Guillaume Gallienne est l'un des sociétaires de la Comédie-Française les plus doués. Comique, agile et malin, il donnait vie récemment à un texte peu joué de l'histrion italien Dario Fo, autour de la vie de Saint François D'Assise, "St-François le divin jongleur".Guillaume Gallienne vient d'écrire et d'interpréter un spectacle, "les garçons et Guillaume, à table!", au théâtre de l'Ouest Parisien, à Boulogne. Jamais vu ça : un voyage dans sa vie avec pour guide, un trouble énorme d'identité sexuelle. Dernier rejeton d'une famille de garçons, Guillaume avait le sentiment que sa mère aurait voulu qu'il soit... une fille. Inconsciemment, pour lui plaire, il s'est mis dans la tête qu'il était une fille. Comment grandir avec ça? Woody Allen en aurait fait du cinéma, Guillaume Gallienne en fait un one man show, avec un humour et une auto dérision incroyables (preuve qu'il a réussi sa psychanalyse). L'enfance et l'adolescence passent en revue. Les brimades des autres garçons qui le sadisent dans le dortoir (pédé, tapette) ou durant les matchs de foot, lui envoient le ballon en cuir sur le visage. Mais au-delà de l'homophobie des gosses, Gallienne peint des personnages avec talent. La mère peu aimante et snob, la grand-mère russe, le père gêné par ce gamin différent, le séjour en Espagne où Guillaume danse la sévillanne comme une femme, il sait même repérer la différence entre hommes et femmes sur le plan de la respiration (quel sens de l'observation!). Et peu à peu, en lui, cette révélation : sexuellement, les garçons ne l'attirent pas, il s'avère hétérosexuel. Quand il présente sa fiancée à sa mère en lui annonçant qu'ils vont se marier, elle répond : "Avec qui?" Pas d'impudeur, curieusement, beaucoup d'audace (il faut le faire pour rester élégant en narrant un lavement en Bavière), Gallienne révèle avec un culot monstre les dégâts de l'éducation. Et, par chance, les mécanismes de survie.

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guillaume © Radio France
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