Violences policières, glyphosate, violences faites aux femmes, écologie, Ouïghours, précarité menstruelle, affaire Mila... : rarement un président n'aura été interrogé sur des champs aussi divers. Voici ce qu'il faut retenir de cette interview rafraichissante.

Emmanuel Macron a répondu aux questions de Brut pendant près de deux heures et demie
Emmanuel Macron a répondu aux questions de Brut pendant près de deux heures et demie © AFP / Bertrand Guay

Une interview fleuve qui a duré près de deux heures et demie. Emmanuel Macron a donné une interview particulièrement dense, ce vendredi, au média en ligne Brut dans le but de s'adresser aux jeunes. Parlant de cette génération, il a d'ailleurs noté qu'elle n'avait pas été épargnée. "Il faut mesurer ce qu'elle s'est pris", a-t-il dit avant d'énumérer les épreuves : 11 septembre 2001, "crise économique de 2008, conscience du drame climatique, terrorisme qui revient, plus grande pandémie qu'on ait connu"... Voici ce qu'il faut retenir de cette interview.

Sur l'affaire Michel Zecler 

"Ce qu'il a subi, c'est inacceptable", a déclaré le chef de l'État qui assure qu'il a été "très choqué" par les images diffusées par le site Loopsider, montrant la pluie de coups de poings et de coups de pieds que Michel Zecler a reçu lors de son interpellation à Paris. "Les policiers ont été d'une violence inadmissible", tonne Emmanuel Macron qui ajoute : 

"Ce qui nous fait honte à tous, c'est que les policiers ne soient pas exemplaires, et je pense que tous les gendarmes et policiers de France ont ressenti la même chose".

Le président de la République veut désormais "comprendre pourquoi ce comportement a été possible" et "souhaite que la sanction soit implacable pour ne pas salir le reste de l'institution. Il faut tout de suite que ça soit sanctionné, plaide Emmanuel Macron, soit de manière disciplinaire, soit par la justice". Sur ce point, le président assure qu' "il y a eu une réponse de la justice, avant même que Loopsider ne diffuse les images". Selon lui, "il serait donc faux de dire que les institutions républicaines sont passives et attendent l'émoi". 

Emmanuel Macron assure enfin que "des sanctions sont en train d'être préparées, il y en aura sur la hiérarchie policière, et à haut niveau". On a néanmoins compris que le préfet de police ne serait pas inquiété.

Sur les "violences policières"

Emmanuel Macron a reconnu qu'il existait "des violences par des policiers", expression qu'il a dit préférer à celle de "violences policières", qui est selon lui devenue "un slogan". "Je n'ai pas de problème à répéter le terme de violences policières, mais je le déconstruis", car "c'est devenu un slogan pour des gens qui ont un projet politique, a-t-il dit.

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Dans la foulée, le chef de l'Etat reconnaît : 

"Il y a de la violence et du racisme dans la société aujourd'hui, et comme la police est à l'image de la société, il y a des membres de la police qui ont des comportements violents qu'il faut pouvoir traquer et sanctionner."

Pour autant, il nuance, refuse d'incriminer tous les policiers et dit "faire le distinguo entre des individus et un ensemble". Emmanuel Macron a également tenu à dénoncer les débordements de la manifestation samedi dernier à Paris, où il a vu des images "tout aussi graves, où une commissaire de police s'est fait rouer de coups par des manifestants : elle a été attaquée par des fous, des gens ensauvagés complètement". 

Sur l'article 24 de la proposition de loi sécurité globale 

Le président reconnaît que le texte, et en particulier cet article, "a soulevé beaucoup d'interrogations". Il assure :

"Ce que je ne veux pas, c'est qu'on réduise des libertés quelles qu'elles soient, je souscris à l'objectif de mieux protéger les forces de l'ordre mais quand on voit l'émoi que ça crée, je pense que ce n'est pas un bon chemin. Demain les journalistes et les citoyens pourront continuer à filmer et diffuser." 

Sur la plateforme pour lutter contre les discriminations 

"On n'a pas réglé le problème des discriminations, et la haine de la police commence là", assure Emmanuel Macron, qui regrette qu'une "défiance" se soit "installée". Le président a reconnu un problème sur les contrôles au faciès : 

"Quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, c'est vrai qu'on est beaucoup plus contrôlés. On est identifiés comme étant un facteur de risques, de problèmes et c'est insoutenable."

