Le cinéma qui regarde la souffrance d’aujourd’hui, le chômage, le manque d’argent, le manque tout court, c’est surtout le cinéma belge (les Dardenne) ou le cinéma anglais (Ken Loach). Et voilà qu’un auteur français, Cédric Khan, réalisateur de « Bar des rails » et de « Roberto Succo » signe un grand film social.

Certes, « Une vie meilleure » est un film sur la crise : Yann tombe amoureux d’une serveuse et réalise avec elle un rêve, l’achat d’un lieu destiné à devenir un restaurant, leur restaurant. Hélas, le jeune homme pressé achète des crédits revolving sans réfléchir aux conséquences, il manque de rigueur et de maturité, et se retrouve seul avec le fils de sa compagne qui, elle, part pour Montréal. Et là, le film social sur les effets directs de la crise sur un jeune devient un film magnifique sur l’apprentissage.

"Une vie meilleure"
"Une vie meilleure" © Radio France

Le personnage joué par Guillaume Canet, un homme simple, ambitieux, maladroit, va devoir apprendre, se construire, à force de recevoir des coups. Victime de sa fougue, mais surtout d’une société qui n’éduque pas, qui n’accompagne pas, victime des banques, montrées comme des machines destructrices, victime des profiteurs, des salauds qui s’enrichissent sur le dos des pauvres, il va apprendre à transformer sa violence en amour. C’est bouleversant et la star Guillaume Canet est crédible dans ce rôle. Cédric Kahn joue intelligemment avec les silences. Le film n’est pas bavard, ne penche pas vers le mélo, mais des regards, des respirations suffisent à traduire un sentiment, un état psychologique, une partie de pêche entre l’enfant et son beau père en dit plus sur le changement de relation entre l’homme et l’enfant que n’importe quelle démonstration.

Le cinéaste dirige ses acteurs au cordeau. Sa caméra est toujours proche de leur visage. Il suit des corps en mouvement, lancés dans une course éperdue, des corps pleins de colère, de rage. On se dit à chaque scène que Cédric Kahn est juste. Leïla Bekhti irradie, Guillaume Canet crève l’écran et le petit garçon aussi.

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