L'Assemblée générale de l'Onu s'apprête à reconnaître implicitement l'existence d'un Etat palestinien souverain, malgré les menaces de représailles financières brandies par les Etats-Unis et Israël contre l'Autorité palestinienne.

Le projet de résolution accordant le statut d'"Etat non membre" à une Autorité palestinienne jusqu'ici mentionnée en tant qu'"entité" devrait être adopté sans difficulté. Son président, Mahmoud Abbas, qui s'est lui-même chargé de rallier les suffrages des 193 Etats membres, a obtenu l'appuid'une quinzaine de gouvernements européens, dont ceux de la France, de l'Italie et de l'Espagne.

Pour Leïla Shahid, déléguée générale de la Palestine à l'UE, "l'UE est toujours très torturée [...] elle est désunie"

Le vote, dont l'issue ne fait pas de doute, coïncide avec le 65e anniversaire de l'adoption de la résolution 181 de l'Assemblée générale sur le partage de la Palestine. Washington a dépêché William Burns et David Hale, secrétaire d'Etat adjoint et émissaire pour le Proche-Orient, à New York pour tenter une dernière fois de convaincre le président de l'Autorité palestinienne de renoncer à son projet. La secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a parailleurs rappelé la position de l'administration Obama, qui juge l'initiative contre-productive et plaide pour une relance du processus de paix israélo-palestinien. La solution fondée sur la coexistence pacifique de deux Etats "passe par Jérusalem et Ramallah, pas par New York. Le seul moyen d'obtenir une solution durable, c'est d'entamer des négociations directes", a-t-elle souligné. ### "Une gifle en pleine figure" L'initiative palestinienne, a par ailleurs rappelé Victoria Nuland, porte-parole du département d'État, pourrait entraîner une réduction de la contribution américaine au budget de l'Autorité. Mais les menaces n'ont semble-t-il pas entamé la détermination de Mahmoud Abbas à obtenir gain de cause.Selon un diplomate occidental : > Ce n'est pas la meilleure façon de convaincre Obama d'adopter une approche plus positive du processus de paix. Trois semaines après son élection, c'est presque une gifle en pleinefigure. Le gouvernement israélien agite lui aussi la menace de représailles financières, par le biais des taxes et autres droits de douane collectés au nom de l'Autorité autonome. _Leïla Shahid : "Israël a perdu une bataille diplomatique"_
L'équipe de Benjamin Netanyahu semble toutefois soucieuse d'éviter l'isolement diplomatique. Au fil des ralliements à l'initiative de Mahmoud Abbas, notamment en Europe, les menaces se sont faites plus discrètes. Pour le Premier ministre israélien : > La décision des Nations unies ne changera rien sur le terrain. Elle ne favorisera pas la création d'un Etat palestinien. Elle la reportera encore. Anane Achraoui, membre éminente de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), a quant à elle dénoncé un "chantage à l'argent" : > Si Israël veut déstabiliser toute la région, libre à lui. Nous solliciterons l'appui du monde arabe si Israël riposte par des mesures financières, et l'Union européenne a fait savoir qu'elle ne reviendrait pas sur son soutien en notre faveur. ### Un tournant historique Dans son projet de résolution, l'Autorité palestinienne s'engage à relancer le processus de paix gelé depuis deux ans immédiatement après l'adoption du texte. Outre la France, l'Italie et l'Espagne, Autriche, Danemark, Finlande, Grèce, Irlande, Islande, Luxembourg, Malte, Norvège, Portugal, Suède et Suisse ont apporté leur soutien au projet de Mahmoud Abbas, qui avait sollicité en vain l'an dernier le statut d'Etat membre à part entière. La République tchèque devrait voter contre, tandis que l'Allemagne et les Pays-Bas devraient opter pour l'abstention. La Grande-Bretagne est hésitante. Pour Anane Achraoui : > Le succès de l'initiative en Europe marque un tournant historique et une chance pour le monde de rectifier la grave injustice historique que les Palestiniens ont subie à la création de l'Etat d'Israël, en 1948. Cette mobilisation européenne, qui reste partielle, pourrait dissuader l'Etat hébreu d'infliger de dures représailles à l'administration de Mahmoud Abbas. Il pourrait en revanche se montrer sans pitié si elle le poursuit pour crime de guerre et crimes contre l'humanité devant la Cour pénale internationale, que seuls les Etats reconnus par l'Onu peuvent saisir. Riad Mansour, observateur palestinien à l'Onu : > Je ne crois pas que nous allons nous précipiter dès le lendemain (du vote) pour intégrer tout ce qui est lié aux Nations unies, y compris la CPI. Le gouvernement israélien pourrait en outre hésiter à s'en prendre à Mahmoud Abbas après l'élan de solidarité que son offensive dans la bande de Gaza a suscité en faveur du Hamas. Le mouvement islamiste, qui a chassé l'Autorité palestinienne de la bande de Gaza en juin 2007, a lui aussi apporté un soutien inattendu à la révision de son statut à l'Onu. L'Allemagne a annoncé qu'elle voterait contre l'octroi à la Palestine d'un statut d'État non membre observateur aux Nations Unies, tandis que la Grande-Bretagne posait ses conditions à un vote favorable. Après la France, le Danemark et la Suisse ont indiqué qu'ils voteraient en faveur du texte. ### La Palestine peut avoir accès à la Cour pénale internationale(CPI) Si les Palestiniens obtiennent à l'ONU le statut d'"État observateur non membre", la Cour pénale internationale (CPI) pourrait à l'avenir être saisie pour enquêter dans le cadre du conflit israélo-palestinien, même si des poursuites à court terme contre des responsables israéliens sont peu probables. L'observateur palestinien à l'Onu, Riyad Mansour, a déclaré que les Palestiniens ne se précipiteraient pas pour adhérer à la CPI. _Pour, Leïla Shahid, la Palestine n'hésitera pas à saisir la CPI_
_A Ramallah, Grégory Philips est à côté de milliers de Palestiniens sur la grande place. L'heure est à la fête_
__ _Pour Leïla Shahid, c'est un vote historique_
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