COLMAR, Haut-Rhin (Reuters) - Bernard Barresi, figure présumée du grand banditisme marseillais, est jugé depuis lundi devant la Cour d'assises du Haut-Rhin, à Colmar, pour l'attaque d'un transport de fonds commise il y a vingt-deux ans près de Mulhouse.

Cet homme de 49 ans, qui est assisté par trois avocats, nie son implication dans ce hold-up pour lequel il a été condamné par contumace, en 1994, à vingt ans de prison.

Au premier des cinq jours d'audience, il a contesté être le "voyou" ou le "parrain" que l'accusation semble voir en lui dans ce dossier. "Les conneries, je les assume, mais on ne va pas me condamner sur des conneries que j'ai faites avant les faits", a affirmé l'élégant quadragénaire.

Son procès, d'abord programmé en septembre 2011, avait été renvoyé pour une question de procédure.

Invité à raconter son parcours, ce fils de pied-noir qui a quitté l'école dès la cinquième pour seconder son père dans l'épicerie de gros familiale a reconnu n'avoir jamais exercé de profession déclarée et avoir volontiers arrondi ses fins de mois en faisant des "bêtises".

"Pour avoir un peu plus d'argent, je faisais des cambriolages", concède-t-il, hâbleur, en assurant qu'il ne l'aurait pas fait s'il avait imaginé "les conséquences".

Bernard Barresi a été interpellé en juin 2010 sur la Côte d'Azur dans le cadre d'une enquête sur un réseau de jeux clandestins qui lui vaut une mise en examen à Marseille, notamment pour recel d'extorsion de fonds en bande organisée et association de malfaiteurs.

"CAVALE"

Il refuse pourtant de qualifier de "cavale" les vingt années durant lesquelles il a échappé au mandat de recherche lancé contre lui.

"J'ai toujours travaillé honnêtement", clame-t-il, passant pour broutille le fait que ces travaux de maçonnerie, puis d'intermédiaire sur des chantiers, ont toujours été rémunérés "au black".

"On ne peut pas dire que c'est moi qui ai creusé le trou de la Sécurité sociale", assure le truculent Marseillais.

Son nom est en revanche cité dans l'enquête sur une vaste affaire de marchés publics présumés frauduleux dans les Bouches-du-Rhône qui a conduit à la mise en examen du président socialiste du Conseil général, Jean-Noël Guérini, et de son frère, Alexandre.

C'est par des membres de son entourage que Bernard Barresi a été mis en cause dans l'attaque du fourgon blindé de Mat-Securitas, une société suisse, le 1er mars 1990 à Illzach, dans la banlieue de Mulhouse.

L'intéressé reconnaît avoir été présent le jour des faits à Illzach, où il a de la famille, mais nie toute participation au hold-up.

Le fourgon transportant 300 kg de billets de la Banque de France destinés à l'Union des Banques suisses, à Bâle, avait été bloqué par trois véhicules sur une bretelle de l'autoroute A36.

Six à dix individus cagoulés et lourdement armés en avaient surgi, contraignant les convoyeurs à livrer accès au chargement.

Les malfaiteurs étaient repartis, sans tirer un coup de feu, emportant avec eux treize sacs de grosses coupures, soit 33,7 millions de francs, environ cinq millions d'euros. L'argent n'a jamais été retrouvé.

Un renseignement de la police judiciaire marseillaise allait mettre les enquêteurs sur la piste d'une bande de malfaiteurs originaires de Marseille dont certains seront débusqués en Alsace. Deux d'entre eux, Bruno Latard et Patrick Le Maux, ont été jugés en avril 1994 et condamnés à douze et huit ans de réclusion.

Gilbert Reilhac, édité par Patrick Vignal

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