La crise sanitaire complique déjà la situation dans les établissements scolaires, mais une ombre plane sur la rentrée de septembre. Depuis 3 ans, le gouvernement donne la priorité au primaire : 2 000 postes seront encore créés dans les écoles à la rentrée prochaine. Mais les collèges et lycées vont en perdre 1 800.

Le lycée Jean-Baptiste Say, dans le 16e arrondissement, est l'un des plus touchés par les suppressions de postes
Le lycée Jean-Baptiste Say, dans le 16e arrondissement, est l'un des plus touchés par les suppressions de postes © AFP / Photo12 / Gilles Targat

Les chiffres sont devenus concrets ces derniers jours. Les établissements viennent de recevoir ce que l'on appelle, dans le jargon de l'Éducation nationale, leur "dotation horaire globale" ou DHG, c'est-à-dire le nombre d'heures d'enseignement allouées pour l'année scolaire selon les disciplines : ces heures diminuent.

Dans certains collèges et lycées, c'est la douche froide, et la crise sanitaire ou la réforme du lycée n'y changent rien. Dans le second degré, les heures d'enseignement allouées vont donc encore baisser pour la troisième année. Les suppressions de postes s'ajoutent à celles des autres années. Conséquences : des classes plus chargées, sans possibilité de cours en demi-groupes, des options qui disparaissent.

À Paris, le lycée Jean-Baptiste Say, dans le XVIe arrondissement, est l'un des plus touchés. "On a déjà des classes à 35 voire 40 élèves selon les spécialités", explique Aube Lebel, présidente du conseil local de la FCPE. "Il y a des spécialités qui risquent d'être supprimées, comme l'informatique. Cette dotation horaire globale interdit tout dédoublement pour les élèves les plus fragiles. Or, ce n'est pas parce qu'on est dans un quartier favorisé qu'on n'a pas d'élèves en difficulté, porteurs de handicap ou de milieux sociaux moins favorisés." Selon elle, les professeurs auront encore moins de temps à consacrer aux cas individuels.

Quartiers favorisés ou défavorisés, tout le monde souffre

Résultat : les parents qui ont les moyens financiers paieront des cours de soutien privé pour leurs enfants. "Ce n'est pas notre conception de l'enseignement public", estime Aube Lebel. "80 % des élèves qui suivent la spécialité 'mathématiques' par exemple ont des cours particuliers à l'extérieur du lycée, parce que les classes sont trop chargées pour qu'ils puissent suivre."

Même dans les établissements moins favorisés, les coupes sont sévères. Le collège Marie Laurencin de Marseille, par exemple, en éducation prioritaire, va également perdre des heures d'enseignement. Ce petit collège de 312 élèves accueille pourtant un public fragile. 

Marie Tomasi y enseigne et s'inquiète de cette baisse de dotation :"Cela implique qu'on diminue le nombre de groupes et le travail un peu plus spécifique que l'on fait avec nos élèves. Ce sont des élèves en difficulté. Beaucoup sont dans des situations d'illettrisme. Moi je suis enseignante en français, il y a des heures qu'on pouvait donner jusqu'ici en petits groupes à des élèves, en particulier en 6e. On doit y renoncer année après année."

Dans ces établissements, les professeurs et les parents se mobilisent ensemble. Ils espèrent un geste des rectorats qui leur permettrait de regagner quelques heures d'enseignement.