M Bouquet
M Bouquet © Radio France

Michel Bouquet (Le grand entretien, F Busnel, 27 août 2012):

« Je ne suis qu’un improvisateur. Un passeur, en fait. On ne peut pas faire ce métier sans la vocation. Si on fait ce métier pour soi-même, pour se faire voir, c’est une catastrophe et une honte. Pourquoi 600 ou 1000 personnes viendraient pour voir ma personne ? Le comédien n’est pas intéressant du tout. Ce qui est intéressant, c’est de voir le comédien habité par l’auteur. Moi, c’est pour que Molière ou Ionesco existent que je monte sur scène. Je m’appuie sur l’auteur, je me concentre sur lui. J’ai une aventure avec lui, il est mon père, un parent très proche et tout mon travail consiste à savoir à qui j’ai affaire, comme dans la vie, quand on regarde son père ou sa mère. On ne pense pas à aimer tout de suite, on pense à la curiosité de connaître cette personne. On ne la connaît jamais. Je passe mon temps à me demander qui était mon père !

Ce qui m’intéresse n’est pas le rôle mais la présence de l’écriture et de l’homme qui a écrit à coté de moi pour m’aider à vivre. Ca me donne le courage d’entrer en scène. Sans leur accompagnement, je ne pourrais pas rentrer. C’est la vocation de l’acteur, il ne vient pas pour se faire voir mais pour témoigner de la grandeur d’une oeuvre qu’il aime particulièrement et dont il veut partager avec le public cette émotion d’être avec elle. Qu'on soit eux et moi, avec l'auteur.

Il faut douter de sa lecture. La vie de l’acteur, c’est la non-affirmation de soi même , mais les gens sont trop préoccupés de se faire voir.

Le comédien, c’est un appliqué. Qui disparaît le plus possible devant son personnage.La fonction d’un acteur est de faire passer, de faire se tendre la main entre Molière et les gens venus entendre Molière. Ce n’est que ça, mais il faut le faire.

Il y a toujours de grands auteurs. Ils donnent pouvoir à la vie de la littérature. Ils donnent une vie à la littérature, Kertesz, Murakami et d’autres à venir. Dans l’art, il ne faut pas se tromper, ne pas faire l’art pour soi, mais servir l’art. C’est un chemin où l’on ne peut pas se tromper, l’obéissance.

La mort est une délivrance, une chose charmante, même si l’on reste dans la petite boite, ce n’est pas grave puisqu’il n’y a plus de conscience. Il n’y a pas de raison d’avoir peur. "

http://www.franceinter.fr/emission-le-grand-entretien-michel-bouquet#comment-201336

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