NATIONS UNIES, 4 février (Reuters) - La Russie et la Chine ont opposé samedi leur veto lors d'un vote au Conseil de sécurité de l'Onu sur un projet de résolution soutenant le plan de la Ligue arabe qui prévoit la mise à l'écart du président syrien Bachar al Assad. Ce revers diplomatique survient alors que plus de 200personnes ont été tuées dans des bombardements déclenchés vendredi soir par les forces syriennes dans la ville de Homs, selon les militants de l'opposition.

Aurélien Colly à New York :

Treize des quinze membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur du texte qui exprimait le soutien de l'instance suprême de l'Onu au plan de la Ligue arabe, adopté le 22 janvier, qui prévoit le départ du pouvoir de Bachar al Assad et la formation d'un gouvernement d'union nationale avant la tenue d'élections. Mohammed Loulichki, ambassadeur du Maroc à l'Onu et seul représentant d'un pays arabe du Conseil de sécurité, a fait part de "son grand regret et de sa grande déception" face à la décision de Moscou et de Pékin. "C'est un jour triste pour ce Conseil, un jour triste pour tous les Syriens et un jour triste pour la démocratie", a déclaré l'ambassadeur de France à l'Onu, Gérard Araud. La Russie et la Chine avaient déjà usé de leur droit de veto en octobre à l'Onu contre une résolution condamnant la répression des manifestations antigouvernementales en Syrie qui a fait selon l'Onu plus de 5.000 morts depuis mi-mars 2011.

Des tractations ont eu lieu avant le vote pour tenter de convaincre la Russie de ne pas bloquer l'adoption du texte alors que la répression en Syrie a fait 200 morts à Homs depuis vendredi. Les ambassadeurs en poste à l'Onu estimaient que la Chine et le Pakistan se caleraient sur l'attitude des Russes.

AMENDEMENTS RUSSES INACCEPTABLES

S'exprimant à Munich en marge de la conférence annuelle sur la sécurité, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a reconnu qu'il n'avait pas été possible de résoudre les différends avec la Chine et la Russie malgré l'inscription d'un rejet explicite d'une intervention militaire dans la résolution. "Je pensais qu'il y aurait pu y avoir une manière de répondre, même au dernier moment, aux inquiétudes des Russes. J'ai proposé de travailler de manière constructive pour y parvenir. Ca n'a pas été possible", a dit Clinton qui s'étaitentretenue dans l'après-midi avec son homologue russe Sergueï Lavrov.

Le Conseil devait initialement se réunir à 10h00 heure de New York (15h00 GMT) mais la Russie, toujours fortement opposée au texte de résolution, avait demandé à la place la tenue de consultations à huis clos.

Le chef de la diplomatie russe avait mis en garde contre le "scandale" que provoquerait le vote si le texte était gardé en l'état et a réclamé des concessions sous peine d'utiliser son droit de veto.

Les amendements réclamés par Moscou ont été rejetés par les diplomates européens et jugés inacceptables par l'ambassadrice des Etats-Unis à l'Onu, Susan Rice. Selon les amendements consultés par Reuters, la Russie souhaitait notamment que l'opposition syrienne soit condamnée aumême titre que le régime pour les violences.

"Nos amendements ne réclament pas d'efforts extrêmes", avait fait valoir Lavrov. "Si nos collègues font preuve d'une approche constructive, nous obtiendrons (...) une résolution collective au Conseil de sécurité qui, j'en suis persuadé, sera signée par tous les pays sans exception. Peu avant le vote, Barack Obama avait jugé que le Conseil de sécurité de l'Onu devait se dresser contre la "brutalité impitoyable" des autorités syriennes.

"Le Conseil a maintenant l'occasion de s'élever contre la brutalité impitoyable du régime d'Assad et de prouver qu'il est un défenseur crédible des droits universels qui sont inscrits dans la charte des Nations unies", a-t-il écrit dans un communiqué.

230 morts hier à Homs en Syrie par Valérie Crova :

A Paris, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, avait exhorté la Russie, sans la nommer, à accepter le projet de résolution, soulignant l'urgence de la situation après la mort de 200 personnes à Homs. "Ce déchaînement de violence souligne l'urgence que le Conseil de Sécurité des Nations unies sorte de son silence pour dénoncer les auteurs de ce crime (...) Ceux qui freineraient l'adoption d'une telle résolution prendraient une lourde responsabilité devant l'histoire", a-t-il déclaré dans un communiqué. (avec Arshad Mohammed à Washington et Thierry Lévêque à Paris, Henri-Pierre André, Jean-Philippe Lefief et Marine Pennetier pour le service français) REUTERS
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