À l’aéroport d’Orly, les Algériens et Franco-Algériens rencontrés ont hâte de retrouver leur pays et de rejoindre les manifestants dans la rue. Tous appréhendent les prochains jours ou mois, alors que la pression de la rue contre le pouvoir en place ne faiblit pas.

Nadia était fière de voter pour la première fois pour son autre pays, l'Algérie. Elle pense aller manifester vendredi
Nadia était fière de voter pour la première fois pour son autre pays, l'Algérie. Elle pense aller manifester vendredi © Radio France / Mathilde Dehimi

Il n’y a pas foule aux comptoirs des compagnies algériennes Aigle Azur et Air Algérie. Les prochains vols pour Oran, Sétif et Alger sont dans plus de deux heures mais les passagers les plus prévoyants sont déjà là.  

Kamel est en excédent de bagages mais ce ne sont pas ses valises qui le préoccupent. Il ronge son frein en attendant l’heure de l’embarquement. À 26 ans, Kamel vit entre la France et l’Algérie. Il a suivi toutes les manifestations, a participé au rassemblement dimanche place de la République à Paris. Il veut désormais rejoindre au plus vite ses amis dans les rues d’Oran. 

Je repars pour manifester encore et encore. On a besoin d’un changement, maintenant. À tout moment, les choses peuvent se dégrader ou s’améliorer, on ne sait pas ce qui va se passer, mais on veut être là.

Ils sont médecins ou pharmaciens et ont hâte de rentrer en Algérie après trois jours de conférence en France
Ils sont médecins ou pharmaciens et ont hâte de rentrer en Algérie après trois jours de conférence en France © Radio France / Mathilde Dehimi

Passeports algériens à la main, le petit groupe s’approche. Ils sont cinq médecins ou pharmaciens, venus assister à une conférence de trois jours en France. Tous ont participé aux manifestations à Alger depuis le 22 février. Ils ont appris le report de l’élection présidentielle à l’hôtel, ne décrochant pas des réseaux sociaux de la soirée. 

Soraya trépigne. Ce vol Paris-Alger n’est pas un vol comme les autres.

Il y a beaucoup d’émotion, nous sommes pressés de rentrer. On a une tempête dans la tête qui tourne, on ne sait pas ce qui nous attend, ni ce qu’on va faire. Mais on va continuer de manifester le 15 mars. On ne va pas lâcher l'affaire.

"C’est notre combat", poursuit sa collègue Dalel, "il faut que le système change, nous voulons reconstruire notre pays".    

Nadia tue le temps en fumant sa cigarette devant l’aéroport. Ce voyage est aussi différent pour elle, franco-algérienne qui veut renouer avec ses racines. Elle n’a jamais voté en Algérie et s’apprêtait à le faire cette année. Elle avait même calé ses billets en fonction de la date de l’élection présidentielle, fixée au 18 avril, avant d’être reportée.

Elle sort de son sac son passeport algérien, sa carte d’identité française et sa carte d’électrice algérienne toute neuve. Elle aurait été fière de la voir tamponnée mais elle est encore plus fière de pouvoir observer au plus près ce qui se passe en Algérie. Elle attend vendredi pour suivre les manifestations aux côtés des femmes algériennes, nombreuses, dans les rassemblements.

Nadia se dit aussi inquiète, incapable comme tous de savoir de quel côté les choses peuvent tourner. 

Le vote a a été reculé, mais jusqu'à quand ? Ça peut durer un an, être repoussée à deux ans. On n'est pas sereins, en tout cas moi je ne le suis pas.

Une appréhension que partagent tous les passagers des vols pour Oran, Sétif et Alger, eux qui ont souvent pris leurs billets d'avion il y a deux ou trois mois et qui ne pensaient pas débarquer dans une Algérie si différente aujourd’hui.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.