Les partisans du mariage homosexuel sont appelés à manifester ce week-end dans plusieurs villes de France pour défendre le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe, une mesure qui divise l'opinion.

Selon un sondage CSA pour BFM TV diffusé vendredi, 54% des Français plébiscitent le mariage pour tous contre 41% qui s'y disent hostiles. La question de l'adoption reste également un sujet de clivage, les partisans étant aussi nombreux que les opposants (48%).

Déjà vif, le débat a pris un tour nouveau mercredi avec la décision de François Hollande de laisser le Parlement décider d'une éventuelle intégration de l'assistance à la procréation médicalement assistée (PMA) dans la loi sur "le mariage pour tous".

Un ajout qui réjouit Dominique Boren, co-président de l'Association des Parents Gays et Lesbiens.

Ce texte, l'une des réformes sociétales les plus importantes en France depuis l'abolition de la peine de mort en 1981, a été présenté le 7 novembre en conseil des ministres et doit être soumis à l'Assemblée nationale à partir du 29 janvier.

A un mois du débat parlementaire, l'Inter-LGBT, qui regroupe les associations défendant le droit au mariage et à l'adoption pour les homosexuels, invite les partisans du mariage pour tous à défiler dimanche à Paris. D'autres rassemblements sont prévus en province samedi.

En novembre, l'organisation avait déploré la parole "extrêmement timorée" des responsables des partis favorables au mariage homosexuel et les avait appelés à faire preuve de davantage "de courage politique".

Stéphane Castello, président de l'association drômoise gay et lesbiennes, AGAYRI.

Le Parti socialiste sera représenté dans le cortège parisien qui regroupera associations, syndicats, collectifs d'hétérosexuels, comme "Hétéros solidaires", élus d'Europe-Ecologie-Les-Verts (EELV), du PCF et du Parti de Gauche.

La ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, par ailleurs porte-parole du gouvernement, a fait savoir qu'elle ne participerait pas à la manifestation, estimant que ce n'était pas son rôle de défiler en soutien à un texte de la majorité. Quant à la ministre déléguée à la Famille, Dominique Bertinotti, elle recevra à son ministère des familles homoparentales.

Appel à manifester "massivement"

En appelant à participer "massivement", le PS entend ne pas laisser le monopole de la rue à l'UMP, qui soutient la coalition des anti-mariage gay avec l'appui de responsables religieux.

Le 17 novembre, plus de 100.000 personnes avaient manifesté en France contre le projet de loi. Le président proclamé de l'UMP, Jean-François Copé, a appelé à une nouvelle manifestation le 13 janvier à Paris pour dénoncer un projet qui selon lui remet "en cause des fondements de la famille".

Pour Nicolas Gougain, porte-parole de l'Inter-LGBT, cette mobilisation a provoqué "un électrochoc".

"Il y a eu un deuxième électrochoc lorsque François Hollande a parlé de liberté de conscience" pour les maires qui refuseraient de célébrer des mariages entre personnes de même sexe", estime-t-il.

Les déclarations du chef de l'Etat avaient suscité l'indignation des organisations de défense des homosexuels et il était par la suite revenu sur ces propos en assurant que la loi devait s'appliquer "partout, dans toutes les communes."

La question de la PMA a relancé les hostilités. Le gouvernement avait initialement prévu d'introduire la PMA aux couples de femmes homosexuelles dans une future loi sur la bioéthique l'année prochaine.

Face aux inquiétudes exprimées par les associations opposées au projet de loi, Dominique Bertinotti a dit vendredi que la gestation pour autrui (GPA) ne serait pas débattue lors de l'examen du texte au Parlement.

Les doutes du défenseur des droits

Dans des déclarations susceptibles de fournir des arguments aux opposants, le Défenseur des droits, Dominique Baudis, a exprimé jeudi des doutes sur le projet de loi qui contient selon lui "de nombreuses incertitudes juridiques préjudiciables" à tous les enfants.

Si le texte met fin à des "situations d'inégalités ou de discriminations indirectes en ouvrant le mariage à des personnes du même sexe", le projet part de revendications exprimées par les adultes et "la question des enfants n'est traitée que par voie de conséquence", a-t-il déploré.

Selon le sondage CSA pour BFM TV, 44% des Français se déclarent favorables à la fois au mariage et à l'adoption contre 37% qui sont opposés aux deux.

Sur le plan des croyances religieuses, 58% des non-croyants plébiscitent les deux dispositions tandis que 64% des catholiques pratiquants réguliers y sont opposés.

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