Le Premier ministre doit présenter ce samedi le deuxième volet du plan pauvreté. La crise économique liée à l'épidémie de Covid-19 engendre une augmentation du nombre de pauvres. "Il m'arrive de ne pas manger", témoigne ainsi Cyriele, mère de deux enfants, sans travail depuis le printemps.

Une distribution alimentaire à Marseille, durant le confinement, en avril 2020 (illustration)
Une distribution alimentaire à Marseille, durant le confinement, en avril 2020 (illustration) © Radio France / Eric Audra

"J'avais encore un peu de droits au début, mais je les ai tous épuisés". Depuis six mois, Cyriele, trentenaire et mère de jumelles de neuf ans, vit une nouvelle réalité, précaire. Maître d'hôtel dans la restauration événementielle, cette habitante du Val-de-Marne n'avait jamais connu de longue période de chômage depuis 13 ans. Payée à la mission, lors de salons, de mariages, d'événements sportifs ou professionnels, ses revenus, "en moyenne de 1 800 euros par mois", lui permettaient d'élever ses deux filles "sans aides de l'État". Mais depuis le printemps, la crise, liée à l'épidémie de Covid, l'a fait basculer dans la pauvreté, comme de nombreux Français.

435 euros d'indemnités avec deux enfants à charge

"Depuis mars, si j'ai fait trois ou quatre prestations, c'est le maximum", décrit-elle. Ses revenus se sont effondrés, ses droits au chômage rapidement épuisés. "Avec la nouvelle réglementation, les 910 heures obligatoires [pour ouvrir à nouveau des droits aux allocations, NDLR] et le fait de ne pas avoir pu travailler, font que je suis à 435 euros d'indemnités avec deux enfants à charge", détaille-t-elle. Séparée de son compagnon, elle doit donc vivre avec "290 euros de RSA, 47 euros de prime d'activité et 131 euros d'allocations familiales" pour ses deux filles.

"Il doit me rester 200 euros d'épargne"

"Perdue et stressée pour [ses] enfants", Cyriele "compte tous les petits sous et [est] à découvert tous les mois de 600 à 800 euros à chaque fois". L'avenir financier est très incertain pour la mère de famille, qui a décidé de ne pas en informer ses filles, pour les protéger. "J'ai du vider les comptes de mes enfants, leurs livrets A, je n'ai quasiment plus rien de côté. Il doit me rester 200 euros d'épargne en tout et pour tout."

La précarité se rappelle à elle au quotidien : "mon banquier m'appelle tous les mois pour savoir si je vais avoir des salaires et quand. On bloque ma carte à peu près tous les mois et quand c'est le cas, on n'achète plus rien", détaille-t-elle.

"Il m'arrive de ne pas manger"

Alors, Cyriele trouve des solutions, se débrouille. "Je dis à leur père de prendre mes filles, les semaines où je n'ai pas de sous", raconte la mère de famille, qui profite de ces moments d'absence pour se priver, et dépenser moins. "Il m'arrive de ne pas manger ou de manger une fois par jour, on fait avec : le 'petit dej', on zappe", raconte la jeune femme. 

Ce samedi, le Premier ministre Jean Castex doit annoncer le deuxième volet des mesures gouvernementales pour les plus modestes, à l'occasion de la journée internationale pour l'élimination de la pauvreté. Lors de son interview télévisée, mercredi, Emmanuel Macron a annoncé une "aide exceptionnelle" de 150 euros pour les allocataires du RSA, ainsi que 100 euros par enfant à charge, pour les familles bénéficiant d'aides au logement. 

Cyriele, elle, n'a pas renoncé à se battre. Avec Pôle Emploi, la mère de famille a tenté d'obtenir une formation, sans succès. "On m'a demandé une mini comptabilité de mon projet professionnel, juste pour avoir une formation", regrette-t-elle. La vision de l'avenir est morose. "On n'a aucune visibilité pour l'année prochaine ou l'année d'après", dit-elle simplement.

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