Un conseil d'administration extraordinaire d'Engie est convoqué ce jeudi 6 février pour se prononcer sur l'avenir de la directrice générale du géant de l'énergie, Isabelle Kocher. Depuis 2016, celle-ci a métamorphosé Engie, mais certains n’adhéreraient plus à sa gouvernance.

Isabelle Kocher
Isabelle Kocher © AFP / Eric Piermont

Elle est à ce jour la seule femme dirigeante du CAC 40 : Isabelle Kocher sera fixée ce jeudi sur son avenir à la tête d'Engie. Selon une source proche du conseil d'administration, l'instance décidera très probablement de ne pas renouveler le mandat de la directrice générale du géant de l'énergie. Le ministre de l'Économie et des Finances Bruno le Maire a déclaré que l'État, actionnaire principal, prendrait sa décision sur l'avenir d'Isabelle Kocher "uniquement" au regard de critères économiques.

Engie devait à l'origine se prononcer fin février sur la reconduction ou non de la dirigeante, en poste depuis 2016 et dont le mandat arrive à échéance en mai. Mais les relations entre Isabelle Kocher et Jean-Pierre Clamadieu, président du conseil d'administration, se sont dégradées à un tel point ces dernières semaines que le groupe a décidé d'accélérer sa décision.

Bilan d'une transformation expresse

Isabelle Kocher a pris la tête d'Engie en 2016 pour engager le géant de l'énergie dans une transformation sans précédent, avec une réorganisation géographique et une transformation des métiers. Héritage du passé, le groupe est encore présent dans le nucléaire en Belgique et un peu dans le charbon, mais cherche à se désengager de cette dernière activité, très polluante.

Sous sa direction, Engie a procédé à la cession de quelque 15 milliards d'euros d'actifs sur la période 2016-2018, principalement dans la production d'électricité à partir de charbon et dans l'amont pétrolier et gazier, et a donné la priorité aux énergies renouvelables, aux infrastructures gazières et aux services.

Depuis 2019, c'est la deuxième phase de transformation qui est en cours pour la firme aux 150 000 salariés : impliquer l'entreprise dans les "services à haute valeur ajoutée" et les énergies renouvelables. Un moyen de répondre à la demande des collectivités locales, elles-mêmes sous la pression des citoyens. 

Que lui reproche-t-on ? 

Cette métamorphose ne va pas sans tiraillements. Sur le fond, sa stratégie est jugée peu lisible, avec trop de métiers. Quant au cours de bourse, il stagne depuis 4 ans, comparé à ses grands concurrents. Le conseil d'administration pousse par ailleurs à la vente des réseaux gaziers, l'opération étant susceptible de rapporter plusieurs milliards d'euros.

Isabelle Kocher, surdouée, attentive à tout, y compris à ne pas trahir ou s'imposer sans légitimité, a-t-elle manqué de mordant ? Elle a régulièrement estimé ces dernières années qu'elle était la cible de critiques en raison du virage stratégique qu'elle a fait prendre au groupe. L'abandon du modèle gazier est difficile à entendre pour les plus fidèles au passé de GDF et Suez, dont Engie est la fusion. 

Les relations de Isabelle Kocher avec Gérard Mestrallet, puis son successeur Jean-Pierre Clamadieu, présidents successifs d'Engie, étaient aussi notoirement difficiles et la dirigeante a affronté de nombreuses attaques et rumeurs, y compris dans les médias. 

Ses relations avec l'État n'ont pas non plus toujours été au beau fixe. Son comportement a parfois été jugé irritant, par exemple lorsqu'elle a fait campagne pour cumuler la présidence, estime-t-on au gouvernement.

Se sont ajoutés les reproches de certains administrateurs. Mais Isabelle Kocher a aussi des partisans. Des responsables politiques, comme l'écologiste Yannick Jadot, le puissant président des Hauts-de-France Xavier Bertrand, ou la maire de Paris Anne Hidalgo, ont plaidé pour son renouvellement, saluant notamment "sa formidable réussite" sur la question de la transition énergétique. Le député européen du parti présidentiel LREM Pascal Canfin lui a aussi manifesté son soutien, estimant que "les résultats sont là", dans le journal l'Opinion mercredi. C'est à se demander si ce n'est pas cela qui agace le plus le gouvernement. Être reconnue et défendue par les écologistes et des non-macronistes, est-ce bien un atout ? 

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