Il parait qu'il ne faut pas le faire. Il parait que la critique doit s'abstenir de vouloir prouver à tout prix, contre vents, marées et box office qu'elle a raison et bon goût. Tant pis ! Puisque la critique, c'est d'abord l'art d'aimer, alors on répétera haut et fort qu'à défaut d'être un film "aimable" au sens premier du terme, "Vénus noire" est une oeuvre remarquable et digne. Il faut aller la voir, parce qu'elle interroge chacun d'entre nous dans sa nature de spectateur. Elle ne peut laisser indifférent celle et celui qui va régulièrement "au spectacle", qui puise dans cette pratique de quoi vivre un peu mieux au quotidien et qui trouve dans les oeuvres lues, vues ou entendues des prolongements à ses propres interrogations. Vous l'aurez compris, les premiers chiffres de "Vénus noire" ne sont pas fameux. d'où cete petite, modeste et suppliante piqure de rappel ! Prenez le temps nécessaire pour voir ce film hautement nécessaire de Kechiche. Souvenez-vous combien, pouquoi et comment vous aviez aimé "La Graine et le mulet". Or, cette "Vénus noire" en est comme le reflet profondément tragique, comme une amplification aussi. Il y est bien question d'un corps qui se cherche et nous cherche, nous les spectateurs plus ou moins complices d'un processus qu'on appelle le regard. Qu'il faille de temps à autre, apprendre de nouveau à regarder ne relève pas de l'utopie ou du discours artificiel. Ce film-là, plus que tout autre en ce moment, nous y invite. Et tant pis s'il nous malmène un peu pour y parvenir. Au moins ne nous méprise-t-il pas, comme tant d'autres films actuellement à l'écran et comme toujours. Au moins nous respecte-t-il en s'adressant à notre intelligence et non à nos bons sentiments. Au moins pose-t-il comme définitivement acquis que derrière chaque spectateur éveillé un citoyen attentif est également à l'affût. Que des foules enthousiastes se pressent pour aller communier avec les moines du beau film de Xavier Beauvois ne peut que réjouir l'âme et l'esprit. Ces foules cinéphiles,on aimerait alors les retrouver pareillemment receptives au travail de Kechiche lequel donne sa version laïque d'un engagement qui va jusqu'au bout, peut-être même jusqu'à la nausée. Sa Vénus n'est en rien une sainte mais assurément la vision féminine d'un Christ aux outrages. Et ce qui réunit assurément ces deux films, c'est l'amour du cinématographe. Un amour charnel, passionné, intransigeant, excessif, à l'image de ces hommes et de cette femme. Il ya ici comme des soifs d'absolu et, pour tout dire, cela fait du bien.

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