Pour répondre à ce problème, le chef de l'État annonce la création d'une "plateforme commune" à partir de janvier prochain. Sur ce site internet, les citoyens pourront "dénoncer de manière très simple, unique et nationale et dire en quoi ils sont discriminés : contrôle au faciès, emploi, logement", précise Emmanuel Macron. Il y aura un numéro d'appel et la possibilité de signaler ces faits. Le Défenseur des droits et les "associations compétentes" seront associés à cette plateforme. 

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Le président annonce également qu'une "procédure de formation des policiers et des gendarmes pour prendre les dépositions" sera développée. Des juges seront également formés "pour avoir des réponses beaucoup plus rapides". 

Sur le "séparatisme" 

"La France a été attaquée" à l'étranger, "parce que nous avons défendu la liberté d'expression, parce que j'ai défendu Samuel Paty", pose le chef de l'État qui avoue avoir été "frappé que la presse anglo-saxonne" dise "ces Français sont étranges, ils ont insulté le Prophète, ils n'aiment pas l'islam".

Avec cette loi sur le séparatisme, l'objectif du président est de "se réarmer contre celles et ceux qui portent l'idéologie islamiste, c'est-à-dire une idéologie où on nous dit "les valeurs de la République ne sont plus les miennes"

Emmanuel Macron a identifié les racines de cette idéologie : 

"Elle prospère sur nos échecs : le ressentiment qui est né dans une partie de la population pour des raisons culturelles, historiques, l'échec de l'intégration à la française. On a laissé à beaucoup de jeunes et de moins jeunes l'idée qu'ils n'étaient pas une part de France." 

Sur la guerre d'Algérie, la décolonisation, le devoir de mémoire

"On a à finir le travail historique sur l'Algérie", a dit le président. Des millions de nos jeunes sont "issus du continent africain" et "je pense qu'on n'a pas su leur parler". Emmanuel Macron constate qu'une jeune génération "reparle de la colonisation" alors qu'elle ne l'a jamais vécue. Pourquoi ? Pour trouver une "appartenance", parce que "la République, on n'a pas su lui dire 'tu as une place là'", note le président. "Nous sommes la génération qui doit dépasser ça", a-t-il dit.

Emmanuel Macron s'est adressé aux jeunes issus de l'immigration: 

"Vous êtes une chance pour la République"

Sur le travail d'histoire et la réconciliation des mémoires, le président qui "ne croit pas à la cancel culture" souhaite que la jeunesse puisse faire émerger "300 à 500 noms" de héros qui ne seraient pas assez mis en avant en France pour en faire des "rues" et des "statues". "Notre histoire est la conjugaison de toutes ces histoires", a-t-il dit.

Sur l'enseignement de l'arabe à l'école qu'il veut faciliter

Il y a en France "énormément de jeunes dont la famille parle arabe", a noté Emmanuel Macron. Ces jeunes apprennent le français à l'école, et ils continuent "à apprendre leur langue familiale à l'extérieur" mais, note Emmanuel Macron, ces associations qui enseignent l'arabe "sont parfois" des endroits où on met en œuvre un "projet séparatiste", pour "les détourner de la République". 

Emmanuel Macron a jugé:

"On a refoulé les langues étrangères de ceux qui appartenaient à des diasporas"

Il a estimé qu'il y a un "potentiel extraordinaire" avec ces "jeunes qui parlent arabes ou le haoussa".

Sur l'affaire Mila

L'affaire Mila, du nom de cette jeune femme harcelée après avoir eu des mots durs contre l'Islam sur les réseaux sociaux, "c'est intolérable", dit-il. "Elle est la victime de gens qui pensent qu'on n'a pas le droit de critiquer une religion". "En France on peut critiquer absolument tout" même "une religion", a-t-il dit, en martelant:

"La France n'a pas de problème avec l'islam"

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Il a rapproché l'affaire Mila de l'affaire Mennel, cette candidate voilée de The Voice harcelée elle aussi, il dit : "On est devenus fous".

Sur le glyphosate

Interrogé par un internaute sur le glyphosate, que Emmanuel Macron avait promis d'interdire avant 2020, le président à tranché : "Je n'ai pas changé d'avis, je suis pour qu'on en sorte, je n'ai pas réussi". Il a parlé d'un échec "collectif". M. Macron a ainsi expliqué que la France s'était battue "pour que l'Europe interdise" le glyphosate en cinq ans. Sans la France, cela aurait mis dix ou quinze ans, selon lui.

