Les habitants de Shangpu, en Chine, ont barricadé leur village
Les habitants de Shangpu, en Chine, ont barricadé leur village © Reuters

S'opposer au tout-puissant Parti n'est pas une sinécure. Depuis 15 jours, le petit village de Shangpu est encerclé par la police. Les habitants ont barricadé leur commune pour protester contre la saisie de leurs terres. Un exemple parmi beaucoup d'autres.

La révolte a duré dans le village chinois de Shangpu, mais elle pourrait bien avoir abouti à une victoire. Les paysans locaux protestaient contre la saisie de leurs terres pour permettre la construction d'une usine de câbles électriques. Une manière de rappeler plus globalement aux nouveaux dirigeants chinois leurs engagements, pour l'instant restés lettre morte, de lutter contre les expropriations. Des expropriations qui frappent à travers toute la Chine, été alimentées par la flambée des prix et l'expansion urbaine de Pékin. Les paysans disposent de peu de recours légaux pour s'opposer à la saisie de leurs terres ou réclamer une indemnité. Après une série de soulèvements, dont celui du village de Wukan en 2011 dans le sud du pays, le Premier ministre sortant Wen Jiabao avait promis en 2012 de réformer le régime sur les expropriations en accordant plus de pouvoirs aux paysans.

Shangpu, un parmi des milliers de villages chinois

D'après les habitants, 33 hectares de terre utilisés pour la culture du riz à l'orée du village ont été vendus sans leur accord pour la construction d'une usine de câbles électriques. "Nous avons le droit de nous battre pour nous protéger" a déclaré l'un des habitants, âgé de 16 ans, qui refuse de divulguer son identité par peur de représailles. "La terre est notre gagne-pain. Nous ne pouvons pas survivre sans."

Les habitants ont donc barricadé le village pendant plusieurs jours. Des groupes de jeunes hommes assurent la surveillance et bloquent les routes depuis des abris de fortune. D'autres ont saisi les autorités.

Notre correspondant Philippe Reltien s'est rendu à Shangpu.

Finalement, la situation a été débloquée, par la force. Ce week-end, les policiers ont tenté de "reprendre" le village, faisant de nombreux blessés, selon un habitant.Mais les villageois ont aussi enregistré une victoire, puisque l'acte d'expropriation de leurs terres a finalement été officiellement annulé. Le chef communiste local, Li Baoyu, a lui été arrêté.

Fin février, les habitants de Shangpu s'étaient violemment heurtés avec des hommes de main envoyés, selon eux, par ce chef local du parti communiste.

Près de 90,000 "incidents" d'agitation sociale se produisent chaque année en Chine, deux tiers d'entre eux étant liés à des litiges fonciers.Le parlement chinois débat actuellement de la révision de la loi sur la gestion des terres, qui stipule que les paysans sont indemnisés à une "juste" valeur marchande, une petite mais significative distinction souvent employée par les autorités qui achètent et revendent des terres avec une forte marge.

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