Le pays, qui fête ce jeudi le 73e anniversaire de son indépendance, a lancé une campagne de vaccination massive le 19 décembre dernier. L'effort semble payer et plusieurs scientifiques, sans baisser la garde, pensent que le pays s'approche de l'immunité collective.

Vaccination à Jérusalem le 13 ‎janvier ‎2021. Les quatre caisses publiques de sécurité sociale ont organisé la campagne de vaccination dans tout Israël.
Vaccination à Jérusalem le 13 ‎janvier ‎2021. Les quatre caisses publiques de sécurité sociale ont organisé la campagne de vaccination dans tout Israël. © Radio France / Frédéric Métézeau

Des grillades dans les parcs et les jardins, un pique-nique sur la plage, le nez en l'air pour regarder le défilé aérien ou bien encore un repas au restaurant… Ce jeudi, les Israéliens pourront librement fêter Yom Hatzmaout, la fête de l'indépendance, conformément à la tradition populaire. Et contrairement à celle de 2020, célébrée en plein confinement. 

Grâce à la campagne de vaccination - très majoritairement avec du Pfizer BioNtech - lancée le 19 décembre dernier, la vie est quasiment revenue à la normale. 57,4% des Israéliens ont reçu au moins une dose et 53,3% deux doses. Mais la vaccination ne débutant qu'à partir de 16 ans, le taux de vaccinés et de personnes guéries du Covid atteint les 85% au-delà de cet âge et s'approche des 100% chez les personnes âgées. À Jérusalem, le professeur de microbiologie à la faculté de médecine de l'université hébraïque, Hervé Bercovier, a presque du mal à y croire. "Miraculeusement, nous obtenons des taux de protection et d'efficacité que l'on ne rêvait pas pour d'autres vaccins, et qui permettent d'ailleurs de nous protéger contre beaucoup de variants actuels." 

Cette situation a conduit Eran Segal, de l'Institut Weizmann, à proclamer samedi dernier sur la chaîne 12 :

"Il est possible qu'Israël ait atteint une sorte d'immunité collective"

Considéré par l'un de ses collègues de l'Institut comme "un excellent modélisateur qui a bien intégré ce que l’on a appris sur l’épidémiologie" Eran Segal publie régulièrement des statistiques attestant du ralentissement très net de la pandémie en Israël.

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.
Gérer mes choix

La vie est proche de celle de l'avant-Covid et les restrictions qui demeuraient pourront probablement être levées", écrit encore Eran Segal sur Twitter. Les statistiques sont effectivement éloquentes avec 0,3% des tests positifs en Israël (au plus bas depuis onze mois), 221 malades graves du Covid recensés mercredi (au plus bas depuis neuf mois) et des "unités corona" qui ferment dans plusieurs hôpitaux, faute de patients à accueillir. 

Des étapes franchies avec succès les unes après les autres

Depuis le début de cette campagne de vaccination, Israël a dû passer plusieurs étapes (déconfinement progressif, fêtes religieuses...) observées avec vigilance et inquiétude. À chaque fois, l'étape a été franchie sans dégâts. Ainsi, le professeur Cyrille Cohen, immunologiste à l'université de Bar-Ilan et membre du conseil consultatif sur les essais de vaccins contre le Covid-19 au ministère israélien de la Santé estime-t-il que le pays se trouve dans un scénario très proche de cette immunité collective. "Nous ne voyons pas de montée des cas quotidiens. On est aujourd'hui aux alentours de 200 nouveaux cas en moyenne par jour sur tout Israël, et ces chiffres sont assez stables. On voit aussi un R zéro qui reste aux alentours de 0,7 ou 0,8 même si pendant ces dernières semaines, nous avons beaucoup ouvert et la vie a repris de manière générale." 

"Nous étions toujours un peu inquiets lors des rassemblements", reconnaît le professeur Cohen. "Il y a eu les fêtes de Pourim au mois de mars. On a eu aussi la Pâque juive et on a vu qu'après tous ces rassemblements, on n'a pas eu de montée des cas. Tout porte à croire qu'aujourd'hui, même avec les rassemblements prévus pour la fête de l'Indépendance, le vaccin protège. _On est donc enclin à penser qu'Israël a une sorte d'immunité collective grâce au vaccin_." 

La prochaine de ces étapes est le Ramadan, marqué par de grands rassemblements nocturnes, dans un pays où les Arabes représentent environ 20% de la population. En Israël, cette communauté est moins vaccinée que la communauté juive.

Toute reprise de l'épidémie est-elle écartée ? 

Plusieurs études menées en Israël attestent de l'efficacité certaine du vaccin Pfizer face au variant britannique. Présent depuis plusieurs mois sur le territoire israélien, le variant sud-africain semble très largement contenu (1 à 2% des tests positifs) même si le vaccin apparaît un peu moins efficace contre ce variant. Demeure la question du variant brésilien. "Nous suivons ça de très près. C'est la raison pour laquelle nous avons monté une structure de séquençage massive des virus pour traquer les variants, car nous sommes en train de rouvrir nos frontières. Nous sommes toujours à la merci d'un variant." 

"Je tiens à dire que nous avons peut être gagné une bataille aujourd'hui mais cette guerre contre le Covid-19 est un marathon qui va durer plusieurs mois, même plusieurs années."

Hervé Bercovier rappelle quelques évidences et appelle à la prudence : "Malheureusement, nous avons encore en moyenne neuf morts par jour, même chez des gens vaccinés. 

"Chez les gens à hauts risques, avec comorbidités ou bien âgés, le fait d'être vaccinés ne donne pas une garantie à 100% contre la maladie."

"Tout dépend de la dose de virus à laquelle vous êtes confronté mais il y a un risque d'environ 5% en cas de forte exposition", poursuit-il. Malgré tout, les autorités annoncent la fin du port obligatoire du masque en extérieur la semaine prochaine et le retour des touristes à partir du 23 mai s'ils sont vaccinés et à condition de présenter un test PCR négatif et une sérologie. Une autre étape que les scientifiques israéliens espèrent voir surmontée sans dommages.

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.