par Cherine el Medany et Maria Golovnina

RAS LANOUF, Libye (Reuters) - Des partisans de Mouammar Kadhafi ont attaqué lundi une raffinerie de pétrole et tué 15 gardiens non loin de Ras Lanouf, dans une zone contrôlée par le Conseil national de transition (CNT), apparemment pour perturber la reprise de la production pétrolière de la Libye.

Les assaillants, arrivés à bord de camions en provenance de Syrte, ont endommagé l'entrée de la raffinerie, à 20 km de la ville portuaire du golfe de Syrte, mais les installations pétrolières proprement dites, qui n'étaient pas totalement en service, sont intactes.

Le Premier ministre par intérim, Mahmoud Djibril, avait annoncé dimanche la reprise de la production pétrolière libyenne, sans dire quels gisements étaient concernés et quelles quantités étaient extraites.

Dans la région de Bani Walid, au quatrième jour des combats autour de ce bastion des partisans de Mouammar Kadhafi situé à 150 km environ au sud-est de Tripoli, les combattants du CNT se heurtent toujours à une vive résistance.

Les frictions entre membres de tribus différentes seraient une entrave à la progression des forces du CNT, malgré l'appui aérien apporté par l'Otan au cours du week-end. Certains combattants du CNT parlent même de trahisons dans leurs rangs.

Alors que les forces anti-Kadhafi tentent de réduire les derniers bastions kadhafistes, un convoi composé de hauts responsables de l'ancien régime, dont l'un des fils de Kadhafi, Saadi, est arrivé dimanche au Niger après avoir franchi la frontière en plein Sahara et a été intercepté par les autorités.

Le CNT a fait savoir qu'il allait dépêcher une délégation au Niger pour réclamer le rapatriement de toute personne recherchée pour crimes de guerre, mais Djalal al Gala, l'un des porte-parole du conseil de transition, a indiqué que la date de la visite n'avait pas encore été fixée.

"Nous voulons prendre les mesures judiciaires nécessaires pour nous donner la possibilité d'obtenir l'arrestation et l'extradition de ceux que nous recherchons", a-t-il dit. Saadi Kadhafi n'est pas recherché par la Cour pénale internationale (CPI).

Le Niger, comme l'Algérie qui a accueilli en août l'épouse de Mouammar Kadhafi et trois de ses enfants (Aïcha, Hannibal et Mohamed), invoque des raisons humanitaires.

Niamey a cependant promis de respecter ses engagements auprès de la CPI, qui entend juger Mouammar Kadhafi, son fils Saïf al Islam et le chef des services de renseignement, Abdallah al Senoussi, pour crimes contre l'humanité.

L'ONU S'INQUIÈTE

Après le départ de Saadi, qui à un moment donné avait proposé des négociations de paix avec le CNT, Mouammar Kadhafi, Saïf al Islam et deux autres enfants de l'ancien "guide", Mouatassime et Khamis, tous deux commandants militaires, sont les plus hautes personnalités encore en fuite.

A Tripoli, le CNT a annoncé l'arrestation du chef des services de renseignement extérieur de Kadhafi, Bouzaïd Dorda, qui fut aussi chef du gouvernement. Des journalistes de Reuters l'ont vu en état d'arrestation et gardé par un groupe d'une vingtaine de combattants dans une habitation du quartier de Zenata.

A Bani Walid, bastion kadhafiste en plein désert, les habitants tentent de fuir les combats. Ils ont fait état de combats de rue acharnés. Les forces du CNT disent faire face à un millier de militaires. Avant l'attaque, elles n'estimaient qu'à 100 à 150 le nombre de partisans de Mouammar Kadhafi retranchés dans cette ville de 100.000 habitants.

Le CNT indique que les brigades de Kadhafi y utilisent des civils comme boucliers humains et ont déployé des armes lourdes sur les toits de maisons où vivent des familles, ce qui empêche l'Otan et le CNT de les prendre pour cibles.

Les Nations unies se sont déclarées plus généralement inquiètes pour les populations prises au piège dans les bastions tenus par les hommes de Kadhafi. "Notre grande préoccupation, à l'heure actuelle, concerne Syrte, d'où nous parviennent des informations selon lesquelles il n'y a plus ni eau ni électricité", a déclaré à Reuters Valerie Amos, chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires (OCHA).

Les combattants du CNT progressent lentement vers Syrte et se trouvent à 90 km à l'est de la ville.

Avec Maria Golovnina près de Bani Walid, Emma Farge à Benghazi, William Maclean, Hicham al Dani, Alexander Dziadosz et Mohammed Abbas à Tripoli, Mark John et Bate Felix à Niamey, Eric Faye pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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