-moi de ce type ! » ? Il y a tout un panel d’hypothèses. » Mais pour Me Bourdon, il est désormais « raisonnable » de penser que« la vérité se trouve au cœur de « la garde prétorienne » de Gaston Flosse. »

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Me William Bourdon - jpk © Benoît Collombat/RF
Parmi les témoignages restés jusqu’ici inédits, il y a ce témoin direct d’un enlèvement, qui pourrait correspondre à celui de JPK.

En effet, entendu le 26 février 2009 par le juge Redonnet, ce témoin raconte comment, à la mi-décembre 2007, à la date de la disparition de JPK, il a « vu un homme à 150-200 mètres » de lui, « sur le bas côté, qui semblait attendre quelqu’un. » « Cet homme était grand, environ 1 mètre 90, un « popa’a » [blanc], comme JPK, explique ce témoin. A ce moment là a surgi une fourgonnette » , avec des individus « tous costaud et un plus grand que les autres, c’étaient trois tahitiens. Deux ont tenu les bras du « popa’a » et le troisième a donné un coup de poing sur le visage. A ce moment là, les deux qui le tenaient par les bras l’ont projeté dans la fourgonnette. Ils ont alors fermé la porte et sont partis immédiatement, en direction de la mer. Toute l’action s’est déroulée en moins de 10 secondes. J’étais estomaqué, il n’y avait pas beaucoup de témoin, mais il y en avait quand même, mais je pense que j’étais le mieux placé, dans le meilleur angle pour voir la scène. C’était tellement rapide que je me suis demandé si je n’avais pas rêvé. J’avais l’impression de voir un film policier. Dans ma tête, je me suis dit : vu la rapidité et la précision de l’action qu’il s’agissait de policier en civil. J’ai pensé qu’il s’agissait d’un escroc que l’on arrêtait. Je trouvais tout de même bizarre qu’un des policiers ait frappé la personne. Je me suis dit que, de toute façon, je verrai bien à la télé ou je lirai dans les journaux ce qui s’était passé (…)C’était tellement rapide que je pensais que c’était une arrestation par les policiers , répète-t-il, une nouvelle fois, au magistrat afin d’expliquer pourquoi il ne s’est pas manifesté plus tôt. J’attendais un compte-rendu à la télé ou dans les médias, et puis cela m’est sorti de la tête, je n’y ai plus pensé. »

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Ce n’est qu’en septembre 2008, à l’occasion d’un nouvel épisode du dossier JPK (une lettre d’accusation, qui s’avèrera être un faux, découverte au domicile de Gaston Flosse) que cela a « fait tilt » dans sa tête, selon l’expression du témoin.

Ce dernier est très précis sur le lieu où se serait déroulé cet enlèvement : « Après être allé à Punaauia chez ma famille, je rentrais [en voiture] chez moi à Pirae , explique-t-il. J’avais soif, et je cherchais un magasin du côté de Taunoa. » L’homme s’arrête alors « au magasin au carrefour » , achète « une boisson » , et c’est en se « rendant vers [sa] voiture » , qu’il aurait assisté à la scène. « C’était l’après-midi, il ne faisait pas encore nuit , précise-t-il (…) à cette époque là, la route sur laquelle tout cela s’est passé était en chantier. »

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« -Qu’est ce qui vous fait dire que cela pouvait être Jean-Pascal Couraud ? », l’interroge le magistrat. « Parce qu’il était grand , répond le témoin. Sur le moment, je ne savais pas que c’était lui, j’étais à environ 150 mètres lorsque j’ai vu trois hommes empoigner ce « popa’a » (…)Je dis la vérité , conclut ce témoin sur procès-verbal. On m’a enseigné l’honnêteté dans ma famille. »

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