Comment se comportait Yves Bertrand avec les journalistes ?

Un peu comme un vendeur de drogue avec des toxicomanes, explique Patrick Rougelet, pour qui les journalistes dits d’investigation venaient régulièrement s’approvisionner en dossiers auprès d’Yves Bertrand.

Patrick Rougelet leur avaient trouvés un surnom : « les perfusés »

Dans son livre (p.60-61), Yves Bertrand cite plusieurs journalistes avec lesquels il estime avoir « entretenu les meilleurs rapports », dans le cadre d’ « un véritable échange d’informations » :

"Parmi ceux que je place sans hésiter parmi les grands de la profession, citons au premier rang Jean-Marie Pontaut, Gilles Gaetner, Frédéric Ploquin, Laurent Joffrin, Eric Conan, que je tiens pour d’authentiques journalistes d’investigations (…) Je voudrais avoir aussi une pensée toute particulière pour Hervé Gattegno et Pascal Ceaux, qui, au fil des ans, sont devenus des amis. Je me garderai bien d’oublier l’inoxydable Claude Angeli qui, à la tête du Canard enchaîné, ne s’intéressait réellement qu’aux affaires internationales, mais qui a toujours porté haut l’honneur de sa profession, tout comme Antoine Colletta, aujourd’hui à la retraite, qui s’identifie aux plus belles heures du Journal du dimanche. Quant aux indépendants, comment ne pas citer des gens aussi différents que Jean-Paul Cruse [NDR : l’auteur du manuscrit finalement non publié sur le passé trotskiste de Jospin], rescapé de la Gauche prolétarienne qui m’a parfois malmené, mais dont j’estime l’indépendance d’esprit, Armel Mehani, familière du show-biz, qui a toujours gardé la tête froide malgré ses relations, ou encore Jean-Pierre Van Geirt ou Yves Stefanovitch, dont le dernier livre, L’Empire de l’Eau, est à bien des égards explosif… Je citerai aussi Gerald Penciolelli, l’ancien patron de Minute, lui aussi devenu un ami, et qui est tout sauf un homme d’extrême-droite. L’exclusion n’a jamais été sa ligne de conduite."

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Au fil des cahiers d’Yves Bertrand, des noms de journalistes reviennent régulièrement, avec parfois des chiffres et des multiplications, sans que l’on sache exactement à quoi cela correspond…

Voir l’article de Renaud Lecadre, à ce sujet, dans Libération.

Ecoutez comment Yves Bertrand parle de ses rapports avec les journalistes. Des liens qu’il estime « basés sur une confiance et une forme de déontologie réciproque ». L’ex-patron des RG reconnaît qu’il faisait parfois vérifier certains éléments par des journalistes, mais dément avoir fourni le moindre dossier « clé en main »…

Yves Bertrand

Comment résumer le "système Bertrand"? "Un fonctionnaire qui s'est trompé d'époque et de méthodes" estime Patrick Rougelet

Selon Patrick Rougelet, l’un des meilleurs exemples de manipulation du « cabinet noir » d’Yves Bertrand, c’est la thèse de l’assassinat politique développée, à tort, dans l’ « affaire Yann Piat », par le biais d’articles dans Le Canard enchaîné puis dans un livre d’André Rougeot, (« L’affaire Yann Piat. Des assassins au cœur du pouvoir », Flammarion, 1997), journaliste au « Canard » très proche d’Yves Bertrand…

Patrick Rougelet

Voir à ce sujet, un peu plus loin, le témoignage du journaliste Jean-Michel Verne, qui a co-écrit le livre sur "L'affaire Yann Piat" avec André Rougeot. Il revient sur la manipulation autour de cette affaire.

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