Faut-il brûler les élus territoriaux ? Je ne ferai pas partie des abstentionnistes dimanche prochain. Voyant le courage des électeurs irakiens, n’ayant pas oublié les manifs d’Iran, sachant ce qu’ont donné les moments dictatoriaux en France (Vichy, cette pure horreur, née sur le sabordage d’une démocratie), on ne peut qu’appeler à voter. Même si la dictature c’est « ferme ta gueule » et la démocratie « choisis tes maîtres, et cause toujours », y a pas photo : je choisis mes patrons. Et pourtant, je comprends qu’on n’ait pas une affection démesurée pour les hommes (les femmes) politiques. D’abord les hommes politiques sont des « professionnels », des hyper professionnels même, des équilibristes, des jongleurs, des parleurs, de magnifiques barratineurs, capables de tenir devant les média ; ce sont des stars des média d’ailleurs, aussi talentueux que les stars du foot ou du ciné, et faisant la couverture des magazines « people » comme eux, protégés par des armées de policiers comme eux, donc coupés, définitivement coupés du peuple qui les a élus. Quand Louis XV – qui n’a pas été élu, lui - se promène à Orléans, il est entouré d’une douzaine de mousquetaires. Quand Sarko se déplace, trois mille flics, des avions, des sous-marins, des drones l’accompagnent centimètre après centimètre. En bas, le peuple bave en espérant toucher la main présidentielle. Ah ! Toucher la main présidentielle ! Sentir les quelques cellules de la peau sarkozienne qui se sont détachées et frottées dans une douce copulation aux notres ! La vie politique est ainsi faite que le « climax », le sommet, l’orgasme de la politique est le duel télévisé de la présidentielle. Sachant que les français passent environ quinze ans de leur vie devant la télé, comment en serait-il autrement ? Petit aparté : La télé, à travers l’émission « Zone Xtrêmes » vient de répéter l’expérience de Stanley Milgram des années 60 : sous couvert d’expérimentation scientifique, Milgram faisait pratiquer en toute bonne foi la « gégène » à des cobayes, qui, a 62% obéissaient malgré les hurlements de douleur des victimes. Les résultats du jeu télé sont épouvantables : c’est à 80% que les participants du jeu obéissent aux ordres de torture. Résumons : si un scientifique te dit de torturer, tu le fais à 62%. Si c’est un présentateur télé (une présentatrice en l’occurrence) tu obéis à 80%. Conclusion de l’aparté : sachant que des patrons de télé cyniques considèrent leurs auditeurs comme « du temps de cerveau disponible », y eut-il jamais régime plus élitiste et coupé du peuple que notre démocratie télévisuelle ? Pendant la crise de 2008, que vit-on, sinon des « grands » qui suite à des G-machins passaient à la télé pour dire « on s’en occupe » en retenant des petits rots de bonheur consécutifs à un bon repas ? C’est pourquoi les élections régionales sont si importantes. D’abord le scrutin est semi proportionnel (on a mis à la barre à 10% en 2004 pour éviter les alliances avec le FN). Ensuite la parité est respectée. Enfin la télé n’est pas là. Certes, un élu régional n’a pas le poids d’un député, qui vote les lois. Certes, malgré la hausse, les impôts levés par les région sont faibles comparés aux prélèvements de l’Etat et des organismes de Sécurité sociale. Mais la Région joue un rôle essentiel pour tout ce qui touche les lycées, la formation professionnelle, l’apprentissage, les transports, la culture, et surtout l’environnement. Avec la fusion prévue de 2014 des conseillers régionaux et généraux (département) ce rôle sera accru. Si l’environnement et l’aménagement du territoire sont, comme on peut le penser, les vraies questions, les questions de demain, l’élu local sera demain l’élu essentiel. Il l’est déjà, d’ailleurs. Hélas, la pipolisation et la nationalisation de la politique font oublier les responsabilités essentielles de ces élus locaux ou régionaux, qui, dans l’ombre des bijoux et du clinquant de l’Elysée et des grandes chaînes de télé, font leurs petites affaires et leurs grandes saletés comme d’installer ces immondes centres commerciaux, comme de laisser construire en zone inondable, autoriser une nouvelle porcherie industrielle au mépris de l’environnement ou foutre en l’air un paysage par la nième bretelle d’autoroute et le millionième rond-point, ou de s’endetter de façon inconsidérée comme le souligne la Cour des comptes. La pipolisation et la nationalisation de la vie politique font oublier aux électeurs ce qui se passe sous leurs pieds humides pour regarder le doigt bagué de Rachida Dati. Hélas, les élections de dimanche vont être regardées comme un test national. Il est regrettable qu’on vote pour toutes les régions en même temps, comme il est regrettable qu’on vote pour tous les maires en même temps. Maintenant que le juge d’instruction a disparu, le maire est l’homme le plus puissant de France. Une vraie démocratie impliquerait a minima un non-cumul des mandats et une rotation accélérée du personnel politique, pour laisser le vedettariat aux footballeurs. A la limite, si tous les citoyens sont égaux, le tirage au sort des élus locaux – à l’Athénienne, ou à la manière des jurys d’assise – serait pas mal. Quand on se promène à la sortie des villes, on songe : « Quels sont les salauds qui ont autorisé des horreurs pareilles ? » La réponse est : pourquoi nous, électeurs, avons-nous laissé faire ? Si nous nous étions intéressés un peu plus aux questions locales ou régionales, sans doute les salauds eussent-ils moins fait. J’ai envie que mon élu cultive des salades sur les trottoirs.

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