par Mirwais Harooni

KABOUL (Reuters) - Les violences liées à la profanation d'exemplaires du Coran sur la base aérienne américaine de Bagram en Afghanistan se sont poursuivies jeudi, faisant au moins trois morts, dont deux soldats de l'Otan.

Des milliers de manifestants se sont rassemblés dans plusieurs villes et régions aux cris de "A mort l'Amérique", saccageant des magasins, rapportent des journalistes de Reuters et des responsables afghans. Ces protestations, qui entrent dans leur troisième jour, ont fait en outre au moins huit blessés.

Dans une base de l'est du pays, dans la province de Nangarhar, un soldat afghan a ouvert le feu sur des militaires occidentaux, en tuant deux, a-t-on appris de sources militaires.

Dans la province de Gaghlan (nord), habituellement peu sujette à des vagues de violences, des inconnus ont tué un contestataire et en ont blessé trois autres, et trois policiers ont été blessés, dit-on de sources hospitalières. On ignore qui sont les auteurs des coups de feu.

Toujours dans le Nord, dans la province de Faryab, environ 400 protestataires ont lancé des pierres et incendié des voitures sur une base commandée par des Norvégiens. L'ambassadeur de Norvège à Kaboul, Tore Hattrem, a indiqué à Reuters que les échauffourées n'avaient pas fait de victime.

A Kaboul, une manifestation regroupant environ 500 personnes a dégénéré. Des jeunes gens ont lancé des pierres sur les forces de l'ordre qui ont répliqué par des tirs en l'air.

Un jeune homme gisait sur le sol ensanglanté, un proche lui prêtant secours. "Ministère de l'Intérieur ! Vous ne voyez pas que nous combattons l'Otan ?", a dit ce dernier.

TUER LES OCCIDENTAUX

Les taliban ont appelé les Afghans à prendre les armes contre l'armée "d'occupation".

"Notre peuple courageux doit viser les bases militaires des forces occupantes, leurs convois militaires", dit le porte-parole des taliban Zabihullah Muhajid dans un communiqué envoyé par courriel. Il faut "tuer (les Occidentaux), les frapper, les capturer pour leur passer l'envie d'oser à nouveau profaner le livre sacré", ajoute-t-il.

De grandes manifestations se sont aussi tenues dans la province orientale de Laghman ainsi que dans la ville de Jalalabad dans l'est malgré un appel au calme lancé mercredi par le président Hamid Karzaï.

Des rassemblements ont eu lieu en outre dans les provinces relativement calmes de Badakhshan et Takhar, situées dans le nord près de la frontière avec le Tadjikistan.

Des centaines d'étudiants de l'université de Jalalabad ont refusé tout accord stratégique avec les Etats-Unis avant le retrait prévu en 2014, affirmant qu'ils mèneront une "guerre sainte" si un tel accord était signé.

Dans le quartier de Khoshi dans la province de Logar, 500 manifestants ont dénoncé un tel pacte tandis que des centaines de protestataires ont défilé dans la province de Khost en scandant "Nous ne voulons pas d'Américains en Afghanistan".

COLÈRE ET FRUSTRATION

Cette poussée de mécontentement complique les efforts de l'Alliance atlantique en vue de nouer un accord stratégique à l'étude avec le gouvernement afghan pour une réduction plus importante de ses effectifs avant la date butoir de fin 2014.

Six personnes ont trouvé la mort mardi et mercredi au cours de dizaines de manifestations qui se sont déroulées dans plusieurs endroits d'Afghanistan.

Le gouvernement américain et le commandement des forces de l'Otan en Afghanistan ont présenté des excuses après que des ouvriers agricoles ont retrouvé les restes calcinés de corans en ramassant les poubelles de la base aérienne de Bagram, située à environ une heure de voiture au nord de Kaboul.

Pour Martine van Bijlert, spécialiste de l'Afghanistan, ces manifestations sont un mélange de colère religieuse, de frustration refoulée face à la situation économique et sécuritaire, et de volonté de semer le désordre de la part de certains groupes.

"Il y a différents types de colères. L'une provient de l'incompréhension éprouvée par de nombreux Afghans que des erreurs de ce type puissent encore être commises après dix années d'efforts en Afghanistan", explique-t-elle.

"La seconde est qu'il y a une colère et une frustration rentrées à l'égard des forces armées internationales mais également à l'égard de la vie en général", ajoute-t-elle.

Avec Rafik Shirzad à Jalalabad et Amie Ferris-Rotman à Kaboul, Jean-Stéphane Brosse, Pierre Sérisier et Benjamin Massot pour le service français, édité par Gilles Trequesser

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