> Le résumé de l'enquête de Benoît Collombat

> Le sombre tableau brossé par l'enquête de terrain des associations - Benoît Collombat

Dans cette plainte, les associations « entendent dénoncer les dommages sociaux et environnementaux causés par la SOCAPALM aux populations locales , ainsi que les conditions de vie et de travail des employés des plantations . »

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Officiellement, les « points de contacts nationaux » (PCN) de l’OCDE doivent « promouvoir le respect des principes directeurs » de l’OCDE et s'assurer que ces principes soient « connus et compris par le milieu national des affaires et les autres parties intéressées. » Autrement dit : ces points de contacts sont censés vérifier que les conditions de travail dans les entreprises sont conformes à la réglementation en vigueur. L’action des PCN n’est pas contraignante, mais d’éventuelles plaintes d’associations ou d’ONG auprès de l’OCDE poussent les entreprises concernées à s’expliquer . Dans le cas présent, les associations plaignantes « attendent des PCN qu’ils fassent le nécessaire pour les aider à trouver une solution aux nombreux problèmes posés par les conditions d’opération de la SOCAPALM au Cameroun » et « qu’ils facilitent la discussion avec les entreprises visées par la présente plainte. »

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Les associations demandent des « mesures réparatrices » pour « réparer les atteintes » sociales et environnementales et des « mesures préventives » afin de « prévenir l’aggravation des problèmes » constatés sur le terrain, et leur « répétition. » Revue de détail.

Le numéro 1 de l’huile de palme côté en Bourse

La SOCAPALM comprend 5 plantations de palmier à huile (localisées dans les provinces du littoral, du centre et du sud) ce qui représente une superficie totale de près de 80 000 hectares. C’est la plus importante exploitation et le plus gros producteur d’huile de palme au Cameroun.

Depuis 2001, la SOCAPALM possède également la Société des palmeraies de la ferme suisse (SPFS)-Palm’Or (5000 hectares). Développant également ses activités dans la culture de l’hévéa et la production de biocarburant, la SOCAPALM a été introduite à la bourse de Douala en 2008.

Une "logique de profit"

Pour les associations plaignantes, la privatisation, en 2000, de la SOCAPALM a eu des conséquences extrêmement négatives, loin des espoirs initiaux.

« La privatisation de la SOCAPALM, opérée sous l’impulsion de la Banque Mondiale et du FMI dans le cadre des mesures d’ajustement structurel, était censée donner un nouveau souffle à l’entreprise agroindustrielle et in fine, apporter aux communautés locales les contreparties promises » , peut-on ainsi lire.

« Il n’en est cependant rien, estiment les plaignants : loin d’apaiser les tensions entre l’entreprise agro-industrielle et les populations locales, la privatisation n’a fait qu’aggraver le sort de ces populations . La logique de profit qui anime depuis 2000 la société privatisée semble en effet mal s’accommoder avec les aspirations et besoin des populations locales qui ont désormais coutume d’évoquer la SOCAPALM en ces termes : « A la SOCAPALM, un palmier vaut bien plus que cent hommes. »

Une tension accentuée par le fait que « la SOCAPALM privatisée semble (…) recourir majoritairement à de la main d’œuvre allogène », une manière « bien plus facile d’assujettir une main d’œuvre déracinée que de traiter avec des villageois installés depuis plusieurs générations. »

Selon un recensement mené fin juin 2010, auprès de la population du village de Pongo Aviation, riverain de la plantation de Kienke, « à peine plus de 8% de la population active du village était embauchée à la SOCAPALM. »

### Bolloré et la Socapalm : une « mission sociale » contestée

« La structure juridique de la SOCAPALM fait intervenir au minimum 5 sociétés holdings (Palmcam, Intercultures, SOCFINAL, Financière du champ de Mars, Bolloré) localisées dans 4 pays différents (Cameroun, Luxembourg, Belgique, France) , relève la plainte. Ces différentes sociétés sont reliées entre elles suivant des montages complexes qu’il appartiendra aux PCN de préciser. »

Par ailleurs, les associations font le constat qu’« en matière de responsabilité sociale et environnementale » , le groupe Bolloré ‘‘prétend s’engager à « concilier au quotidien ses performances économiques avec sa mission sociale et la préservation de l’environnement.’’ Le groupe s’engage notamment ‘‘à exercer ses métiers dans un profond respect de l’homme. Il porte une attention particulière au respect des systèmes de valeurs, politiques et culturelles propres à chaque territoire au sein duquel il est implanté.’’ Le groupe s’engage en outre ‘‘à exercer ses métiers en portant une attention particulière à la préservation des espaces naturels et de la biodiversité.’’ Le groupe Bolloré prétend ainsi ‘‘appliquer une politique rigoureuse de respect des sites qu’il occupe’’ et cette dernière est ‘‘déclinée dans l’ensemble des filiales’’ » , insiste la plainte.

« Cependant, eu égard à la manière dont la SOCAPALM conduit ses opérations au Cameroun, la crédibilité de ses engagements est extrêmement discutable, estiment les associations. Il en est de même de ceux pris par la Financière du champ de Mars S.A. (anciennement SOCFIN), à laquelle sont rattachés les sociétés Intercultures et SOCFINAL. »

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« Il ressort clairement de la présente plainte que les engagements pris par les sociétés Bolloré et SOCFIN-Financière du champ de Mars en matière de responsabilité sociale et environnementale présentent un caractère mensonger », estiment encore les associations plaignantes.__

> Voir la structure juridique de la SOCAPALM, selon les associations plaignantes.

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