Sur la Convention citoyenne

Interrogé sur les propositions de la convention citoyenne qui ne sont pas reprises telles quelles par le pouvoir législatif, Emmanuel Macron s'est agacé : "attendez il faut arrêter ce sketch". Saluant le "boulot extraordinaire" de la convention citoyenne, expérience démocratique sans précédent, il a jugé qu'il ne fallait pas tomber "dans la caricature du 'c'est à prendre ou à laisser'":

"Je suis vraiment très en colère contre des activistes qui m'ont aidé au début et qui disent maintenant, il faut tout prendre."

Des mesures ont été prises, d'autres le seront et c'est "normal qu'il y ait un travail avec les parlementaires et les ministres", a-t-il dit.

Sur l'écologie, en général, il a affirmé : "personne n'a fait autant que nous" évoquant "les centrales à charbon" que la France est "en train de fermer", Notre-Dame des Landes, europa city. "Je n'ai pas de leçon à recevoir", s'est-il agacé. 

Sur Charlie Hebdo 

Interrogé par un téléspectateur en ligne qui dit être Français mais "pas Charlie", Emmanuel Macron répond que "Je suis Charlie, dans la forme générique, ça veut dire 'j'adhère aux valeurs de la République et en particulier à cette liberté d'expression'. Il a le droit de ne pas aimer Charlie Hebdo comme journal, moi j'ai un devoir absolu qui est de les défendre dans leur liberté"

Sur la précarité menstruelle 

Invité à s'exprimer sur la précarité menstruelle, alors que l'Ecosse est devenu en novembre le premier pays au monde à rendre gratuites les protections, le chef de l'État déclare que c'est "un sujet sur lequel [il veut] qu'on avance" et promet "une réponse très concrète au premier semestre de l'année prochaine", en concertation avec "les associations compétentes"

Sur les Ouïghours 

Sur le sort de ces millions de chinois musulmans, minorité contre laquelle lutte Pékin dans l'ouest du pays, à travers la surveillance extrême et l'emprisonnement dans des camps, Emmanuel Macron plaide pour "une stratégie européenne" :

"Nous européens, on doit défendre nos valeurs. Aujourd'hui ce qui est menacé c'est le relativisme : les droits de l'Homme, la dignité humaine, la lutte contre le travail forcé, ce ne sont pas des valeurs européennes, ce sont des valeurs universelles. Ce que je souhaite c'est que nous européens, dans notre dialogue avec la Chine, on porte cette exigence : cessation immédiate de ces camps, des violences." 

Emmanuel Macron demande également l'envoi "d'une mission des Nations Unies et des observateurs internationaux". Nous ne pouvons pas accepter d'un membre permanent du conseil des sécurité, explique le présidentqu'il "refuser toute présence et toute capacité des Nations Unies et des ONG à voir et apporter une réponse humanitaire et de trouver une solution", assure le chef de l'État. Et ensuite il doit y avoir un dialogue entre l'Union européenne et la Chine.

Sur sa possible candidature en 2022

Interrogé sur ses projets pour l'élection présidentielle de 2022, Emmanuel Macron a répondu : 

"Je n'ai pas le droit aujourd'hui de vous dire et de me mettre dans une disposition d'esprit d'être candidat. Pourquoi ? Parce que ça veut dire que je rentrerais dans une disposition d'esprit et d'action où je ne prends plus les risques que je dois prendre et où je ne répond plus à l'exigence du moment. Si je me mets dans la situation d'être un candidat, je ne prendrai plus les bonnes décisions."

À un an et demi de la prochaine élection présidentielle, l'actuel locataire de l'Elysée ne veut pas trop se projeter : "Vous n'aurez pas la réponse ce soir là-dessus, lâche Emmanuel Macron, parce que je pense que ce n'est pas une bonne idée, ni pour la Nation, ni pour moi-même, et que ce serait pour le coup insincère. Et peut-être que je ne pourrais pas être candidat", déclare le président de la République, expliquant : 

"Peut être que je devrais faire des choses dans la dernière année, dans les derniers mois, de dur - parce que les circonstances l'exigeront- et qui rendront impossible le fait que je sois candidat. Je n'exclus rien."