Si la plupart des observateurs estiment que Vladimir Poutine est bien accroché au pouvoir et reste malgré la contestation grandissante, le grand favori des élections présidentielles de mars 2012, la mobilisation citoyenne organisée et entretenue sur Internet n'est pas sans rappeler le printemps arabe. La Russie est un pays connecté et le savoir-faire des opposants en hacking, dans la maîtrise des réseaux sociaux ou dans le contournement informatique de la censure permet au monde de découvrir sur internet les abus d'un pouvoir, réellement ébranlé pour la première fois en vingt ans.

Au lendemain du vote du 4 décembre, des centaines de vidéos montrant les fraudes sont envoyées sur le site de partage en ligne Youtube. Cette première vidéo a été envoyée le soir des élections et montre comment éliminer à l'aide d'un simple effaceur le vote d'un électeur. En Russie, les bulletins blancs sont comptabilisés avec les voix du parti majoritaire. D'autre part, Il faut noter que les isoloirs ne sont pas aussi isolés que l'on pourrait l'imaginer.

Cette deuxième vidéo fait polémique en Russie puisque le responsable de la Commission électorale a confirmé sa véracité et a demandé une enquête. L'un des responsables d'un bureau de vote semble effacer les inscriptions sur les bulletins de vote.

Cette troisème vidéo montrerait des urnes remplies quelques minutes avant l'ouverture du bureau de vote à 8h. Le cameraman filme sa montre qui indique 7h57 puis demande à une personne présente autour de confirmer ce qu'il filme, autrement dit la présence de bulletins de vote au fond de l'urne. La vidéo a été envoyée le soir des élections.

Les internautes s'organisent, les autorités ripostent

Comme dans la plupart des dictatures connectées, les appels à manifester des oppositions sont envoyés sur Facebook et Twitter. Des internautes russes aidés par des ONG comme Golos participent à un mouvement de contestation de plus grande ampleur. Financée en partie par des fonds américains, l'ONG Golos (voix en russe) a ouvert en septembre dernier une carte interactive permettant aux internautes de témoigner par Twitter, Facebook, mail ou SMS des irrégularités de la campagne électorale. En trois mois, le site a reçu plus d'un million de visites après avoir répertorié environ 5.000 irrégularités.

Carte des irrégularités du scrutin russe
Carte des irrégularités du scrutin russe © Radio France / Radio France

Le Kremlin a décidé de contre-attaquer. Il a fait pression sur le diffuseur de le carte, le site d'information Gazeta.ru qui a décidé de se désengager. Des reportages présentant Golos comme une ONG à la botte des Américains sont diffusés sur des chaînes proches du pouvoir et des intimidations sont exercées quotidiennement contre les créateurs de la carte. En savoir plus sur le crowmapping.

Les activistes de la toile sont devenus des cibles privilégiées pour le pouvoir. Pavel Dourav, le créateur d'un réseau social permettant de constituer entre autre, des groupes d'opposants (vkontakte.ru) a été convoqué par le parquet après avoir refusé de fermer des espaces ciblés par le Kremlin. D'autre part, des cyber-attaques ont visé les comptes Twitter d'activistes très actifs sur les réseaux sociaux, des messages d'insultes ou sans aucun sens ont été massivement envoyés afin de perturber la bonne circulation des messages appelant au rassemblement.

La riposte n'a pas tardé : le 7 décembre, le compte Twitter de Dmitri Medvedev, créé en 2010 a été à son tour piraté. Les 800.000 abonnés ont pu lire la phrase suivant, faisant référence à une expression utilisée par le blogueur Alexeï Navalny :

Aujourd'hui, il est clair que la personne qui écrit sur son blog "le parti des escrocs et des voleurs" est juste un enculé d'abruti.

Après une semaine de manfestation, des blogueurs influents et des journalistes sont toujours sous les verrous même si la plupart a été libérée. Depuis deux ans, RSF place la Russie dans les pays à surveiller en ce qui concerne l'exercice de la liberté d'opinion sur Internet.

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