Derrière une grande porte vétuste de la rue Jeanne d’Arc dans le XIIIème arrondissement de Paris, les FNJ (Front National de la Jeunesse) ont pris l’habitude de se réunir tous les mercredis soirs. Dans cette petite salle sombre, ils s’assoient en cercle pour échanger.

Parmi les habitués, on trouve évidemment Julien Rochedy, le porte parole des FNJ ou encore celui qui se fait appeler Archibald. Les deux hommes en veste de costume ont les cheveux coiffés et le discours rôdé.

A notre arrivée, tout le monde est déjà installé. L’ambiance est studieuse.

Assis nonchalamment sur les escaliers, Julien Rochedy , surplombe la pièce et mène les échanges. Aujourd’hui, on s’intéresse à la philosophie. Un étudiant d’une vingtaine d’années chausse ses lunettes, se met au centre du cercle et aborde les notions d’individualité, de courage et de patriotisme. Des concepts qui permettent de s’interroger sur l’engagement politique. Sa voix douce n’est pas très audible. Derrière lui, un des militants s’endort suscitant quelques sourires amusés, un peu gênés.

Archibald, lui, se passionne. Quant au président des FNJ il intervient beaucoup, citant Kant pour l’ordre, Nietzsche pour la « volonté de puissance », et Charles de Gaulle pour le courage. Dans la petite salle, un silence religieux s’est installé. Les « jeunes avec Marine » sont visiblement impressionnés par la qualité d’expert de leur collègue. Ils ne sont peut être pas habitués à un rendez-vous du mercredi si sérieux. On entend chuchoter : « C’est quand le buffet ? », « Qu’est-ce qu’il se passe ? ». A se demander si notre visite n’a pas un peu chamboulé les habitudes

Insaisissables

Le buffet est ouvert. Les jeunes peuvent boire un verre et s’engager dans des conversations privées. Les petits groupes qui se forment parlent de tout, y compris de politique. « L’Europe pour moi, c’est l’URSS » entend-on. Un autre s’agace : « On ne peut plus rien dire sans être traité de facho ». Mais les militants se méfient des journalistes ou apparentés. A notre approche, ils se taisent.

Une poignée de téméraires acceptent de se livrer au jeu. Ce sont les plus avertis. Leur discours prend des précautions. Une parole vaguement « tradi » qui parlent de patriotisme avec conviction. Rien de bien inquiétant. Il est frustrant de sentir qu’ils se confient en se retenant. Ont-ils peur de notre jugement ou d’eux-mêmes?

Lorsqu’on parle du GUD (le Groupe Union Défense est une association étudiante réputée violente), le malaise est palpable. Julien Rochedy admet hors micro qu’Edouard Klein, l’un des leaders du groupe, est un « gentil garçon » . Il est apparemment son ami.

Enregistré, il nie tout rapport avec lui…

Vers 22h, la joyeuse équipe sortira de l’antre et partira dans les rues du 13ème. Mise à part pour l’un d’entre eux qui portait un écusson représentant la flamme bleu blanc rouge, ils passeront inaperçus. Le mythe du skinhead est loin.

Par Laetitia Kretz, JDLP à Lyon

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