En conclusion, la Brigade financière considère disposer d’éléments sérieux justifiant d’éventuelles poursuites. A ce stade de l’enquête, la valeur totale des donations de Liliane Bettencourt à Banier, de 1997 à 2007, est alors évaluée à « environ 630 millions d’euros. »

« Nonobstant ses affirmations [celles de François-Marie Banier], il n’en demeure pas moins que l’affectation définitive du contrat d’assurance-vie ARCALIS, en septembre 2006, période où l’état de santé de Madame Bettencourt fera alors l’objet de nombreuses interrogations, notamment de la part de Monsieur le professeur Azouvi [NDR : un expert mandaté par le parquet, voir plus loin], maintient un faisceau de présomptions quant à la réalité d’un abus de faiblesse commis par Monsieur Banier, et ce, d’autant plus, que Madame Bettencourt s’avérait être incapable de se souvenir du dit-contrat. »

Dans un rapport du 7 avril 2008 effectué à la demande du parquet de Nanterre (uniquement à partir de pièces médicales issues du dossier de Liliane Bettencourt), le neurologue Philippe Azouvi, concluait à la nécessité d'un examen approfondi de la milliardaire, ajoutant que « Liliane Bettencourt présente au moins depuis septembre 2006 une probable vulnérabilité liée à une vraisemblable affection neurologique dégénérative affectant ses facultés intellectuelles. »

Dans son rapport de synthèse de décembre 2008, la Brigade financière cite le docteur Azouvi, pour qui « il est fréquent qu’une personne présentant des troubles cognitifs légers ou modérés « fasse illusion » lors des relations sociales superficielles ou devant des médecins non spécialiste en neurologie. Il n’y a donc rien de surprenant à ce que certaines personnes ayant des rapports vraisemblablement superficiels avec la patiente, comme son garde du corps ou son chauffeur, n’aient pas constaté de difficultés majeures. Il en va de même pour des médecins généralistes. »

La version de Philippe Courroye : « des motifs juridiques »

Dans son entretien au Figaro, le 22 juillet dernier, Philippe Courroye revient sur les conditions dans lesquelles il a classé sans suite, cette plainte pour « abus de faiblesse », démentant toute pression politique.

En décembre 2007, une plainte a été déposée à mon parquet par la fille de Liliane Bettencourt contre François-Marie Banier. Elle a donné lieu à une enquête très approfondie confiée à la Brigade financière, explique le Procureur de Nanterre. Le parquet a été très attentif au traitement le plus complet possible des investigations. Au retour de l’enquête, à l’été 2009, j’ai personnellement examiné la totalité de la procédure puis je l’ai transmise aux deux magistrats qui la suivaient avec moi. La question qui se posait était d’apprécier s’il y avait suffisamment d’éléments pour renvoyer M. Banier devant le tribunal correctionnel pour des faits d’abus de faiblesse. Nous avons finalement répondu par la négative (…) Non pas, bien sûr parce qu’il y a eu des interventions politiques, des « ordres », des « instructions inavouables ». Tout cela relève du fantasme. Mais simplement pour des motifs juridiques. Si le rôle d’un magistrat du parquet n’est pas d’abord de faire respecter le droit, alors quel-est-il ? Pour dire qu’il y avait abus de faiblesse dans ce dossier, il fallait prouver que Liliane Bettencourt souffrait d’une altération de ses facultés physiques ou psychiques sur toute la période des dons visés par la plainte, soit depuis plus de dix ans. Or, elle a refusé de se soumettre aux expertises diligentées par le parquet, de même qu’à celle ordonnée par la 15ème chambre du tribunal. On peut le regretter, mais c’était son droit.

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