Le 23 octobre 2011, après un premier report du scrutin, l'élection de l'Assemblée constituante tunisienne est organisée et marque le début d'une nouvelle ère. La victoire des islamistes modérés d'Ennahda avec 89 sièges sur 217 devant le CPR de Moncef Marzouki et le parti Ettakatol pose les bases du nouvel échiquier politique tunisien. Proche depuis son exil des islamistes modérés, le nationaliste de gauche Moncef Marzouki devient le premier président de l'après-Ben Ali. Les Tunisiens attendent désormais des réformes économiques efficaces qui permettraient de relancer le pays.

Les violences ne se sont pas arrêtées avec le départ de Ben Ali. Le 25 février, 100.000 manifestants défilent à Tunis contre le gouvernement de Mohammed Ghannouchi. Le mouvement est réprimé. Début septembre, des éruptions de violence éclatent dans tout le pays et provoquent le retour de l'état d'urgence. En octobre, les islamistes les plus radicaux organisent une manifestation après la diffusion du film Persepolis sur la chaîne privée Nesmaa, un film où le visage de Dieu est représenté.

Après la victoire d'Ennahda aux élections constituantes, les laïcs ont manifesté leurs craintes. Ils ont organisé un sit-in devant l'Assemblée constituante début décembre pour soutenir les chômeurs du bassin minier de Gafsa, demander le maintien de l'équilibre des pouvoirs et s'opposer vigoureusement à la mesure qui obligerait les femmes à porter le voile intégral dans les universités. Les Islamistes les plus virulents ont organisé une contre-manifestation qui s'est achevé par des affrontements violents.

Les précisions de Bruno Cadène :

Pour Bernard Guetta, la démocratie tunisienne n'est pas morte malgré la victoire des islamistes modérés à l'élection de l'Assemblée constituante.

Les chantiers de la Tunisie nouvelle

L'économie, le tourisme, la mise en place d'une constitution et l'articulation du pouvoir entre laïcs et islamistes sont les principaux chantiers de la nouvelle gouvernance tunisienne.

L'analyse de Sophie Bessis, direcrice de recherche à l'Institut des relations internationales et stratégiques, au micro de Claire Servajean :

Les islamistes d'[Ennahda](http://blogs.rue89.com/tunisie-libre/2011/09/06/qui-sont-les-nombreux-partis-politiques-tunisiens-220493) prônent un état démocratique ouvert sur les avancées sociales et politiques. Preuve de leur bonne foi, ils ont soutenu l'accession à la présidence du laïc [Moncef Marzouki](http://www.franceinter.fr/personne-moncef-marzouki). Pourtant, des doutes subsistent sur leur réel intégration dans le démocratie et le respect des droits de l'homme. Par les urnes, les Tunisiens ont soutenu à 42% les islamistes d'Ennahda et les partis qui n'ont jamais exclu d'alliance. En revanche, ils ne semblent pas du tout prêts à abandonner ce qui constitue une partie de l'identité tunisienne depuis 1957, le code du statut personnel qui interdit la polygamie, le divorce civil etc... Comme l'a nommé un éditorialiste du quotidien tunisien La Presse, le régime qui voit le jour en Tunisie est un nouveau type d'"Islaïcité". La [crise économique](http://www.google.fr/publicdata/explore?ds=d5bncppjof8f9_&met_y=sp_pop_totl&idim=country:TUN&dl=fr&hl=fr&q=nombre+d%27habitants+tunisie#ctype=l&strail=false&bcs=d&nselm=h&met_y=ny_gdp_mktp_kd_zg&scale_y=lin&ind_y=false&rdim=country&idim=country:TUN&ifdim=country&hl=fr&dl=fr) et le chômage endémique que subissent la Tunisie depuis des années ont été les moteurs principaux de la contestation. Aujourd'hui, rien n'est réglé puisque la croissance ne devrait pas dépasser 1,5% en 2011 et le nombre de chômeurs s'élève à 800.000 dans un pays de 10 millions d'habitants soit un peu plus de 20% de la population active. Le nouveau pouvoir a donc tout intérêt à ne pas se fâcher avec son partenaire économique principal, l'Europe pour qui le respect des droits de l'homme est essentiel pour envisager des relations politiques et économiques fortes. Rached Ghannouchi a donc rassuré les acteurs économiques du tourisme assurant qu'il n'était pas question d'interdire l'alcool et les maillots de bain. Pour lancer des projets d’investissements, le nouveau gouvernement tunisien a entamé des démarches officielles pour adhérer à la Banque européenne de reconstruction et de développement (Berd), et ainsi bénéficier de ses lignes de crédit. _Où en est Ben Ali ? Par Clarence Rodriguez :_
### Lenteur des réformes et manque d'efficacité Dans un [rapport](http://www.amnesty.fr/sites/default/files/MDE_01_001_2012_ext_fra.pdf) diffusé le 9 janvier, Amnesty International reste très prudent face aux avancées démocratiques dans les pays arabes qui ont vécu des révolutions en 2011. Présenté à Tunis, le rapport est moins critique avec la Tunisie qu'avec l'Egypte par exemple. Pourtant, selon, Sondos Garbouj, présidente de la section de Tunis d'Amnesty International, > Nous admettons qu'il y ait eu des avancées en matière des droits humains. Ce qui est alarmant, c'est la lenteur et le manque d'efficacité. Au sujet de la peine capitale, qui devait être abolie selon une annonce du gouvernement provisoire en février 2011, elle est toujours en vigueur en Tunisie. Un manifeste a été envoyé aux 116 partis engagés dans les élections constituantes du 23 octobre. Il évoquait essentiellement la réforme de la police, de la justice, des droits économiques et sociaux mais à aucun moment de l’abolition de la peine capitale.
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