William Daniels, le photographe français évacué la semaine dernière de Homs avec Edith Bouvier, livre son premier témoignage sur cet enfer qu'est le quartier de Baba Amr.

Après avoir échappé de très peu à l'explosion, qui a coûté la vie à son ami Rémi Ochlik et à Marie Colvin et qui a grièvement blessé Edith Bouvier, ce photographe de 35 ans a passé neuf jours à Baba Amr, le quartier bombardé pendant près d'un mois et repris désormais par les forces syriennes.

William Daniels et Edith Bouvier arrivent de la frontière libanaise le 21 février dans la soirée dans le quartier de Baba Amr. Dans un centre de presse de fortune, ils retrouvent Marie Colvin et Paul Conroy du Times et Javier Espinosa d'El Mundo ainsi que le photographe Rémi Ochlik qui est arrivé la veille. A peine arrivé dans cet appartement, le matin même, ils sont réveillés par des bombardements violents.

William Daniels

William Daniels et Edith Bouvier sur la vidéo envoyée depuis Homs
William Daniels et Edith Bouvier sur la vidéo envoyée depuis Homs © Radio France

William Daniels décrit le quotidien de la ville de Homs. Il rend hommage à ses habitants pour qui l'enfer continue

Au total les 4 journalistes sont restés 9 jours dans cette ville martyre. Les journalistes ont vécu dans l'une des maisons les plus sécurisées du quartier. A quelques reprises, William Daniels a pu sortir, pour aller à l'hôpital ou pour envoyer une vidéo. Il a alors découvert une ville ravagée par les bombardements.

William Daniels

William Daniels tient à rendre hommage à tous les habitants de Homs qui pendant neuf jours les ont aidé à vivre dans cet enfer.

Willliam Daniels

Les quatre journalistes ont-ils eu le sentiment d'être instrumentalisés par l'opposition syrienne ? Ont-ils même servi à leur insu de boucliers humains ?

Non, répond William Daniels qui explique que la vidéo qu'ils ont fini par tourner pour donner de leurs nouvelles a été faite avec leur entier assentiment.

William Daniels

Quitter Homs, mais comment ?

William Daniels et Edith Bouvier se sont retrouvés confrontés à un dilemne. On leur proposait en effet de quitter la ville en ambulance. Ils ont préféré renoncer parce qu'il ne faisait aucune confiance au Croissant Rouge Syrien, une organisation dépendante de Damas. Les journalistes craignaient d'être arrêtés, ils craignaient même pour leur vie. Que leur convoi soit visé à la sortie de Homs.

Bref, ils refusent cette solution. Les autorités françaises s'en étonnent, elles parviennent à les joindre et leur faire passer le message qu'il faut absolument monter dans ces véhicules. Les journalistes finissent par accepter. Sauf qu'ils ne verront à aucun moment revenir les ambulances du Croissant Rouge.

William Daniels raconte l'un des moments les plus angoissants de ces neuf jours, leur évacuation ratée par un tunnel. Après avoir refusé de prendre les ambulances du croissant rouge syrien, dans lesquelles ils n'ont pas confiance, ils décident finalement de tenter de s'échapper par le tunnel par lequel ils sont arrivés. Un tunnel long de trois kilomètres désormais détruit par l'armée syrienne. Une évacuation qui tourne au cauchemard.

William Daniels

Au lendemain de leur première évacuation ratée par le tunnel, des Syriens proposent à Edith et William une autre solution, encore plus dangereuse. Il ne s'agit plus de prendre un tunnel clandestin mais la route, contrôlée par l'armée syrienne. L'itinéraire reste secret. Leur évacuation va durer quatre jours. Quatre jours pendant lesquels ils n'auront plus aucun lien avec l'extérieur. A tout moment ils peuvent se faire arrêter ou tirer dessus.

William Daniels

Edith Bouvier va bien. Elle est toujours à l'hôpital militaire de Percy, son opération a pris un peu de retard mais les médecins lui garantissent qu'elle pourra remarcher rapidement.

english translation of William Daniels interview

sur le même sujet

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.